Après Shibumi et La sanction, Oliver Gallmeister poursuit la réédition des romans de
Trevanian avec L'expert, où nous retrouvons avec plaisir ce cher et distingué Dr Jonathan Hemlock, critique d'art, voleur, alpiniste chevronné et assassin à ses heures pour le
compte de l'agence gouvernementale CII.
A la fin de La sanction, nous l'avions laissé à moitié
mort au sommet de l'Eiger, dans les Alpes suisses. Le revoilà dans un salon londonien, quatre ans plus tard, et s'ennuyant à mourir parmi une brochette de "critiques,
professeurs, directeurs de galerie, mécènes - toutes les loches paracréatrices qui étouffent l'art de leur sollicitude."
S'il ne travaille plus pour le CII, cela ne l'empêche pas de retrouver rapidement ses réflexes et son sang froid quand il découvre par exemple un cadavre dans sa salle de bain... Une petit
mise en scène du "Siège", l'équivalent anglais du CII, pour le contraindre à effectuer une mission : "sanctionner" un dénommé Maximilian Strange (vraiment strange, en effet), un personnage
fantasque et cruel, puis récupérer les films tournés au "Cloître", à l'insu d'éminents hommes politiques venus là pour se détendre, profitant du décor exotique, d'une ambiance chic et
sophistiquée avec hôtesses cédant à tous caprices.
La mission s'avère particulièrement dangereuse. Il faut dire que le précédent agent s'est retrouvé empalé dans le beffroi de St. Martin-in-the-Fields... Hemlock n'a d'autre choix que de se jeter
dans la gueule du loup, pour lequel il a élaboré une petite histoire à dormir debout afin de gagner sa confiance. Rien n'est moins sûr, et il va devoir se livrer à un petit numéro d'équilibriste
sur sa corde raide.
Si on peut préférer les pentes enneigées de La sanction aux frimas londoniens de L'expert, ce second volume des aventures de Jonathan Hemlock ne devrait pas décevoir les
fans de Trevanian, même si pour ma part j'ai moins frémi, percevant une tension un peu moins vive dans cet épisode.
Par contre, Jon se montre égal à lui-même, toujours aussi cynique, drôle, égocentrique, misanthrope et... amoureux. Un sentiment qu'on ne lui connaissait pas ! A l'intrigue vient
donc s'ajouter une idylle naissante que l'auteur aura finalement le bon goût - encore que ce soit une affaire de goût, justement - de saboter...
On retrouve aussi avec plaisir ce mélange d'action "jamesbondienne" (sans les gadgets), de fantaisie et d'érudition, où Trevanian/Hemlock nous livre avec mordant ses réflexions sur
l'art, la vie ou les moeurs de ses contemporains - notamment les anglais, sur lesquels il déverse son humour fielleux ("les gens les plus séduisants du monde sont toujours les
premiers qu'on rencontre après avoir quitté l'Angleterre").
Enfin, on pourrait reprocher à ce
roman (paru en 1973) un aspect un peu désuet. Je trouve plutôt qu'il possède cette patine élégante propre aux vieux meubles, et échappant à toutes les modes.
L'expert / Trevanian (The Loo Sanction, 1973, nouvelle traduction révisée (de l'américain) par Jean Rosenthal. Gallmeister, 2009)
Sinon "irecteur de galerie", ça doit être un sacré taf !
Bon, il y en a un à la bibli, il va falloir que je lui règle son compte!
Mais c'est du très bon quand même : très bien écrit, réjouissant, mordant, décalé plutôt que désuet - car je trouve que ce livre, comme le précédent, n'a pas vieilli, ou plus exactement vieillit bien.
Du coup, je ne pense pas m'attaquer à celui-ci.
http://actu-du-noir.over-blog.com/article-14565064.html
C'est le côté misanthrope et cynique du personnage qui te laisse donc cette impression mitigée, je m'en doutais un peu. C'est vrai que c'est pas un humaniste, le bonhomme, et on ne peut même pas dire qu'il a quand même un "bon fond" ! C'est un enfoiré de première, égocentrique, vénal, arrogant, et je crois que c'est justement pour tout ça que je le trouve intéressant !
Le personnage de Shibumi est différent et je crois qu'il te plairait. Extravagant, un poil plus chaleureux, grand ami d'un indépendantiste basque bon vivant (sacré perso celui-là)... C'est aussi un roman plus dense, plus abouti, et qui évoque merveilleusement le Japon et la Chine des années 30 et 40. Vendu ? ;-)