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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 00:00

Né en 1943 dans le Tennessee, vétéran de la guerre du Vietnam, William Gay est l'auteur de trois romans et deux recueils de nouvelles. La mort au crépuscule est le premier traduit en France.

     

Mort au crépuscule

Nous sommes dans un coin reculé du Wisconsin, "ce pays de salopettes et de chapeaux de feutre", au début des années 50, mais on pourrait aussi bien se situer 50 ans plus tôt, tant ce pays semble figé dans ses traditions et ses superstitions.  

 

Kenneth Tyler et sa soeur Corrie, deux adolescents, ont découvert que leur père n'avait pas été enterré "comme il faudrait". Ils ne tardent pas à se rendre compte des monstruosités commis par Fenton Breece, le croque-mort, sur les corps dont il a la charge, et décident de le faire chanter.

Ce dernier envoie alors à leurs trousses un dénommé Granville Suter, un type du comté particulièrement dangereux et que tout le monde évite comme la peste.

 

S'ensuit une poursuite infernale entre Kenneth et le croque-mitaine dans les bois du Harrikin, sorte de forêt dantesque, désolée et maléfique, peuplée d'ermites, de vieilles sorcières et d'alcooliques pénitents.

La brume, les arbres morts, le froid, les bois touffus et sombres, les ombres et les bruits. La végétation dense qui a recouvert des habitations décrépies et des mines désaffectées, vestiges d'un autre temps.  

 

On pense bien-sûr à La nuit du chasseur, et à Cormac McCarthy pour l'ambiance crépusculaire, auquels William Gay fait directement référence d'ailleurs. Aux Marécages de Joe Lansdale aussi.

Mais les comparaisons s'arrêtent là.

 

 

L'ennui, c'est que l'auteur force le trait et abuse des métaphores et aussi de certains termes - "ténèbres", "funèbre", sinistre"... - qui, au lieu d'entretenir une atmosphère menaçante et vaguement surnaturelle qui joue sur nos peurs ancestrales (notamment celle de la Forêt), ont du coup tendance à la désamorcer. Si bien que le charme qu'il avait fait naître finit par s'estomper et qu'il ne subsiste qu'un décor artificiel.

  

Alors la course-poursuite s'essoufle, la tension s'effiloche et même, je n'ai ressenti qu'une empathie toute relative pour le jeune Kenneth.    

 

C'est d'autant plus dommage qu'on sent, derrière ces répétitifs effets de style, un vrai talent de conteur, et qu'il y avait là tous les ingrédients pour faire un fort et beau roman. D'initiation, gothique, à suspense. Finalement, aucun des trois ne m'a vraiment convaincu et j'ai eu hâte de sortir de ce bois dont je me suis demandé si j'y avais même jamais pénétré.

     

Et vous ? Êtes-vous, comme moi, resté en lisière d'Harrikin, ou vous y êtes-vous volontiers aventuré ?  

 

La mort au crépuscule / William Gay (Twilight, 2006, trad. de l'américain par Jean-Paul Gratias. Le Masque, Grands formats, 2010)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

Jean-Paul Gratias 31/12/2012 00:30

À part le commentaire de XAVE qui dit ne pas bouder son plaisir, je vous trouve bien difficiles, messieurs. Oui, on a le droit de citer Faulkner en chroniquant un roman de William Gay, car c'est la
lecture de Faulkner et de Thomas Wolfe (pas Tom Wolfe, je parle de l'auteur de "Look Homeward, Angel") qui a donné à William Gay l'envie d'écrire. Cette filiation, il la partage donc avec Cormac
McCarhty. Et non, ce n'est pas un crime d'avoir du style et du lyrisme, sinon on ne lirait plus Giono ni les fabuleux polars du regretté Pierre Magnan. Et de la même façon que William Gay s'est mis
à raconter des histoires après avoir lu Wolfe, le très étonnant et talentueux Donald Ray Pollock, en quittant son usine, a eu envie d'écrire des nouvelles après avoir lu… William Gay. Un autre
roman de ce dernier est paru récemment au Seuil: "La Demeure éternelle", qui mérite le détour. Il me semble que dans le flot de romans noirs qui déferle tout le long de l'année, des livres comme
ceux de William Gay et de Donald Ray Pollock tranchent singulièrement sur le niveau général.

xave 28/12/2010 11:00


Et bien moi, j'ai aimé cette balade dans le Harrikin. J'ai un peu moins apprécié il est vrai les envolées lyriques simili poétiques qui ne m'ont pas follement emporté, mais l'histoire elle même, et
cette course poursuite truffée de rencontres, m'ont parues digne d'intérêt. Ce sera 7/10 :)


jeanjean 28/12/2010 17:49



je vois que tu t'es laissé entraîner dans ces bois-là, moi je n'y ai vu qu'un décorum, peut-être à cause des "envolées" dont tu parles, d'ailleurs. @+



Ligeia 16/04/2010 22:02


Je viens d'écouter un avis plutôt positif sur cercle polar : http://www.telerama.fr/livre/cercle-polar-42-l-empreinte-des-amants-de-john-connolly-la-mort-au-crepuscule-de-william-gay,53800.php mais
ne suis pas toujours d'accord avec Téléramache....


jeanjean 17/04/2010 15:51



j'ai écouté cette émission (et je suis souvent d'accord), faut croire qu'ils se sont laissés embarquer dans la forêt enchantée. Là où je vois des effets, ils
voient un style. Bon... C'est bien d'avoir un avis différent.



holden 07/04/2010 13:46


en plus il cite faulkner et mon heros mccarthy
en fai c'est 4 sur 10
pub de merde
m'en fous je me suis refait avec la guerre des vanites de marin, le dernier patrick bard, et le surhumain de thierry brun sans oublier black water transit pure hard boiled


jeanjean 07/04/2010 20:32



je comprends que les éditeurs fassent de la pub, citent untel ou untel, rajoutent des bandeaux, mais je me demande si au bout du compte ce genre de comparaisons
(maintenant, dès qu'un roman qui parle du Sud américain paraît, on cite Faulkner...) ne va pas s'avérer contre-productif.

La guerre des vanités m'est tombé des mains, mais je vais trouver un moment pour lire Patrick Bard (tu connais ses photos de la frontière mexicaine ? Magnifiques et instructives) et je
note le dernier, dont je n'ai pas du tout entendu parler.



caroline 05/04/2010 11:39


Y'en a un ici qui a aussi été totalement déçu, en fait il n'a même pas fini le roman malgré une ambiance prometteuse. Constat partagé, donc. Non, t'es pas tout seul !


jeanjean 05/04/2010 18:47



Je vois qu'on est plusieurs à ne pas être rentré dedans. J'ai lu cette phrase ahurissante sur le site de l'Express : "De mémoire d'amateur de polar,
lire un texte d'une telle force n'était pas arrivé depuis au moins deux siècles." Ah, la surenchère journalistique...



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