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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 09:38

Chansons à la gloire des narcos - narcocorridos -, codes vestimentaires et langagiers, culte de l'argent et de l'hyper-violence : au Mexique la "narcoculture" est devenue un véritable phénomène de société, particulièrement prégnant le long de la frontière américano-mexicaine, auprès d'une jeunesse déshéritée.

S'en faisant le témoin et l'écho (dissonnant ?), la "narcolittérature" connait actuellement un immense essor éditorial et commercial, porté par quelques figures comme Arturo Perez-Reverte (La Reine du Sud), Eduardo Antonio Parra (Terre de personne) ou Elmer Mendoza, dont Balles d'argent paraît ce mois-ci à la Série Noire.


Balles d'argentCuliacán, capitale de l'Etat de Sinaloa, au nord-ouest du pays. Bruno Canizalez, fils d'un éminent homme politique et avocat prometteur, est retrouvé mort, tué d'une balle en argent. Quelques heures plus tard, sa maîtresse se suicide.

Tout le monde veut voir cette affaire enterrée, sauf l'inspecteur Edgar Mendieta, qui poursuit l'enquête malgré les pressions et menaces diverses. Peut-être une façon pour lui de tenir à distance ses traumatismes ainsi que son psy.  



S'il s'évertue sporadiquement à décrire la confiscation du pouvoir économique et politique par le crime organisé, et sa main mise sur les institutions (Canizalez père allant quérir la bénédiction du parrain Valdès avant de se lancer dans la campagne présidentielle ; ce dernier, contemplant la ville à ses pieds et pensant : "C'est moi qui ai fait prospérer ce lupanar, qui ai bâti des quartiers entiers et crée plus d'emplois que n'importe quel gouvernement."), Mendoza peine cependant à dépasser le stade du décorum (Hummer, santiags, AK47...).


Ce qui aurait pu malgré tout être un bon divertissement - non dénué d'humour, par ailleurs - s'enfonce progressivement dans un magma informe quand, parvenu aux deux tiers du roman, Mendoza semble éprouver toutes les peines du monde à boucler son intrigue, à relier les fils, tournant en rond sans trouver la sortie.
Choisissant peut-être, à l'instar de son inspecteur, de laisser "l'affaire se résoudre toute seule", il comble le vide de redites, raccourcis et coïncidences grossières, et finit même par désigner un coupable de dernière minute, en dépit du jeu proposé au départ : soupçonner tour à tour un échantillon de suspects préalablement sélectionnés.

Discutable, enfin, le choix de mettre en scène le personnage de Goga la-femme-fatale-au-capiteux-parfum, si ce n'est le rôle commode que veut lui faire jouer l'auteur à la fin. Entretemps, elle collectionne les scènes superflues, voire tout droit sorties d'un soap-opera quand elle apparait en compagnie d'un Mendieta pris entre le charme vénéneux de la belle et les ardeurs homicides de Samantha, la petite fille gâtée/givrée d'un baron de la drogue vieillissant.




On retiendra tout de même le parti pris stylistique de l'auteur, qui retranscrit les dialogues "au kilomètre", en écartant les signes typographiques habituellement admis - retour à la ligne, tiret, guillemets. Un exercice périlleux - on a parfois du mal à identifier les différents interlocuteurs - mais plutôt réussi et qui imprime au récit un rythme à la fois fluide et rapide (on retrouve sensiblement le même procédé dans L'aiguille dans la botte de foin d'Ernesto Mallo).

Trop peu pour un roman somme toute artificiel, bâclé et vaguement complaisant - Mendoza donnant plutôt l'impression de surfer à bon compte sur le folklore narco. 



A noter : la revue Books a consacré il y a quelque temps un dossier à la narcolittérature.


Balles d'argent / Élmer Mendoza (Balas de plata, 2008, traduit de l'espagnol (Mexique) par Isabelle Gugnon. Gallimard, Série noire, 2011) - en librairie le 17 mars.

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Published by jeanjean - dans amérique latine
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commentaires

pluiemexicaine 27/03/2011 23:25


Ce n'est pas elisa mais samantha!


jeanjean 28/03/2011 08:24



Autant pour moi.
(elle m'a vraiment marqué...)



Richard 09/03/2011 13:52


Et bien, nous voilà prévenus !!!
Merci !
Bonne journée ...
Et en espérant, bonnes lectures ...


jeanjean 09/03/2011 17:02



salut Richard,
bonne lecture en cours, effectivement. @+



Alex 08/03/2011 23:33


Mais on va bientôt t'appeler "le faucheur", avec sa moisson de critiques acérées !!!! :-) Sinon, je vais pas revenir sur les couvertures de Gallimard... mais c'est quand même de plus en plus
pitoyable.... Cette dernière ferait cependant une très belle pochette d'album de vignettes Panini


jeanjean 09/03/2011 10:09



^^
Mauvaise série en ce moment, mais qui devrait s'interrompre avec le dernier Manotti/DOA, très bon pour l'instant.



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