Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 00:00

"L'enfer, c'est les autres", disait un célèbre existentialiste français. Mais imaginez que vous vous retrouviez soudain seul sur Terre, même quelques heures. Qu'adviendrait-il ?



Chaos Klent"L'humanité est composée d'une série de calques qui se superposent les uns aux autres. Il y en a un nombre fini, plus d'une centaine de millions, peu importe. Ce qui compte, c'est que chaque personne, vous, moi, appartient à un calque en particulier. Il partage ce calque avec d'autres humains : chaque calque peut regrouper entre 1 et 99 personnes."

Une sorte de "théorie des calques" ou une superposition d'espaces-temps, si vous préférez.

Michael Korta, un scientifique mégalomane et misanthrope spécialisé dans la biométrique, a trouvé le moyen d'isoler ces calques à partir de l'oeil humain, et plus précisément de l'iris.

Il une obsession : être le dernier homme sur terre. Première étape : faire assassiner toutes les personnes de son calque, parmi lesquels un acteur français mondialement connu et grand amateur de vins (ça ne vous rappelle rien ?) qui s'apprête à jouer Timon d'Athènes, ce personnage de Shakespeare.

L'histoire de Timon - les vers de la pièce égrènent le récit -, devenu le plus misanthrope des hommes après divers revers de fortune et devant l'ingratitude des hommes, offre d'ailleurs une intéressante mise en abîme.

Face à Korta, une scientifique londonienne et un jeune avocat idéaliste vont tenter d'empêcher qu'advienne le chaos.
Hélas, l'auteur - tenté par les figures allégoriques d'Adam et Eve ? - n'a pu s'empêcher d'introduire une histoire d'amour entre ces deux personnages, une amourette plutôt convenue et exagérément "fleur bleue" (enfin, à mon goût).

Cependant, cette fausse note n'amoindrit pas l'intérêt de ce roman oscillant entre thriller et science-fiction, qui repose en grande partie sur cette fameuse théorie des calques. Une idée de base vertigineuse qu' Hadrien Klent exploite intelligemment, imaginant des conséquences surprenantes, nous interrogeant notamment sur notre altérité, notre nature d'individus sociables et inter-dépendants, ou évoquant au passage cette pseudo-science farfelue qu'est l'iridologie.


Sans être exceptionnelle, l'écriture plutôt sèche sert habilement une intrigue très rythmée, servie par des chapitres courts, de fréquents changements de points de vue, ainsi qu'un suspense savamment orchestré et porté à son paroxysme par une accélération finale diablement efficace.

Enfin, je me demandais quel dénouement avait imaginé l'auteur.
Comment éviter le grotesque, le conventionnel ou la pirouette ? Hadrien Klent a dû y réfléchir un bon moment et il s'en sort plutôt bien. A défaut d'être renversant, le dénouement ne gâche rien.


A partir d'un postulat ingénieux, voilà un roman pour le moins atypique. A s'éloigner ainsi des sentiers battus l'auteur prenait le risque de se perdre (et nous avec), mais a finalement réussi à garder le cap.


Merci à Christophe Dupuis pour son conseil avisé. A mon tour, je vous invite à faire le détour.


Et qu'advienne le chaos / Hadrien Klent (Attila, 2010)

Partager cet article

Repost 0
Published by jeanjean - dans france
commenter cet article

commentaires

Alex 22/05/2010 23:53


tiens... l'intitulé de l'article s'est "calquométamorphosé"...

Encore un coup des Calques, et de leurs théories renégates !!!


jeanjean 24/05/2010 10:57



;-)



Alex 21/05/2010 12:57


Pas sûr d'avoir tout bien "calqué".... mais néanmoins, ça semble haletant !


jeanjean 21/05/2010 14:00



Disons qu'il faut lire le roman pour bien tout comprendre, et oui, il est difficile à lâcher.



Rechercher