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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 00:00
Ron Rash. Rrrron Rrrrashhhhh. Un nom râpeux comme la pierre, à l'image de ce premier roman qui se déroule dans les années 50 dans un comté rural des Appalaches.

Là, des paysans se crèvent à cultiver leurs maigres terres en espérant que la pluie vienne et que la récolte soit bonne. Des taiseux, des bourrus, à l'image de Billy Holcombe, qui soigne ses plants de tabac en se demandant si la sécheresse ne va pas tout bousiller. Au mois d'août, la terre est dure et le soleil cogne. "C'est la saison où les serpents deviennent aveugles (...). C'est l'époque où les renards et les chiens tournent enragés (...). Parfois à cette époque de l'année, un gars agira pas autrement. (...) Il fera quelque chose que personne, même pas lui, pensait possible. Il ira jusqu'à tuer un homme."

Un homme a bien disparu. Holland Winchester : une forte tête qui revient de Corée avec de drôles de souvenirs. Sa mère a entendu un coup de feu, près de chez les Holcombe. Elle est persuadée que Billy l'a tué, rapport à ce qu'il fricotait avec sa femme.

Le shérif Will Alexander, lui, a préféré porter l'étoile plutôt que la binette, et c'est sa voix que nous écoutons d'abord, dans ce roman choral où chacun - Billy, sa femme, leur fils, l'adjoint du shérif - relate sa version des événements et surtout, évoque la réalité qui l'entoure en exprimant ses espoirs, ses difficultés et ses regrets, dans ce coin reculé et pauvre où des lambeaux de superstitions s'accrochent encore à la crainte du Seigneur.

Un petit monde qui va bientôt disparaître, littéralement englouti : depuis plusieurs années, une compagnie d'électricité rachète la vallée parcelle par parcelle, pour laisser place à un barrage et un immense lac artificiel. 


La construction du récit, les paraboles bibliques (entre le Déluge et l'Exode), le langage de péquenot utilisé par l'auteur - sans que ce soit trop "forcé" -, la confusion des sentiments orchestrée avec finesse, l'évocation d'une époque et d'un mode de vie révolus : autant de qualités qui font d'Un pied au paradis un excellent roman et l'une des belles surprises de cette année.

Cela dit, si je partage au moins en partie l'enthousiasme de nombreux lecteurs, bloggeurs et critiques, je ne vois pas pour autant en Ron Rash un égal de de Larry Brown, Cormac McCarthy ou même William Faulkner.
On retrouve certains thèmes, d'accord, et le sens de la tragédie est un trait propre aux écrivains du Sud, mais il manque tout de même un souffle, une langue, et ce petit quelque chose qui vous étreint et vous questionne. Bref, Oconee n'est pas Yoknapatowpha, et ici, le Deep South ne me paraît pas si profond que ça, quand même. Si ?


Un pied au paradis / Ron Rash (On Foot in Eden, trad. de l'américain par Isabelle Reinharez. Editions du Masque, 2009)


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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

christophe 30/10/2010 16:05


Ron Rash était de passage à Paris avec pas mal de choses à dire
http://www.entre2noirs.com/interviews__7_interview-de-ron-rash_169.html


jeanjean 31/10/2010 12:14



Merci pour l'info. @+



cynic63 14/10/2009 12:49


Ce que je voulais dire par cette différence, c'est que, bien souvent, les écrivains français du "terroir", genre école de Brive, par exemple, ont un côté "le bon vieux temps de la campagne" (si tu
vois ce que je veux dire). Une nostalgie qui pue un peu "les vraies valeurs, c'étaient ça".
Je pense, mais je me trompe peut-être, que les Américains parleraient plutôt d'immensité, d'espaces ouverts, la fameuse "frontier". Et je te rejoins là-dessus...
J'ai englobé sous un même terme qui ne convenait pas deux univers qui sont très différents. Tu as eu raison de me corriger.Même si chez Rash, l'univers est aussi bien petit et se limite à cette
fameuse vallée condamnée.
Pour finir: je vais voir Padura qui vient à Clermont ce soir. Demain et après-demain, il sera à Paris


jeanjean 14/10/2009 17:56


Oui, c'est vrai, c'est ce qui ressort un peu à lire les 4ème de couv., cette nostalgie un peu rance. Peut-être que les éditeurs jouent aussi sur ça. Il faudrait
que j'en lise quelques-uns, pour me rendre compte.

