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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 00:00

Je profite de l'accalmie éditoriale de décembre pour jeter un oeil dans le rétro et sur quelques romans qui m'avaient échappé ces derniers temps.

Je commence donc par Flandre noire de Gilles Warembourg, édité en 2008 dans la collection Polars en nord chez Ravet-Anceau, qu'il serait dommage de réduire à une collection régionaliste qui n'intéresserait que les ch'tis. La preuve ici.


L Flandrenoire couvAprès trois années de captivité à Auschwitz-Birkenau, où il a été déporté comme prisonnier politique, Georges Liévin, l'instituteur du village de Neu-Cappel, rentre chez lui. Cet homme qui toute sa vie a cru "à la culture, à la philosophie, à la médecine", cet humaniste ardent qui enseignait aux enfants "les vertus de la civilisation et de l'ordre", a vu s'effondrer tous ses idéaux, ses certitudes, sa foi en l'homme.

Les habitants fêtent son retour lors d'un banquet dégoûlinant de victuailles, de fausse sollicitude ou d'ignorance - ça n'a pas dû être drôle dans les camps de travail. Comment expliquer ça sans passer pour un menteur ou un fou ?

La dévouée Marceline et sa foi, la femme du maire et sa langue bien pendue, les Richart et leurs terres, les anciens élèves - Hervé et son uniforme, Jean et son désespoir, depuis qu'une balle allemande lui a volé ses jambes : quelques-uns des personnages d'un échantillon d'humanité qui va bientôt voler en éclats suite à un meurtre.
Un meurtre bien mystérieux sur lequel vont ridiculement buter les forces de l'ordre. Comme la folie des hommes n'a d'égale que leur bêtise...


Sans vous dévoiler ses ressorts, sachez que l'intrigue policière n'est pas un simple élément récréatif mais sert aussi, disons de caisse de résonnance à la réflexion philosophique.

Hier, das ist nicht warum.
Une réflexion en forme de quête spirituelle, au fil des interrogations philosophiques de l'instituteur-narrateur, obsédé par la question de la nature du mal. Pour trouver la réponse, pour honorer la promesse implicite faite à Nadia et Sofia, pauvres créatures croisées dans les Lager, il convoque les esprits, Kant, Shopenhauer, Rousseau, Leibniz, Spinoza, Montaigne.... Mais après de telles atrocités, les livres sont inutiles et les discours stériles. Quant au ciel, il est définitivement vide.

Le mal ne plane pas seulement sur la plaine d'Auschwitz, mais aussi sur celle de Flandre, dans ce village qui suinte de ragots fielleux, de petites haines, de rancunes tenaces. La mal absolu a fait place au mal ordinaire, mais c'est toujours le mal, latent, dans ce petit monde cancanier, bigot, hypocrite, sournois, pingre, méchant...



Remarquable de maîtrise et de densité, Flandre noire se distingue par une langue précise et toute en finesse qui parvient à saisir la complexité de la nature humaine, jusque dans son extrême laideur ; une langue soutenue, parfois exigeante, et riche sans être précieuse.


Merci à la libraire de Terminus Polar pour le conseil. 


Flandre noire / Gilles Warembourg (Ravet-Anceau, polars en nord, 2008)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

mazel 18/12/2010 11:26


me semble intéressant, merci pour cette piste de lecture
bonne journée


jeanjean 18/12/2010 14:49



De rien, et bonne lecture (même si c'est pas vraiment léger...) !



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