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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 00:00

Autant Donald Westlake et sa série Dortmunder ne m'ont jamais vraiment emballé, autant j'adore les polars de son alias Richard Stark. Question d'humour intempestif je crois (je sais, y en a qui vont grimper au plafond en lisant cela !).
Toujours est-il qu'au braqueur-trublion Dortmunder, je préfère le braqueur à sang froid Parker qui, comme son alter ego romanesque, traverse toujours quelques mésaventures pas piquées des hannetons...


nullQuelques hors-la-loi se retrouvent autour d'une partie de poker ; on se jauge, on fait connaissance, avant de discuter du futur "coup". Là, ça tourne court, vu que Parker vient de cravater l'un des invités, après s'être rendu compte qu'il portait un micro. On se débarrasse de la taupe et on se sépare ni vu ni connu. Pas bon pour les finances, mais s'agit d'être prudent dans ce métier.

Un certain Jack Delesia, avec qui il a déjà bossé, ne tarde pas à proposer un autre coup à Parker. La cible ? Un fourgon blindé. Le contexte ? Une petite ville du New Jersey, une banque qui absorbe l'autre et la chambre forte qui transite avec. Le souci ? La femme du directeur et un gardien de la banque sont dans le coup, et comme "un amateur dans la place transforme généralement une bonne occasion en désastre"...

Mais Parker a vraiment besoin de se remettre à flot, et après tout, ils arriveront bien à canaliser les amateurs. Sauf qu'au bout du compte, y a quand même un paquet de monde impliqué dans l'affaire, des intérêts convergents, des motivations fort différentes, rancoeur, vengeance, convoitise... Quand l'affectif rentre dans le tableau, ça a tendance à assombrir celui des pros...


Comme toujours, pas un gramme de psychologie chez Stark, qui nous sert du polar tendu comme un arc et des phrases affûtées qui filent, trajectoire rectiligne, droit sur la cible.

Du polar qui frappe par son aspect très visuel, très cinématographique ; et qui, comme les braquages minutieusement préparés de Parker, m'évoque aussi une chorégraphie, mêlée d'un incroyable sens du rythme, d'enchainements souples et nerveux et d'une mise en scène impeccable (avec en point d'orgue cette mosaïque de chapitres-paragraphes, quelques heures avant le braquage et le dénouement, qui dessine au même instant la situation de chacun des protagonistes).

Rien n'est laissé au hasard dans A bout de course !, chaque mouvement est pensé et exécuté avec précision. Faut dire que le bonhomme avait du métier et quelques dizaines de romans derrière lui, déjà. Du prolifique sans l'ennui, c'est assez rare.


Et le prochain "coup", c'est pour quand ?
Voilà bientôt un an que Westlake s'est fait la malle. Reste à savoir combien de "Parker" restent à traduire.


A bout de course ! / Richard Stark (Nobody Runs forever, 2004, trad. de l'américain par Marie-Caroline Aubert. Rivages/Thriller, 2009)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

pierre Bondil 20/11/2011 18:49

Je viens à peine de commencer. Je n'en avais pas traduit depuis 25 ans et suis très surpris de rencontrer des mots très longs et des adverbes en quantité chez Jim Thompson. Pour le reste, il est
trop tôt pour savoir ce que ça va donner. Il s'agit de "The Getaway" ("Le Lien conjugal" chez Gallimard, "Guet-apens" au cinéma). Remise du travail le 30 mars.
Amitiés

jeanjean 20/11/2011 19:02



Merci pour ces précisions. Loué soit Jim Thompson. Et loués soient les traducteurs. Amitiés.



pierre Bondil 20/11/2011 16:14

Je regrette, mais pour moi la traduction du livre est vraiment « À bout de course », hâtive, sans rythme, sans remise en cause. Quand vous lisez « la crosse sur le talon de la main gauche »
(p.192), que vous trouvez 9 participes présents dans les p.48 et 49, que vous rencontrez des fautes manifestes (sur « back and forth » traduit pas d’avant en arrière p.239) dans « Il sauta sur
l’asphalte, regarda par-dessus le toit le fourgon qui approchait, et leva les deux bras en l’air, les agitant d’avant en arrière pour signifier au conducteur de s’arrêter » (il fait du crawl sur
asphalte ou quoi ?), et que la liste est loin d’être exhaustive, je ne sais si je dois conclure à un gros coup de fatigue, à un cas de sous traitance du travail ou à la nécessité urgente d’un
retour dans une école de traduction. En tout cas, le styliste qu’est Richard Stark méritait mieux.

jeanjean 20/11/2011 17:59



"il fait du crawl sur asphalte ou quoi ?". hihihi... Oui, revu comme ça, on peut se dire que la traduction laisse à désirer et, effectivement, la prose de
Stark mérite mieux.

Tiens, tant que je vous tiens, comment se passent les nouvelles traductions des romans de Jim Thompson (il me semble que vous en êtes) ?



Stéphane Picher 12/05/2010 18:58


Encore moi!
La dernière fois que j'écrivais ici sur À bout de course, il n'était pas encore sorti, maintenant c'est fait (depuis quelques mois, mais il est resté un peu dans la pile).
Je vous renvoie à mon commentaire:
http://lebluesdulibraire.blogspot.com/2010/04/bout-de-course-commentaire-de-stephane.html

Pour ce qui est du Westlake noir, je suis d'accord avec la suggestion du Couperet; Le Contrat est très fort aussi, très très noir, avec une finale grandiose.
(Mais personnellement j'adore le Westlake "comique" avec Dortmunder).
Voilà à plus,
Stéphane Picher
www.librairiepantoute.com


jeanjean 12/05/2010 22:17



Je n'ai pas lu Le contrat, un jour quand je prendrai le temps. Pour Dortmunder, je vais te décevoir, mais je ne suis pas du tout fan... Jamais accroché à
son humour. Par contre, j'aime beaucoup les "Parker", plus secs, plus tendus. 
3 bouquins sortent en juin chez Rivages : 2 rééditions (Mort de trouille et Argent facile en poche) et un nouveau Dortmunder il me semble, Surveillez vos arrières. De
quoi ravir les amateurs... @+



Stéphane Picher 24/11/2009 17:17


Bonjour!
La lecture de votre commentaire me rend encore plus impatient (le livre arrive au Québec dans quelques semaines).
Pour ce qui est des Parker restants, il en resterait deux autres, d'après ce que j'ai pu glaner:
Ask the parrot (!?) &
Dirty Money

Mes noirs respects,
Stéphane Picher
www.librairiepantoute.com


jeanjean 24/11/2009 18:57


Merci pour l'info, on aura donc encore des Parker à se mettre sous la dent,
et sympa votre blog "Le blues du libraire" !


Jean-Marc Laherrère 21/11/2009 21:32


Faut bien que tu aies un défaut. le voilà, tu n'aimes pas Westlake.
T'as essayé Westlake noir ? le couperet ou kahawa ?


jeanjean 21/11/2009 23:40


Voilà, j'ai avoué... et je m'excuse... et je crois que le plus équitable serait de rejouer le match... ...Ah non !, j'me suis trompé, ç'est pas le bon texte ;-)

Non, je n'ai pas lu "l'autre" Westlake. J'ai Aztèques dansants chez moi, mais jamais ouvert, faudra donc que je m'y mette. Et voir au bout du compte si j'ai du mal avec Westlake...
ou avec Dortmunder !


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