Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 00:00
Délaissons un moment l'actualité et la machine à nouveautés qui s'emballe, pour jeter un oeil en arrière, vers ces bon vieux classiques ou ces ovni littéraires, catégorie à laquelle appartient sans nul doute cette Nuit du Jabberwock du facétieux Fredric Brown (1906-1972), dont je vous avais déjà parlé il y a quelque temps avec La fille de nulle part.


nullDepuis plus de vingt ans, Doc Stoeger est rédacteur du (seul) journal de Carmel city, petite bourgade où, à son grand désespoir, il ne se passe jamais rien.
Ce jeudi soir, jour de bouclage, n'échappe pas à la règle. Une oeuvre de charité, un divorce, quelques publicités... Rien de notable.
Ce jeudi soir, jour de bouclage, n'échappe pas à la règle. A défaut d'avoir quelque chose sous la dent, Doc va se jeter quelques whiskies dans le gosier, en face chez son pote Smiley. Goûtant l'amertume du breuvage en même temps que la sienne. Ah ce qu'il aimerait, rien qu'une fois, tenir un scoop, raconter quelque chose qui en vaille la peine !
Il ne sait pas encore qu'il s'apprête à vivre la nuit la plus extraordinaire de sa vie, et des événements qui vont le combler au-delà même de toutes ses espérances...

C'est d'abord une rencontre avec un inconnu, un homme bizarre qui lui raconte des histoires à dormir debout à propos de Lewis Carroll et des messages contenus dans Alice au pays des merveilles.

S'en suit rapidement une cascade de péripéties et de rebondissements, bringuebalant le pauvre Doc, ce bonhomme plutôt frêle, arborant petites moustaches et lunettes (regardez donc une photo de l'auteur...), complètement dépassé par les événements et l'étrangeté de la situation à laquelle lui-même a du mal à croire !


Un pied dans l'univers onirique de Lewis Carroll - qui sert judicieusement de ressort à l'intrigue -, l'autre dans la plus pure tradition du pulp : Fredric Brown excelle - comme toujours - à mélanger les genres, à brouiller les pistes, et ce roman en est une belle illustration, qui tient à la fois de l'enquête, du mystère et du fantastique, agrémenté de cette petite touche de burlesque si caractéristique chez cet auteur.
Et de satire, quand il moque les errements déontologiques de la presse (lui-même travailla un moment au sein d'un journal) ou l'hypocrisie d'une petite ville de province.

Cela dit, autant ses romans sont farfelus, autant Fredric Brown ne laisse absolument rien au hasard et fait preuve d'une extrême rigueur dans la construction et la progression de son récit. Une véritable mécanique de précision.


Fredric Brown fait partie de ces conteurs qui nous font tourner les pages avec un plaisir fébrile. En ce début d'hiver où la nuit s'allonge, quoi de mieux qu'un peu de fantaisie et de mystère ?


Extrait (sans trop en dévoiler...) :
"Trois fois environ, au cours de cette interminable soirée, j'avais été au bord de l'ivresse, mais à chaque coup quelque chose s'était produit pour m'empêcher de boire pendant un moment et m'avait dégrisé. De petits incidents tout bêtes, comme d'être pris en otage par des gangsters ou de voir un homme mourir subitement et horriblement (...). Des petites choses comme ça."


La nuit du Jabberwock / Fredric Brown (Night of the Jabberwock, trad. de l'américain par France-Marie Watkins. Rééd. Rivages/Noir, 2007)


Quelques jours de congés m'attendent, et je n'aurai la semaine prochaine qu'un accès disons limité à internet. Un ou deux billets à poster, certainement, mais pas forcément la possibilité de répondre rapidement à vos commentaires, alors ne m'en veuillez pas, et que cela ne vous empêche pas de mettre votre grain de sel...

Partager cet article

Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article

commentaires

jean-claude Ramdam 08/11/2009 11:06


La pluie et le vent ayant activé quelques neurones, il faut aussi parler de la collection "moisson noire" où chaque bouquin est présenté par un auteur connu censé avoir sélectionné les nouvelles;
c'est assez inégal mais il y en a 2 qui sont réussis: Le Connely avec des nouvelles de Crumley, Elmore Leonard etc et le Ellroy qui reprend un "best of" de la nouvelle policiere américaine,, ah!
celui présenté par Joyce Carol Oates est pas mal non plus. Oui c'est vrai le bouquin de Bloch avec 30 nouvelles noires est épuisé; à rechercher donc en occasion ou chez les bouquinistes. Le livre
est relié et illustré par Moebius. éditions Opta. Allez zou je pars aux champignons...


jeanjean 08/11/2009 11:21


Oui, tiens, les "Moisson Noire". C'est noté pour le "Connelly". Et merci pour les précisions bibliographiques concernant Bloch, j'essaierai de mettre la main
dessus.

