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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 00:00
"Toute forme d'amalgame entre la délinquance et l'immigration serait particulièrement odieux, et la France doit rester un pays d'ouverture. " (Nicolas Sarkozy, nov. 2009)

"Comment un grand parti peut-il recycler sur son site officiel des stéréotypes de cette nature ?" Patrick Lozès (Président du CRAN), à propos d'une photo publiée sur le site de l'UMP montrant cinq jeunes Noirs vues de dos, et intitulée "Délinquance : en finir avec l'angélisme".

"Lorsqu'il est autorisé par la loi à utiliser la force et, en particulier, à se servir de ses armes, le fonctionnaire de police ne peut en faire qu'un usage strictement nécessaire et proportionné au but à atteindre". (Code de déontologie de la police nationale, art. 9)



Bien-Connu-SN"Panteuil", banlieue nord de Paris. Son canal, ses cités, ses friches, ses squats. Son commissariat, et sa palette - contrastée - de fonctionnaires de police.
 
D'abord, la commissaire Le Muir. Froide, ambitieuse, calculatrice. "La Muraille" a des idées très précises en matière de sécurité. Et l'oreille du Ministre de l'Intérieur, justement en train d'élaborer et de théoriser sa politique sécuritaire, en vue de l'élection présidentielle. 

Puis : les cow-boys de la BAC ; Paturel, leur chef de bande, un teigneux à la main leste ou baladeuse ; Pasquini, au passé chargé - milices des années 80 aux relents d'extrême-droite ; le jeune Doche qui débarque de son Nord natal "pour retrouver une place à soi dans un groupe solidaire et dans un monde ordonné". Dans ses bagages : quelques mauvais souvenirs et beaucoup d'illusions sur le métier de policier.


Un roman de non-procédure policière.
Doche atterrit au "bureau des pleurs". On lui donne très vite le mot d'ordre : du chiffre ! Culture du résultat, dictature des statistiques. Deux plaintes de femmes battues dans la même journée ? Une de trop, on prend pas.
Du chiffre. Des flics pressurisés. Des petits nouveaux lancés dans le grand bain, trop jeunes, inexpérimentés.
Du chiffre, la BAC en fait. Toutes les nuits. Contrôles, interpellations, gardes à vue. Entre deux visites au cheptel de pouliches que la loi antiputes a exilé de l'autre côté du périph' : on vous laisse bosser, en échange on se sert sur la marchandise et on ramasse un pourliche.

Noria Ghozali (qui s'est aguerrie depuis Nos fantastiques années fric), des RG, a eu vent des virées des bacmen. S'intéresse de près à Le Muir et à son entourage. Monte un dossier. Branche les connexions flics/truands.

Ce soir, les bacmen ont eu un tuyau. Se planquer près du terrain vague. Ils assistent en direct à l'embrasement d'un squat d'immigrés maliens et arrêtent deux jeunes qui passaient par là, ça pourra toujours servir.

Incendie volontaire. A qui profite le crime ? 
Le Muir jubile. Les journalistes assurent le service minimum. La machine politique se met en branle. On instrumentalise, on criminalise, on prépare le terrain électoral. La formule est simple : immigrés=délinquants=insécurité. "...aujourd'hui, c'est la peur de l'insécurité, fortement corrélée à la peur de l'étranger, la hantise du ghetto, à la fois hyper réel et fantasmé, qui sont les ferments de la cohésion sociale".
 

Le credo :  à travers la fiction, éclairer une réalité pas belle à voir. Escalade de la violence. Les bavures, plus ou moins lourdes, la crainte, l'incompréhension et la défiance réciproques entre la police et la population, les heurts avec les "jeunes issus de l'immigration", la multiplication des infractions pour "outrage" et "rébellion", les abus de pouvoir, les écarts de conduite, les faits qu'on maquille, les preuves dont on se passe, le racisme latent, les brutalités policières...

Mais elle ne se contente de pointer son faisceau sur un commissariat de banlieue. Elle élargit le spectre, et au fil d'une intrigue millimétrée, décrypte véritablement (plutôt que dénonce) les manipulations et les stratégies de communication d'un pouvoir politique qui s'empare d'abord de ces questions pour en tirer un bénéfice. 


On retrouve aussi le style Manotti : rythmé, ciselé, très travaillé. Phrases courtes, interjections, force des dialogues, récit en kaléidoscope - variation rapide des plans et des points de vue, parfois d'un paragraphe à l'autre, hyper-réalisme, impression de vitesse (il y a du Ellroy chez elle). 


Un roman particulièrement abouti, remarquable de maîtrise et de densité. 


Bien connu des services de police / Dominique Manotti (Gallimard, Série Noire, 2010)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

Michel 07/02/2010 20:37


Déjà noté chez Emeraude, tu confirmes son avis et mon désir


jeanjean 08/02/2010 10:01


Tu ne devrais pas être déçu, bonne lecture !


Alex 06/02/2010 14:49


Lu !

Elle défouraille la Dominique !

Je comprends tout à fait lorsque tu évoques le "Ellroy" en Elle ( absence de manichéisme - presque - totale, perdition des protagonistes, exécutants, exécuteurs, décideurs ou victimes, face à
l'indicible, broyés par leur passé respectif ). Peu d'impression de caricature, tant on ressent le boulot de structure, et de recherche, de chacun des personnages, profondément décrits. Du bon
boulot !

Je vais être content de l'écouter samedi prochain !
Et pas de souci pour l'interro' écrite !


jeanjean 06/02/2010 20:26


Pas de caricature, boulot sur la structure, personnages en perdition : tu as tout dit ! L'interro sera une formalité !


alain 05/02/2010 19:39


Elle est très forte cette Dominique. Pas encore lu celui-là..


jeanjean 06/02/2010 09:58


4 ans depuis Lorraine connection, et ça valait le coup d'attendre, comme on dit.


Alex 05/02/2010 17:53


MDR !!!!


jeanjean 06/02/2010 09:57


Bon, ça suffit les djeunes ! J'vais appeler la police, moi !


Travis djeuns lol 05/02/2010 15:58


le dictionnaire des djeunes dans coup je ne l'ai pas trouvé à ma médiathèque. Remarque l'avantage d'un tel dico serait ça taille, quelques pages d'onomatopées et l'affaire est réglée.
aller lol à tous et bon week end


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