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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 00:00

Golgotha est le premier roman traduit en France d'un jeune auteur présenté comme l'enfant terrible de la nouvelle scène polar argentine, notamment salué par Carlos Salem.
Alléchant, puis décevant.



GolgothaGolgotha, soit le chemin de croix de Lagarto, un vieux flic de Scasso, un quartier pauvre et violent en périphérie de Buenos Aires.

Un monde en lisière et de l'entre-soi, où bandits et policiers ont grandi ensemble et obéissent aux mêmes lois, au même code de l'honneur qui, poussé jusqu'à l'absurde, entretient indéfiniment le cycle de la violence.

Amorce du cycle : une jeune femme meurt dans la rue, elle fait une hémorragie suite à un avortement clandestin ; sa mère, impuissante et folle de chagrin, se suicide dans la foulée. Romàn, un policier et un proche de la famille, a juré "de ne pas laisser les choses en l'état", et désigne un responsable.

Emaillée de références à la culture religieuse et populaire - chansons, telenovelas, dessins animés... -, l'histoire nous est contée par Lagarto, qui raconte après coup la chute de son jeune collègue, aveuglé par sa colère et sa soif de vengeance. Ainsi que sa propre déchéance.


En filigrane, Leonardo Oyola fait le portrait d'un lieu et de ses habitants, prisonniers de ce qu'ils sont et du quartier qui les a façonnés ; d'hommes qui ne cèdent pas simplement à la violence, mais y consentent, prêts à mourir ou à donner la mort, par devoir, bêtise ou nécessité. Pile, face, on verra bien de quel côté la pièce retombe.


La matière est là, et suffisamment travaillée... Malheureusement, le récit se délite et ne repose sur aucun élément tangible : les lieux et personnages manquent de texture, les dialogues de naturel, l'intrigue de consistance (et cela n'a rien à voir avec la brièveté du texte). Aucune prise assez solide pour qu'on s'accroche véritablement à la réalité de ce quartier, de ses habitants et des événements en train de s'y dérouler.
Seule la préface de Carlos Salem, qui contextualise jusqu'à un certain point le roman de son compatriote, éclaire quelque peu cette réalité.


Au final, ni le saisissant dénouement ni quelques fulgurances éparses - ni davantage le vernis théologique (titres des chapitres, multiples références aux saints qu'ils soient païens ou catholiques, récit incantatoire du narrateur évoquant une prière) - ne sauraient masquer complètement la relative indigence du roman.

Rageur, plein d'énergie et certainement sincère, mais maladroit. Un coup de poing qui vous effleure au lieu de vous cueillir au menton.

Qui sait, un jour peut-être Oyola m'en mettra plein la figure : un de ses romans, intitulé Chamamé, a reçu le Prix Dashiell Hammett du festival de la Semana Negra en 2008.



Golgotha / Leonardo Oyola (Gólgota, 2008, trad. de l'espagnol (Argentine) par Olivier Hamilton, préface de Carlos Salem. Asphalte, 2011)

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Published by jeanjean - dans amérique latine
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commentaires

Pierre FAVEROLLE 04/03/2011 06:38


Salut Jeanjean, j'ai trouvé cela agréable même si ce n'est pas extraordinaire, digressions au début et dialogues un peu longs par le suite.


jeanjean 04/03/2011 10:58



Salut PIerre,
J'ai le sentiment que ça aurait pu être très bon si l'auteur avait davantage travaillé son texte. Un truc par exemple : une certaine confusion dans la chronologie des faits et celle de la
narration. Pas forcément besoin d'avoir des balises clignotantes pour faire piger au lecteur où on se trouve et à quel moment, mais il faut quand même un minimum de structure. (cela dit, le
free-jazz me gonfle ^^)



Alex 04/03/2011 00:21


Tu es impitoyable... Ce serait pas plutôt tes gênes de Celte renégat & anti-clérical jusqu'au mégot qui t'empêcheraient d'apprécier ce roman à sa juste valeur ??? :]


jeanjean 04/03/2011 10:53



^^
Non, rien de tout ça ! et y a pas de méchanceté. Moins facile d'écrire une critique négative, d'ailleurs, et ça prend plus de temps. Mais ça peut être tout aussi intéressant.



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