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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 00:00

La bête de miséricorde fait partie de ces p'tits bijoux de romans noirs des années 50. Paru une première fois en France en 1967, il bénéficie aujourd'hui d'une nouvelle traduction d'Emmanuel Pailler, plus fidèle au style "court, percutant, presque desséché" de ce touche-à-tout de génie qu'était Fredric Brown. La première édition n'était "pas mauvaise [mais] en décalage avec le lieu, l'époque, et surtout le style de l'auteur", nous explique le traducteur dans la préface.


bête de miséricordeJohn Medley mène une vie tranquille et routinière dans une banlieue résidentielle de Tucson, Arizona. Jusqu'au jour où il trouve un cadavre dans son jardin. En bon citoyen, il ne touche à rien et prévient la police.

L'homme est rapidement identifié. Il venait de perdre sa femme et ses enfants dans un accident de voiture. Il était désespéré, et parmi son entourage, on pense immédiatement à un suicide. Seulement, il a reçu une balle dans la nuque, et l'arme est introuvable. Pas d'indices et aucun lien entre Medley et la victime. Frank Ramos et Fred Cahan, les flics chargés de l'affaire, sont dans l'impasse.
Ramos, plus intuitif et obstiné que ses collègues, commence à soupçonner Medley. Mais pourquoi un paisible retraité tuerait-il un parfait inconnu ?

 

Concis, percutant, Fredric Brown va à l'essentiel sans pour autant négliger la psychologie des personnages, bien au contraire.

Au fil des chapitres, il donne la parole à chacun d'eux (un procédé aujourd'hui courant mais certainement original à l'époque) et superpose ainsi plusieurs histoires, plus intimes, plus signifiantes qu'une simple enquête policière : le douloureux secret de Medley ; le bonheur amoureux de Cahan ; les déboires conjugaux de Ramos ; l'alcoolisme de sa femme qui s'apprête à le quitter...
Autant de trajectoires tracées par un destin plus ou moins capricieux, et un tableau plutôt sombre de la condition humaine, où affleurent nos peurs profondes, nos angoisses familières.

Serait-ce exagéré d'y voir aussi une photographie contrastée de cette Amérique des années 50, incarnée d'une part par l'insouciance de Cahan, ce (proto)type qui profite de la vie sans trop se poser de questions, d'autre part par Ramos, ce flic mexicain sensible et cultivé mais sans avenir, en butte au racisme larvé de son chef ? 


Un beau lifting pour un roman qui n'a pas pris une ride. Je laisse le dernier mot à ce cher Pascal, qui sans le savoir a parfaitement résumé ce bouquin ! "Nous implorons la miséricorde de Dieu, non afin qu'il nous laisse en paix dans nos vices, mais afin qu'il nous en délivre." Vous avez trois heures...
... de lecture. Après je ramasse les copies.


La bête de miséricorde / Fredric Brown (The lenient Beast, 1956, trad. de l'américain et préface par Emmanuel Pailler. Moisson rouge, 2010)
  

PS : ce roman a été (librement) adapté il y a quelques années par Jean-Pierre Mocky, avec Jackie Berroyer et Bernard Menez dans le rôle des flics (!). Quelqu'un aurait-il vu ce film ?

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

Frédéric 06/06/2010 10:30


A noter qu'il existe une intégrale de ses nouvelles en 3 volumes si je dis pas de bêtises chez Coda. J'ai le premier volume et c'est vraiment bon, et comme c'est une intégrale on y trouve à la fois
le polar et à la fois la SF !
Je me suis mis à la lecture quand j'étais ado en partie grâce à F. Brown, c'est vraiment un maître (pour les nouvelles notamment), même si je connais davantage son oeuvre en SF qu'en polar.


jeanjean 06/06/2010 19:46



J'ai regardé, c'est bien chez Coda. Il faudra que je me les dégote un de ces jours. J'avais beaucoup aimé Fantômes et farfafouilles et Martiens go home
!, lus quand j'étais ado aussi. Comme quoi, un auteur à conseiller aux ados rétifs, peut-être !



Laurette 03/06/2010 19:08


En voilà une nouvelle qu'elle est bonne!
Après "La Fille de nulle part" et "La Nuit du Jabberwock", enfin un nouveau polar de Fredric Brown à se mettre sous la dent (pas une vraie nouveauté mais on s'en contentera). Un très bon auteur
injustement méconnu (il y a peut être un rapport de cause à effet!), sauf pour quelques aficionados de SF barrée (on n'oublie pas que c'est un heureux touche-à-tout littéraire). Je me réjouis
d'avance :-)


jeanjean 03/06/2010 22:03



Peut-être que ça l'a desservi, au final, ce côté touche-à-tout et iconoclaste. Mais il y a quand même a des éditeurs pour rééditer ses bouquins, et des amateurs
qui font passer le mot. Bonne lecture !



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