En tout cas, bonne soirée ! Voilà une rencontre qui promet d'être chouette.
@+


cynic63 14/10/2009 07:48


Content que tu aies aimé Watson. Oui, je ferai un billet dessus car, du coup, je me suis mis à le relire (justement Montana 1948). On a eu un peu la même idée!!!Et là, pour le coup, le style est un
peu plus fluide que chez Rash qui a quand même écrit un bon roman. Il ne faudrait pas qu'on soit trop négatif non plus!!!
Savage, je n'ai jamais rien lu mais le nom me dit quelque chose.
En tous cas, et je le dirai quand je ferai un post sur le Rash, les écrivains américains sont meilleurs que beaucoup de français quand ils évoquent la ruralité. En Auvergne, on a...Jean
Anglade...Alors, tu vois...


jeanjean 14/10/2009 11:09


J'irai lire ton billet sur L. Watson.
Quant à la littérature française/américaine côté "ruralité", ça s'explique en partie je pense par une tradition littéraire américaine, qui prend sa source dans le mythe de l'Ouest, de la Conquête,
de la Frontière. Et puis, l'immense territoire américain n'a rien à voir avec nos petites provinces et nos petites distances... Nous sommes aussi un pays très jacobin, où tout s'est organisé à
partir de la capitale, ce qui n'est guère le cas outre-atlantique.
je n'ai jamais lu Anglade, mais Signol et la Dordogne, c'est pas mal, même si évidemment on se sent un peu plus à l'étroit qu'avec Jim Harrison ou Rick Bass...
Pour finir, je me demande si les écrivains américains se disent "qu'ils évoquent la ruralité". Je ne pense pas qu'ils aient cette approche ou fassent cette distinction...

ce serait intéressant d'en discuter avec un spécialiste de la littérature américaine...


cynic63 13/10/2009 22:44


Un peu le même sentiment que toi Jeanjean. C'est bien écrit (par contre, moi, je trouve que le côté "langue péquenot" est un peu forcé), très bien construit, évocateur dans les descriptions
mais...il manque un souffle, une sorte d'énergie qu'on pourrait attendre dans ce genre d'histoire. Je commentais chez JML en évoquant Larry Watson (que je m'en vais relire de suite) et là, je pense
aussi à certains Richard Ford. Mais Mac Carthy, Faulkner...remarque sur cercle polar (avec qui je suis cependant souvent d'accord), ils ont évoqué Steinbeck. Et BHL, c'est Jean-Paul Sartre pendant
qu'on y est????


jeanjean 13/10/2009 23:06


BHL, oui, mais... Sartre, tu dis ? c'est qui celui-là ? ;-)

Tu fais bien de citer Larry Watson ! je l'avais complètement oublié, et pourtant je garde un excellent souvenir de Montana, 1948. Un p'tit bijou de roman. Tu feras un billet ? Tiens, je
crois que je vais le relire du coup.
Et tiens, ça me fait aussi penser à un autre auteur, Thomas Savage. Tu connais ? Il a notamment écrit un bouquin qui s'appelle Le pouvoir du chien. c'est l'histoire de deux frères, dans un
ranch perdu au milieu du Montana ans les années 20, dont la relation va lentement se désintégrer avec l'arrivée d'une femme. Une sorte de Brokeback Mountain avant l'heure, très
réussi.


christophe 28/09/2009 13:50


Oui oui, il ne faudrait quand même pas exagérer, ce n'est ni (mais ça le deviendra peut-être ) Larry Brown, qui est à placer parmi les plus grands, ni Woodrell, qui est sur la même marche que Larry
Brown d'ailleurs.


jeanjean 28/09/2009 19:20


je connais moins Woodrell, n'ayant lu que Faites-vous la bise, mais c'était déjà du haut niveau, c'est sûr.


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