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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 00:00
« La maison est là-bas. Martha n'a pas encore allumé. Elle m'attend dans le noir, elle est malheureuse, je me déteste»

 

 

L'hiver, quelque part dans la somme, une maison isolée dans les dunes. Un cocon où se sont réfugiés Victor Markiewicz, un universitaire vieillissant, et sa jeune maîtresse Martha. « Un endroit romantique, tourné vers le large. Parfait pour des amoureux à la recherche de solitude. Pour des gens qui se cacheraient aussi. »

Ses mèches rousses, ses yeux verts, sa peau diaphane. Victor en est fou amoureux, et peut enfin goûter pleinement à cet amour juvénile depuis la mort soudaine – et bienvenue – de cette épouse malade et acariâtre qui l'empêchait de vivre.

  

nullUn intrus s'est glissé malgré tout dans ce tableau idyllique : un voyeur qui observe depuis des semaines leur manège amoureux, fasciné par Martha. Candide, gracile et fragile Martha, fixant des heures durant un point sur l'océan et peut-être l'ombre de quelque drame enfoui. Sa présence et l'intrusion d'un rôdeur amorcent le drame à venir.

 

Pour un temps, la prévoyance et la méticulosité de Victor sauveront les apparences. Mais de la même façon que les cadavres sont rejetés sur la grève, les secrets finissent par remonter à la surface.

 

Le ressac des vagues grises, le vent qui pousse les nuages bas, la pluie, omniprésente, les villas closes, la torpeur hivernale et un mort encombrant. La désolation a tôt fait de contaminer les coeurs transis, qui fait naître les non-dits, prolonge les silences, insinue le doute et la suspicion entre les deux amants.

L'amertume, la frustration, l'incompréhension, le ressentiment s'insinuent lentement, aggravant la santé déjà fragile de Martha, plongeant Victor dans le marasme.

 

 

Finesse psychologique, tension narrative, fluidité et justesse de ton. Jeanne Desaubry, maîtrise parfaitement son récit – dont on entrevoit dans un prologue saisissant l'inéluctable et tragique dénouement - et nous sert un huit-clos magnifié par le paysage minéral et désert d'une station balnéaire en sommeil.

 

Le style dépouillé comme la grève, fait merveille, et tandis que les chapitres se succèdent comme de frêles esquisses, on voit apparaître peu à peu le motif final de cette sombre et destructrice histoire d'amour. Le motif ? Quelque chose comme cet obscur objet du désir...



Dunes froides / Jeanne Desaubry (Krakoen, 2009)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

cynic63 29/10/2009 13:14


Je l'avais repéré il y a quelques temps.A priori, j'étais tenté. Ton post finit de me convaincre


jeanjean 31/10/2009 10:47


ah, je suis bien content que mon billet donne envie de lire ce bouquin ! J'espère que tu passeras un aussi bon moment que moi.
L'ami Jean-Marc Laherrère d'actu-du-noir avait aussi écrit un billet (enthousiaste), il me semble.


BMR 28/10/2009 21:43


Intrigant ce billet ... et ce bouquin.
Allez on va se laisser tenter ...


jeanjean 31/10/2009 10:36


tant mieux, tant mieux... vu que ça vaut le détour, et qu'il y a vraiment une atmosphère très prenante. Tu me diras si t'as aimé.


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