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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 22:00
J'ai découvert Philippe Huet l'année dernière avec son roman Bunker, qui m'avait fait forte impression. Je profite donc de la réédition de L'ivresse des falaises - un recueil de nouvelles -, pour m'offrir de nouvelles escapades normandes, de Granville au Pays de Caux, d'Etretat à la banlieue d'Evreux, de l'âge d'or des stations balnéaires à l'ère post-industrielle.

Natif du Havre, il aime à situer ses intrigues en Normandie et nous rappelle, s'il en était besoin, qu'il n'y a nul besoin de cités tentaculaires, de complots mondiaux ou de poursuites infernales pour trousser du bon polar, qui nous parle ici des méchants coups de patte du destin dans l'existence bien réglée de gens ordinaires, se retrouvant subitement en équilibre instable
et titubant au bord du précipice - ou de la falaise, c'est selon. Plus dure sera la chute, donc.

C'est Patrick le postier qui ne résiste pas à la tentation d'ouvrir le courrier de ses concitoyens. Un jour, il tombe sur une lettre qui va lui poser un véritable cas de conscience. Vivre et laisser mourir ?
C'est Henri Bellonte, un VRP qui sillonne la côte et fournit aux boutiques spécialisées maillots de bain et articles de plage, jusqu'à ce qu'il tombe amoureux fou d'une femme aperçue sur le rivage, et se rende coupable d'une terrible méprise.
C'est Frank Pradier, journaliste local, qui prend un auto-stoppeur en rentrant chez lui, pour apprendre le lendemain qu'il a été battu à mort. Et ces deux flics qui s'acharnent sur lui, et ces migraines de plus en plus fréquentes...
C'est Daniel Vautier, vieux garçon effacé et sans histoires, exécuté d'une balle dans la tête.
C'est Patrick Barrois, écrivain (de polars) en mal d'inspiration, qui n'aurait jamais dû s'installer dans cette vieille demeure granvillaise.


Ces petits contes cruels égrènent la malchance, les choix malheureux, l'opportunisme d'assassins et de victimes ordinaires, avant que ne survienne ce petit grain de sable qui va  - le plus souvent -  dérégler l'engrenage bien huilé, le stratagème meurtrier, le plan machiavélique.

Avec un art consommé de la chute (vertigineuse), et cette capacité à dépeindre en quelques phrases la vie d'un personnage ou l'atmosphère d'un lieu, Huet colorie le vert bocage et la craie des falaises à grands coup de pinceaux noirs, en n'omettant jamais de faire ce petit pas de côté qui modifie soudain la perspective du récit, et nous saisit d'effroi ou de stupeur.


Un court extrait pour vous mettre en jambes :
"Il n'y a rien de plus triste qu'une falaise d'Etretat sous la flotte d'un ciel d'automne. Une grosse serpillière tendue à la verticale, avec ses vilaines tâches, ses auréoles brunâtres, et ses rayures de saleté sur la craie. Rien à voir avec la blancheur virginale des cartes postales. C'est peut-être pour ça que les affligés choisissent toujours un temps de merde, couleur de leur vie, pour se balançer dans le vide. Ou alors la nuit. Celle d'aujourd'hui, car c'était une femme, a fait coup double. Temps de merde, et noirceur de la nuit. La brume, je vous en fais grâce, on va croire que je m'acharne..."


L'ivresse des falaises / Philippe Huet (éd. des Falaises, 2002 ; rééd. Rivages/Noir, 2009)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

BMR 22/10/2009 08:23


C'est noté : ça semble original (enfin, par rapport à la production habituelle comme tu dis : thriller mondial, villes à la Los angeles, ...).
En plus, un bel extrait cité ici !
Allez, hop, dans la PAL : j'irai revoir ma Normandie !


jeanjean 22/10/2009 17:51


oui, ça change un peu des polars urbains, et c'est aussi très bien ficelé. Bonne lecture !


cathe 21/10/2009 22:04


Mais je suis en BDP donc c'est encore différent !


jeanjean 22/10/2009 00:36


ah, effectivement c'est encore différent. Et ce doit être intéressant, je m'y frotterais peut-être un jour.

Et donc la question à propos de L'ivresse des falaises est moins "achetons-nous ce livre" que "Combien d'exemplaires achetons-nous de ce livre" ?! L'acquisition à grosse échelle,
quoi.


cathe 21/10/2009 17:09


C'est bien ce que je pensais, nous sommes à l'opposé : à l'Ouest du côté de Louis XIV ;-)


jeanjean 21/10/2009 20:23



Les publics doivent aussi être un tantinet différents... ;-)



Cathe 21/10/2009 10:33


Oui un comité polar, mais je crois que nos deux bib sont à l'opposé en région parisienne :-(


jeanjean 21/10/2009 14:10



je suis dans l'est, du côté de chez Mickey.



cathe 20/10/2009 18:32


Comme j'ai beaucoup aimé "Bunker", je note celui-là, il devrait bien être au prochain comité polar ;-)


jeanjean 20/10/2009 21:39



Un comité polar ? Intéressant.
J'espère que L'ivresse des falaises passera le cap ! (à moins que vous ayez déjà la première édition).



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