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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 15:00

Des dunes froides de la Somme à la campagne de Dordogne, c'est toujours l'hiver.

Attiré comme tant de ses compatriotes par ce p'tit coin de campagne et la douceur de vivre à la française, notre narrateur, un anglais (au nom imprononçable et qui ne sera donc jamais mentionné) – vient d'élire domicile en Dordogne. Il s'est installé à La Berthonie, un simple hameau, et occupe une moitié de maison où il fait un froid glacial (« à l'époque où j'ai acheté la maison, je confondais encore l'inconfort et le pittoresque »).

Peintre oisif plutôt que naïf, il occupe son temps à écluser son whisky favori ou le Bergerac des voisins, et a quelques amis parmi la communauté britannique, anglais ou écossais excentriques et dilettantes qui « se retrouvent dans leurs clubs informels pour faire toutes sortes de choses et surtout pas grand-chose en buvant, dès que six heures ont sonné, de grandes quantités de toutes sortes de choses alcoolisées. »


nullLe récit commence par une veillée funèbre, où il est entraîné malgré lui, afin de présenter ses condoléances à une famille du voisinage ( parce que ce sont des choses qui se font, tin...). Le fils Caminade a été écrasé par un arbre alors qu'il était parti couper du bois. Quelque temps avant, c'est son frère qu'on avait retrouvé mort noyé (le mauvais oeil, tin...). Une coïncidence qui le titille, et ses doutes se confirment quand le médecin du coin, avec cette facilité qu'on a parfois à se confier à des étrangers, lui explique qu'il ne croit pas non plus à un accident, vu les marques constatées sur le corps.

Alors que ça ne le regarde en rien, et aussi pour tromper son ennui, notre anglais commence donc à jouer à Miss Marple, à tirer les vers du nez de ses voisins ; à suivre la vieille Hollandaise, celle qui habite le château avec un fils à moitié fou dit-on, et qu'on ne voit jamais ; à s'intéresser à « l'anglais de Pisse-chèvre », qui vit à deux pas et en quasi-autarcie.

Difficile de faire causer les autochtones, qui ne tiennent pas à remuer de vieilles histoires. Mais à force de poser des questions, il finit par en apprendre un peu, et notamment que la dernière guerre a tendance à sceller les lèvres et à provoquer un certain malaise...


L'intrigue, assez conventionnelle, ne vous fera pas frissonner – malgré le froid de février ; ce qui n'empêche pas qu'on tourne les pages sans s'en rendre compte, amusé par ce sujet de sa Majesté perdu en pleine jungle frenchie et découvrant avec étonnement, amusement ou consternation les us et coutumes locales.

On sourit devant sa perplexité face aux « complexité du tutoiement et du vouvoiement » qui lui font « employer des formules monarchisantes pour s'adresser à la boulangère » et « tutoyer les agents de police » ! Ou devant son incrédulité face aux moeurs libérées des femmes françaises - ou tout au moins c'est l'idée qu'il s'en fait après avoir fréquenté un spécimen. Une dénommé Martine, avec laquelle il joue "à l'anglais", commettant volontairement des fautes de prononciation par exemple, ou arborant ce fameux flegme anglais dont il est complètement dépourvu, ou encore l'invitant chez lui pour a cup of tee, alors qu'il déteste ce breuvage !

L'auteur se joue des clichés, déjoue les lieux communs, et nous offre avec ce court roman un petit cours d'anthropologie comparée qui ne manque ni de saveur ni d'humour.

A noter que si Louis Sanders a vécu en Angleterre, il vit en France depuis de nombreuses années et écrit dans la langue de Molière ; ses romans (notamment des polars jeunesse) se situent pour la plupart en Dordogne.


Extrait :

« Des tas de femmes avec des tas de gosse étaient assis sur les chaises le long du mur de la salle d'attente au centre de laquelle, sur une table basse en rotin, était posée une pile de vieux magazines de droite. Tous les médecins en France ont dans leur salle d'attente des magazines de droite, quels que soient leurs choix électoraux. Un journal communiste dans le cabinet d'un médecin communiste serait une chose impensable. »

Diablement vrai, non ?!

Une interview vidéo de l'auteur,
ici.


Février / Louis Sanders (Rivages/Noir, 1999)

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Published by jeanjean - dans france
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