Et bonne cueillette, alors !


jean-claude Ramdam 07/11/2009 11:34


Aux amateurs de nouvelles puis-je vous signaler l'intégralité des nouvelles de Chandler chez Omnibus? un must! sinon du même il y a un recueil plus compact " le jade du mandarin". Pour ceux qui
voudraient connaitre un auteur Italien mort en 1969 avant d'attaquer ses romans; lire chez 10/18 Milan calibre 9. La nuit du tigre. Profession salopard.tout ça de Giorgio Scerbanenco. Robert Bloch,
l'auteur de "Psychose" a publié également des nouvelles très noires mais je ne sais pas si elles ont été réeditées...Enfin ce ne sont que des suggestions d'un vieux schtroumpf!


jeanjean 07/11/2009 15:25


Merci pour ces quelques conseils grand Schtroumpf ! ;-)
Chandler, Scerbanenco, sûr c'est très bon. Je n'ai jamais lu Robert Bloch, mais si j'en trouve... A priori, beaucoup de ses bouquins sont épuisés. Moisson rouge a réédité l'année dernière Le
crépuscule des stars, mais c'est un roman.


Emeraude 31/10/2009 14:01


j'avais cru comprendre, vu la réponse de jeanjean, que ce commentaire n'était pas à prendre méchamment mais il vaut toujours mieux s'assurer :-)
et si mon point de vue peut aider je dois dire que ce que je n'aime pas dans les nouvelles c'est que c'est trop court. C'est très bête à dire car il y a des romans très courts et très bons mais
j'ai toujours le sentiment de rester sur ma faim. Et puis lire plusieurs histoires dans un seul livre, ça ne me satisfait pas du tout.
Par contre pour être honnête, je dis ne pas aimer la sf mais en fait c'est un genre qui ne m'attire pas.
PS : pour jeanjean, je garde en tête que tu as l'adresse de gargamel, ça peut toujours servir ;-)


jeanjean 01/11/2009 18:58


C'est quelque chose qui revient souvent de la part de ceux que la nouvelle n'attire pas, ce "sentiment de rester sur sa faim". Je le vois aussi en médiathèque, quand
je propose de temps à autre des recueils de nouvelles. dans le meilleur des cas, la personne le prend poliment, dans le pire, elle fait une grimace pour me faire comprendre que... non !

Ca m'est arrivé aussi de rester sur ma faim à la fin d'une nouvelle, mais dans ce cas-là j'ai tendance à penser que le problème ne vient pas de moi et qu'elle n'est pas réussie !

Pourtant, les nouvelles peuvent s'avérer très "utiles", pour découvrir un auteur par exemple (avant de se farcir son chef d'oeuvre de 700 pages !), ou une littérature nationale, japonaise, indienne
ou que sais-je encore...
Bon, après, chacun voit midi à sa porte, et je ne vais enquiquiner les gens qui se déplacent à la médiathèque.

PS : en fait, Gargamel est un type adorable et a beaucoup souffert du rôle qu'on a voulu lui coller à la télévision... :-))


Alex 31/10/2009 12:56


As-tu des exemples de "classiques" nouvelles noires ( ou polardeuses ) ?

Car quand je dis "plus adapté", je pense surtout à l'intrigue, alors que la nouvelle s'adapte plus - à mes yeux - au fantastique, avec un effet "choc"
( Poe, Maupassant, Bradbury, Buzzati etc.. ).

Bon sinon oui il faut que je saute sur Brown.


jeanjean 01/11/2009 18:50



Oui, vu comme ça... Et je n'ai pas de polars "classiques" en nouvelles qui viennent en tête dans l'immédiat.
Bon, on peut citer les Histoires extraordinaires d'Edgar Poe (quand même !) ou les nouvelles de Dashiell Hammett, Conan Doyle... Plus près de nous, je vais bien-sûr citer Marc Villard
!



Alex ( le clown qui se déguise en Schtroumpf ) 29/10/2009 10:10


Ouh non, ne le prenez pas mal, Chère Emeraude. Je voulais dire pas là, et loin de moi l'idée de vous froisser, que je trouve étrange qu'on puisse "ne pas aimer" les nouvelles.

On en parlais encore dernièrement avec Jean-Jean, la nouvelle ne fais pas recette dans notre beau pays.

Je trouve personnellement que c'est justement un format qui s'adapte plutôt bien à la S.F. par exemple ( genre que vous n'aimez pas non plus j'ai bien noté ) et bien moins peut-être au noir, ou le
roman est plus adapté.

Bref, Emeraude, si ma réaction vous a semblé vindicative c'est juste que vous trouvais un peu catégorique dans votre commentaire, à l'instar du célèbre Schtroumpf.


jeanjean 31/10/2009 10:43



voilà qui devrait calmer les esprits, merci Schtroumpf contrit : ;-)

sinon, pour ce qui est du roman plus adapté au polar, je ne crois pas. Mais c'est vrai que la nouvelle n'est pas un genre très prisé en France (par rapport aux Etats-Unis par exemple, pour
différentes raisons), question d'histoire et d'enjeux littéraires liés au roman.



Rechercher