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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 00:00

Après l'étonnant Retour à la nuit, les éditions Ecorce publient le non moins singulier Bois, premier roman du dénommé Fred Gevart. L'année commence bien.


Bois - F. GevartVoilà l'histoire, sombre et tortueuse, de Sylvain Michalski, auteur à succès de romans sous pseudonyme, père de deux fillettes, époux de Marlène, avec laquelle il n'évoque jamais "l'accident" survenu douze ans plus tôt.

Douze ans plus tôt, victime d'une prise d'otage, il est resté enfermé quatre jours durant dans une galerie d'une mine désaffectée, près de Limoges. Le GIGN a donné l'assaut. Tirs, explosion, blessures, trois ans de coma. Au réveil, amnésie totale. Aucun souvenir, sinon la mémoire du corps : la soif. L'impérieux besoin d'alcool.

Michalski est un condamné à mort : il vient d'apprendre qu'il est atteint un cancer. Verdict : deux mois. L'alcoolique abstinent replonge. Des bribes de souvenirs remontent. Gueules de bois et cauchemar, toujours le même -  La lumière au bout du tunnel. L'exctinction. Puis la voiture pleine à craquer, la villa vide. La route. Le carambolage et les débris. Les bâtiments au loin.
Jusqu'à ce qu'il tombe, après une gueule de bois carabinée, sur un drôle de manuscrit : le récit (apocryphe ?) de son enlèvement par le couple LLoebe-Pelletier (sic) et des jours qui ont suivi. Point de bascule dans la folie et l'irrationnel.



Cut-up
En remodelant son texte, l'auteur s'ingénie à brouiller les pistes, coupant, déplaçant, permutant des phrases, des paragraphes, des chapitres entiers même. Il superpose ainsi
plusieurs couches narratives, plusieurs voix (signalées par le changement de la police de caractère), jouant sans cesse entre la réalité et l'illusion, le présent et le passé, l'hypothétique et le tangible.

Cette
déconstruction du récit a pour effet d'abolir les repères de temps et de lieu, d'insinuer le trouble et l'incertitude. Médusé, on voit les mêmes scènes se répéter, dans les mêmes décors mais avec d'autres personnages et dans une temporalité différente (comme cette chambre d'hôtel plusieurs fois visitée, et toujours le bruit de l'eau qui coule, derrière la porte de la salle de bains...). On est plongé, piégé, dans un univers insaisissable et ambigu.
Un univers
qui rappelle immanquablement David Lynch, ainsi que Mémento de Christopher Nolan ou encore Garden of love de Marcus Malte, pour l'aspect onirique.


Qu'est-il véritablement arrivé à Michalski ? Ses souvenirs sont-ils réels ou fantasmés ? Jusqu'à quel point l'alcool et la maladie altèrent-ils son discernement ? Les événements qui nous sont racontés ont-t-il seulement eu lieu ?

La fin du roman n'apporte pas toutes les réponses, et laisse libre court aux interprétations (à moins que mes neurones n'aient pas fait toutes les connexions !). Des zones d'ombre subsistent, sur lesquelles j'aurais aimé, pour ma part, que l'auteur fasse davantage la lumière.


Par son ambiance et sa construction, ce roman risque d'en dérouter plus d'un. Sombre, troublant, labyrinthique jusqu'au tournis, Bois n'appartient pas à cette catégorie de livres pré-mâchés et vite digérés. On ne va pas s'en plaindre.


Bois / Fred Gevart (Ecorce, 2010)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

holden 25/01/2011 11:46


j'oubliais
petite interview du patron de ecorces sur notre site


jeanjean 25/01/2011 12:02



Merci pour l'info, je rajoute le lien : http://www.unwalkers.com/ecorces-maison-deditions/.
@+



holden 25/01/2011 11:46


il est putain de bon ce roman


Oncle Paul 05/01/2011 15:03


Que les édition Ecorce publient un roman intitulé Bois, je trouve que c'est du bon boulot.
D'accord j'ai rien dit.


jeanjean 05/01/2011 15:23



bon bouleau, comme tu dis... ^^
@+



Alex 05/01/2011 10:05


Ha bah je veux biengue, Petit Papa JeanJean ! :-)

Oui, les petits "à côtés" sont vraiment un plus.
( regarde M.H. n'aurait jamais eu son goncourt sans son duffle-coat à moumoute faussement dégeu ).

Comme le petit site en animation Flash de "Dans les limbes " de Jack O'Connell, par exemple, j'avais trouvé ça très réussi en guise d' "apéro". Tu aurais d'autres exemples ?


jeanjean 05/01/2011 12:36



Comme ça, j'ai pas trop d'exemples en tête, si ce n'est 1 ou 2 de mauvais goût, genre des bandes-annonces pour des thrillers à gros tirage, ou des mails envoyés par
un auteur à divers bloggueurs il y a quelques mois. Il se faisait passer pour une ado en manque d'amitié, qui racontait un peu sa vie et demandait des conseils : son bouquin parlait des
dérives d'internet et des cibles potentielles qu'étaient les ados, justement. Perso, je n'avais pas répondu à la "fille". Assez bizarre comme com'.



One More Blog in the Ghetto 05/01/2011 06:18


Voilà une chronique qui donne plutôt envie; toujours intéressant a priori, un bouquin qui ne pré-mâche pas tout pour le lecteur et fait appel à son intelligence. Noté.

PS. Une petite correction à ta chronique: Le réalisateur de Memento est Christopher Nolan, pas David Fincher.


jeanjean 05/01/2011 09:00



Oups, je corrige de suite, merci. @+



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