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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 00:00

"Je la détestais.
Et je me sentais plus proche d'elle que jamais.
Maudite Gloria."

Adieu GloriaJupe en tweed et corsage blanc, elle (narratrice anonyme) est comptable dans un club de seconde zone et s'ennuie fermement. Jusqu'au jour où la sublime et glaciale Gloria la remarque et entreprend de faire son éducation.
Ramasser et déposer des "enveloppes" dans les casinos, les salles de jeux, les hippodromes. Savoir s'habiller, se tenir, garder la tête froide, toujours avoir "trois coups d'avance". Ambitieuse, la fausse ingénue apprend vite, et s'amourache bientôt d'un flambeur fauché et bonimenteur...

Roman d'apprentissage sauce gangsters et ambiance fifties pour ce polar vintage qui mêle rivalité féminine, trahisons, jeux de pouvoir et de séduction.

C'est tout un imaginaire* que convoque une Megan Abbott fascinée par l'Amérique des années 40/50 (elle tend même à lui conférer une dimension mythologique, en omettant de situer précisément l'époque à laquelle se déroule le récit).
On imagine les voix chaudes et suaves des égéries, le glissement de la robe-fuseau sur leurs hanches et le chuintement du vison, la lumière tamisée d'arrière-salles enfumées, le bruit de la roulette et des jetons qui s'entrechoquent, le danger qui guette et le drame imminent...

Aussi brillant soit l'exercice de style, l'original vaut souvent mieux que la copie, me direz-vous. Sauf qu'Adieu Gloria, e
n inversant les prises mâle et femelle, revisite astucieusement certains clichés du genre, à commencer par l'archétype du "trio infernal" : la tentatrice est ici un tentateur, "un homme fatal" qui va semer la zizanie entre deux femmes (le maître et son novice, un autre couple/cliché). Dès lors, l'affrontement des tough girls est inévitable. Sur qui allez-vous miser ?


Adieu Gloria / Megan Abbott (Queenpin, 2007, trad. de l'américain par Nicolas Richard. Ed. Du Masque, Grands formats, 2011)

* un imaginaire brouillé cependant par la traduction, certains termes argotiques ("pépée", "un cave" ou "turbin") renvoyant davantage à Audiard qu'à Billy Wilder ou Robert Siodmak, si vous voyez ce que je veux dire. On peut écouter Nicolas Richard, le traducteur, dans l'émission Ondes Noires)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

carine-Laure Desguin 17/05/2011 12:29


Ah, merci à toi,je note ! Depuis deux mois, grâce à tous vos blogs et vos conseils de lecture, j'avance car j'avais des lacunes ...je reviens de loin...


jeanjean 17/05/2011 20:07



t'inquiètes, on revient tous de loin, et même, on sera jamais arrivé. Bonnes lectures.



carine-Laure Desguin 17/05/2011 08:50


j'ai lu ce livre et j'ai aimé les dialogues. Les réparties c'est vrai nous relnace vers Audiard à certains moments. L'histoire en elle-même m'a accrochée, par son originalité. Des femmes qui
mènent, ça motive ...


jeanjean 17/05/2011 11:51



...et c'est assez rare dans le polar. Dans un style différent, et ce n'est pas non plus du polar à proprement parler, je te conseille de jeter un oeil sur un recueil
de nouvelles paru en 2009, Le ventre de Naples de Valeria Parrella, des histoires magnifiquement ciselées de femmes aux prises avec le quotidien.



cynic63 10/05/2011 22:28


Et avec ça quelques scènes à la fois "chaudes" et elliptiques. Totalement d'accord: ce n'est pas un vain exercice de style que cet "Adieu Gloria"...


jeanjean 10/05/2011 23:19



tu as raison, c'est un point que je n'ai pas abordé, cet érotisme voilé qui donne un côté sexy au roman. Me reste à lire Absente. @+



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