Lundi 11 janvier 2010
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J'étais ce soir au Théâtre du Rond-Point, à Paris-Champs-Elysées, pour écouter James Ellroy lire des extraits de son nouveau roman, Underworld USA. La lecture/rencontre
était organisée conjointement par Télérama et le Théâtre. Laissez-moi vous raconter un peu ça :
19h15, il y a beaucoup de monde devant le théâtre. 19h30, la salle est bondée. Sur la scène : Jean-Michel Ribes, directeur du théâtre ; Michel Abescat, critique littéraire à Télérama ; François
Guérif, directeur de collection aux éditions Rivages ; un interprète dont j'ai oublié le nom (désolé).
Avant d'accueillir James Ellroy, Michel Abescat/Télérama prend la parole. Présente le bouquin, pose quelques questions introductives à l'éditeur. Guérif, pas bavard : "Absolument." ou
"Il faudra lui demander." et "... ce serait donc l'occasion de commencer" !
Ellroy entre en scène. Veston cintré, noeud-pap', chemise, pantalon, chaussures "bateaux", un foulard sort de sa poche-poitrine. Applaudissements nourris. Ellroy fait le pitre, grimace, tape des
mains, encourage le public, plus-fort-plus-fort. Se dirige vers le micro et, comme il a coutume de le faire devant une assemblée, commence ainsi : "Good evening peepers, prowlers,
pederasts, skanks, panty-sniffers and dips" ("Bonsoir voyeurs, rôdeurs, pédérastes, ordures, renifleurs de petites culottes et pickpockets"). Le ton est donné. Ellroy est goguenard. La salle
rit encore.
Jambes écartées, genou droit légèrement fléchi, tassant son 1,90m, Ellroy se met à lire. Il mime, éructe, invective, tonne, s'emporte, s'apaise. Modifie sa voix et ses intonations. Il vit
son texte.
Ce qu'on remarque immédiatement en écoutant le texte, c'est sa musicalité. La traduction - excellente - en rend compte aussi, mais il y a inévitablement une déperdition. Là, dans
le texte, on se rend pleinement compte du travail réalisé sur la langue, les sonorités, le rythme. Et avec Ellroy comme orateur, je vous assure que ça rendait du tonnerre !
30 minutes plus tard. Lumières, applaudissements nourris. Ellroy fait le pitre, chauffe la salle. S'affale littéralement sur son siège. M. Abescat/Télérama reprend le micro, lui
pose quelques questions. Ellroy répond, dévie, digresse. Le traducteur prend des notes, a du mal à retrouver le fil. Ellroy ponctue ses phrases de "motherfucker" et autres "fuck". L'interprète est
au supplice. Il expurge, la salle siffle gentiment, allez pas de chichis, de toute façon on a compris.
Deux micros circulent dans la salle. Questions du public. Pertinentes, impertinentes. Ellroy répond, digresse, fait le cabotin, déconne sur son ex-femme... Le micro vadrouille et change de main.
Autre question, posée en anglais : "If you trust in God.... America ... political.... " Je n'ai pas tout entendu/saisi mais c'est une question à la c.., on le comprend tout de
suite au changement d'air et à la tête d'Ellroy, qui enchaine, hausse le ton, bombe le torse, balance la purée. Avant de s'arrêter net. L'interprète est aux abois. Il
commence timidement "Oui, je suis un fervent croyant .... je suis né en Amérique .... on a ... un chimpanzé à la Maison-Blanche".
Silence dans la salle. C'est du lard ou du cochon ? Ma voisine s'agite, se retourne : "mais c'est n'importe quoi-mais c'est n'importe quoi..." Outrée. Je ne réponds rien, je
réprime un sourire.
Oui, madame, c'est n'importe quoi. Mais : Ellroy en fait des tonnes, il provoque, il en rajoute, d'autant plus quand la question est insidieuse ou provocante ou hors de propos. C'est un
comédien. Il vient d'en donner un aperçu il y a quelques minutes, lors de sa lecture. Une performance scénique. Il est en re-pré-sen-ta-tion. On ergote depuis des années sur le personnage. On lui a
collé une étiquette de facho/réac/extrémiste. Il joue avec, il force le trait.
Suivent d'autres questions, d'autres réponses :
"j'écris j'écris j'écris je réécris beaucoup, chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe, jusqu'à temps que ça sonne comme il faut..."
"je ne regarde pas la télévision, je ne lis pas les journaux, je n'écoute pas la radio, je ne vais pas au cinéma, je ne fais rien qui pourrait distraire mon esprit de la période 68-72 sur
laquelle je suis en train d'écrire..."
"je n'écrirai jamais un livre qui se situera chronologiquement après Underworld USA [1972]. Après, l'Amérique ne
m'intéresse pas."
Dernières provocations, derniers bon mots. M. Abescat/Télérama ponctue : "Quel sens de la provocation !" comme pour dire ce n'est que de la provocation, mesdames et
messieurs, rassurez-vous ! La rencontre se termine. Séance dédicace, embouteillage, je sors, tant pis.
Je rencontre un bloggueur. Toujours sympa de "mettre un visage sur une page web". Tiens, on a des amis communs.
On papote. Polar, librairie, SF, amis communs...
Chouette soirée, quoi.
Allez, je vous laisse, et vais me replonger Underworld, il me reste 30 pages. J'essaye de vous en parler demain.
Par jeanjean
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Publié dans : polarenvrac...
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