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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 00:00

"Ce roman raconte une histoire vraie. Il s'agit d'une affaire mineure et désormais oubliée de la chronique policière, mais qui à mes yeux, au fur et à mesure que je faisais des recherches, a acquis la lumière et le pathos d'une légende."


Argent brûléC'est l'histoire d'un braquage et des événements qui ont suivi. Septembre 1965 : une bande de gangsters attaquent un fourgon blindé dans la banlieue de Buenos Aires. Ils tuent plusieurs hommes et volent plus d'un demi-million de dollars avant de se réfugier en Uruguay. Le 05 novembre, l'appartement qu'ils occupent à Montevideo est encerclé par des centaines de policiers. Le siège - plutôt le bain de sang - va durer plus de 15 heures.


A la fin du volume, Ricardo Piglia explique qu'il a voulu respecter "la continuité de l'action et le langage de ses protagonistes et des témoins de l'histoire". Pour cela, il s'est beaucoup aidé des archives, des enregistrements radio, des témoignages, autant de sources qu'il cite tout au long du récit ("d'après un indic"... "aux dires d'un témoin"...).

 

S'il s'appuie sur des faits tangibles, l'auteur n'en oublie pas moins la dimension romanesque, et s'attache notamment à rendre les protagonistes plus... réels, s'attardant sur chacun d'entre eux, Malito, Mereles le Corbeau, et surtout les "jumeaux" "Bébé" Brignone et le Gaucho Dorda - dont la relation homosexuelle imprègne tout le récit. Focus et flash-back éclairent tour à tour leur passé, leur personnalité et leurs obsessions.

Sans oublier Silva, le flic qui veut leur peau. Un homme tout aussi mauvais symbole d'un régime corrompu (les voleurs ont d'ailleurs bénéficié de complicités dans l'administration et la police) et violent, qui a recours à la torture ou à l'emprisonnement arbitraire.

Malheureusement, le contexte politique de l'époque - les tensions entre péronistes, radicaux, extrême-droite, sur fond de répression et de coup d'Etat - est très peu mis en avant, et seules les explications du traducteur nous apportent quelques clés.


En multipliant les points de vue, en jouant sur plusieurs registres (esthétique, réaliste, journalistique...), Ricardo Piglia fait preuve d'une certaine dextérité, mais a contrario le tout manque un peu de cohérence et d'unité, un peu comme s'il hésitait constamment entre plusieurs façons de raconter l'histoire.
 


Il réussit quand même un petit tour de force : tandis que la fin approche, que le destin des "voyous" est scellé, on se prend d'une curieuse (et dérangeante) sympathie pour ces hommes qui ont "ont choisi leur mort" et font preuve d'un certain courage. A une époque et dans un pays où la vie humaine n'avait pas beaucoup de valeur, on se surprend à se préoccuper du sort de ces assassins dénués de scrupules, gavés de came et animés d'une volonté farouche.
Un peu comme si, enfermés avec eux dans cette planque assiégée par des centaines de policiers, nous étions victimes du syndrome de Stockholm...


Au final, Argent brûlé reste un bon roman noir, malgré des choix narratifs un peu "mous" à mon goût. Et si Piglia, à travers le nihilisme et la résistance héroïque des truands, ne parvient pas véritablement à donner à ce fait divers une dimension épique, il possède tout de même un sens certain de la dramaturgie.

Paul Maugendre et Anne-Sophie sont plus enthousiastes.


Argent brûlé / Ricardo Piglia (Plata quemada, trad. de l'espagnol (Argentine) revue et corrigée par François-Michel Durazzo. André Dimanche, 2001, rééd. Zulma, 2010)


 

Un film a été tiré de ce roman en 2000 par le réalisateur argentin Marcelo Pineyro, sous le titre Vies brûlées (Plata quemada), et a reçu le Prix Goya du meilleur film étranger.
 

 

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Published by jeanjean - dans amérique latine
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commentaires

Margotte en noir 18/06/2010 13:34


Juste pour dire que j'aime bien le titre de ton billet et que c'est le titre d'un magnifique livre de nouvelles d'Horacio Quiroga (à lire absolument...). Mais chez H. Q. c'est au pluriel


jeanjean 18/06/2010 15:16



Oui, je connais les (excellentes) nouvelles de Quiroga, et je lui ai honteusement emprunté son titre ! ;-)



Alex 16/06/2010 12:57


Intéressant ! Chapeau bas au graphiste de chez Zulma... Superbe couverture !


jeanjean 16/06/2010 16:54



C'est un dénommé David Pearson qui signe toutes les couvertures de Zulma, une création graphique à chaque fois, et du beau boulot, comme ici.



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