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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 00:00
"Mais comment était-elle faite, cette femme ? Comment se faisait-il qu'à peine il s'était forgé une conviction sur sa femme, il lui suffisait d'un geste pour l'envoyer en l'air ?"


Mmmh, j'ai pensé un moment mettre un simple lien vers Actu-du-noir, où JM Laherrère dit tout ce qu'il faut et comme il faut du nouveau roman d'Andrea Camilleri. Mais ce serait un peu court de ma part, alors je vais quand même y consacrer quelques lignes en m'efforçant de ne pas trop paraphraser mon collègue !

On dit parfois d'un écrivain qu'il "a un style". Les plus honnêtes - ou les moins vaniteux - vous répondront que c'est d'abord l'histoire qu'on veut raconter qui conditionne le "style" et donc le choix des mots, du ton, de la syntaxe.

Comme le démontre ici Camilleri qui délaisse sa verve coutumière et son dialecte "montalbanesque" pour nous introduire, avec une langue dépouillée, toute en effleurements, dans le cocon douillet d'une maison bourgeoise, où règne la même sobriété et la même retenue.

Les habitudes ont la vie dure, et ce jour-là notre homme - dont on n'apprendra jamais le nom - se lève à 6h, enfile son costume et noue sa cravate. Son chauffeur l'attend, afin de l'emmener comme tous les jours à la banque, dont il est le directeur. 
Seulement, le voilà depuis ce matin à la retraite, ce qui le laisse démuni et vaguement désorienté, après une vie réglée comme une horloge.

Dix ans auparavant, il a épousé en secondes noces une femme superbe et beaucoup plus jeune que lui, dont la soif de reconnaissance sociale n'égale que son appétit sexuel. Un appétit comblé par des amants de passage avant que ne s'installe directement sous le toit conjugal un lointain cousin. Une situation que la mari accepte avec philosophie, se contentant de l'affection que ne manque pas par ailleurs de lui témoigner Adèle. S'il l'aime profondément, cette femme demeure malgré tout une énigme à ses yeux, tantôt sainte tantôt putain.


Et en effet, on ne parvient jamais à déceler véritablement la nature de cette trouble héroïne. Une fois même le roman terminé, nous voilà partagé, tout comme l'époux, entre le regret de l'avoir mal considérée et une suspicion tenace - quel rôle a t-elle véritablement joué dans la déchéance de son époux ?

Mais les murs (siciliens, de surcroît) de cette maison bourgeoise, où glissent comme des fantômes les domestiques affairés, sont sûrement trop épais pour laisser percer la vérité. Tout y est tu, étouffé, soigneusement dissimulé sous des apparats de respectabilité. Peut importe même qu'on s'associe à quelque entreprise mafieuse, pourvu que les apparences soient sauves...


Une fois de plus, chapeau bas, signore Camilleri. Le tailleur gris, plutôt cintré (130 pages), coupe classique coupé droit, ne manque ni d'élégance, ni de finesse, ni... de style.


Conseil(s) d'accompagnement : l'émission Métropolis, sur Arte, a diffusé le week-end dernier un reportage sur l'écrivain.


Le tailleur gris / Andrea Camilleri (Il tailleur grigio, 2008, trad. de l'italien par Serge Quadruppani. Métailié Noir, 2009)

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Published by jeanjean - dans italie
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commentaires

dasola 09/05/2011 15:11


Rebonjour, j'ai trouvé très bien ce roman glaçant dont on devine l'issue assez rapidement et on se sent impuissant à aider cet homme. Terrible. Bonne après-midi.


jeanjean 09/05/2011 17:09



Impression partagée. On est bien loin de la chaleur et de la légèreté des Montalbano, et Camilleri semble à l'aise dans n'importe quel registre. @+



Hannibal le lecteur 08/10/2009 00:13


Comme tu as pu le voir à droite à gauche, je crois qu'on est tous d'accord sur la qualité de ce livre (moi aussi donc).
J'aime beaucoup la fin de ton article (comme quoi tu vois tu fais mieux que paraphraser Jean-Marc finalement !).
Je vais essayer de penser à allumer la télé samedi midi. Merci pour l'info, sans quoi je serais assurément passé à côté.


jeanjean 08/10/2009 20:08


Merci, et ça me fait plaisir de voir qu'on est plusieurs à avoir apprécié ce livre. Quant au reportage sur Camilleri, je suis tombé dessus complètement par hasard.
Fringant le bonhomme, en tout cas ! 


alain 07/10/2009 22:13


Un très beau livre.


jeanjean 08/10/2009 20:05


Comme tu dis. Ce Camilleri a décidément un sacré talent.


Aurore 07/10/2009 12:20


Et voilà, tu m'as achevé: il est bon et il est court, ce nouvel opus de Camilleri me tend les bras, même si Montalbano n'est pas là! Et en prime un reportage sur Arte (des fois je regretterais
presque de ne pas avoir la TV)


jeanjean 07/10/2009 16:11



Je crois que tu ne loupes pas grand-chose à la télé (à part bien-sûr le journal de JP Pernault et les interventions présidentielles...) mais ce serait dommage
par contre de passer à côté de ce très bon roman !



Yves Saint Laurent 07/10/2009 11:38


Merci Jean-Jean de représenter notre marque en toutes circonstances !

Bien à vous.
Amicalement.

Jean-Yves Delachemiseclasse
( consultant & directeur commercial chez YSL )


jeanjean 07/10/2009 16:06


Serait-il possible de recevoir quelques chemises pour m'habillet cet hiver ?
j't'ai reconnu Alex ! Polisson, ce garçon...


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