"Avis à vous, chers touristes !
Pour un séjour de détente et de relaxation, choisissez Evian. Ville d'eaux. Sa source réputée, son lac tranquille, ses cures bienfaisantes, son casino... et son tueur en série. venez crever en
toute quiétude, on s'occupe du reste. Grand choix de messes possible, avec prélat, ou sans, obole comprise, autopsie garantie, inhumation, incinération...
Evian, c'est le paradis qui vous tend les bras !"
Le lac des singes, second roman de Marcus Malte - paru au Fleuve noir en 1997 et épuisé - vient d'être réédité en Folio policier.
On y retrouve le personnage de Mister - déjà présent dans Le doigt d'Horace -, pianiste de jazz, 1.90m pour 90kg, sensibilité à fleur de peau d'ébène.
Et ça commence par la fin : Mister est
assis sur un tabouret au sous-sol d'un commissariat. "Je considère que votre aide nous a été précieuse" lui dit le flic. On comprend que l'enquête est bouclée et qu'un homme s'est
suicidé. Un homme qui a laissé derrière lui des milliers de bandes, ça faisait trente ans qu'il enregistrait sa détresse et ses délires. Play.
Flash-back. Mister, appelé en rescousse par son pote Baptiste dit Le Gros, pour remplacer au pied levé le pianiste du groupe. Un quartet au Casino Royal d'Evian-les-Bains, jazz pépère pour
mémères aux manchots, 1200 balles par jour, nourri, logé. Mister est ok.
Arrivé à Evian, il ne tarde pas à rencontrer le commissaire Jabron, qui enquête sur une série de meurtres. Depuis le début de l'été, quatre hommes ont été exécutés, une balle en plein front tirée
par un fusil artisanal. (Seul) point commun : ils venaient de s'en mettre plein les poches au Casino. Sinon ? Rien. le commissaire pédale, le préfet s'impatiente, les super-flics parisiens
vont bientôt débarquer.
Et Marcus ? Il joue tous les soirs, s'éclate, répète ses gammes, fait quelques rencontres : un taxi fantasque, un prestidigidateur inquiétant, un mélomane mélancolique, un portier imperturbable.
Autant de personnages équivoques qui pourraient chacun être le tueur.
Dans une atmosphère moite, alourdie encore par la chaleur estivale, le pianiste est entraîné malgré lui dans cette affaire. Le Gros l'avait pourtant prévenu : "C'est là qu'elle est
ta place [derrière le demi-queue Steinway], cherche pas ailleurs".
Le tueur s'enfonce dans sa névrose, Marcus dans l'inquiétude, Jabron dans la neurasthénie. Jusqu'à la lie. Jusqu'à ce que que Marcus se retrouve assis sur un tabouret au sous-sol d'un
commissariat, à écouter se dérouler le récit triste et halluciné d'un assassin.
Entretemps, on aura eu droit à des histoires d'argent facile et d'abandon, de temps passé et de cygnes enfouis, à quelques belles pages sur le jazz et même à une scène de
chasse à la souris !
Même si Le lac des singes n'est pas aussi abouti, aussi ciselé que Garden of love (du temps a passé, et Malte s'est bonifié), on y retrouve cette ambiance singulière, à la
fois éthérée, onirique, inquiétante. Et cette plume, parmi les plus belles du polar français.
Le lac des singes / Marcus Malte (Fleuve noir, 1997, rééd. Folio policier, 2009)