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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 00:00

"...on ne sort jamais tout à fait des tranchées."


Encore un roman sur la Grande Guerre ?! Vous allez penser que je fais une fixation mais que voulez-vous, chacun ses petites obsessions... Evidemment, c'est le titre qui a retenu mon attention, La valse des Gueules cassés, comme on appelait ces soldats gravement blessés au visage. "Réparés" grâce à des techniques chirurgicales nouvelles pour certaines, ils n'en gardaient pas moins de profondes séquelles psychologiques.


Valse des gueules cassées

Paris, printemps 1919. Après la grande boucherie, le pays panse ses plaies. Tandis que Clémenceau prépare le Traité de Versailles et que Landru fait les gros titres des journaux, le jeune enquêteur François-Claudius Simon intègre la brigade criminelle de Paris - le fameux Quai des Orfèvres.

Rapidement, l'inspecteur Robineau, policier légendaire et décoré de la Croix de guerre, le prend sous son aile. Près de Montparnasse, ils découvrent le cadavre d'un homme, le bas du visage atrocement mutilé. Puis bientôt un autre, pareillement défiguré. A quoi rime cette macabre mise en scène ?
Cette affaire, pour Robineau, est aussi l'occasion de servir ses ambitions politiques et de redorer le blason du service - terni par les succès des Brigades du Tigre.


Sympathique personnage que ce François-Claudius, qui n'est pas sans rappeler d'ailleurs celui de
Célestin Louise, son alter ego dans les romans de Thierry Bourcy. Lui aussi a vécu la guerre des tranchées. Il en est revenu blessé, en proie à des migraines et des cauchemars récurrents. Sans compter d'autres traumatismes, remontant à l'enfance.


Agrégé d'histoire et enseignant, Guillaume Prévost soigne ses reconstitutions. Une visite dans les locaux du 36 quai des Orfèvres, où l'on expérimente de nouvelles méthodes d'investigation - toxicologie, balistique, empreintes digitales... Une autre à l'hôpital du Val de Grâce, service des blessés de la face, où l'on assiste à une curieuse... danse macabre. Des pauvres bougres qui tentent de reprendre goût à la vie et se préparent à affronter le regard d'autrui.

C'est aussi une époque mouvementée sur le plan socio-politique. Le 1er mai, des milliers de travailleurs descendent dans la rue, bravant l'interdiction de manifester. Epoque de revendications, d'espérances, de poussées de fièvre syndicales et "gauchistes" qui effraient les bonnes gens mais n'intimident guère le pouvoir, qui soigne le mal à coup de Dragons et de conscrits.

Je ne prend pas trop de risques en vous disant que La valse des gueules cassées vous fera passer un bon moment, d'autant que Guillaume Prévost tisse habilement trame policière et canevas historique. Enfin, il ne se prive pas de semer, en guise de fausses pistes, quelques peaux de banane sur lesquels on ne peut s'empêcher de glisser.

Bref, voici un plaisant voyage dans le temps. Un voyage dont c'était la première étape : rendez-vous est pris avec François-Claudius dans Le bal de l'équarisseur. J'y serai.


Conseil(s) d'accompagnement : concernant les Gueules cassées, on pense évidemment à La chambre des officiers de Marc Dugain, adapté au cinéma par François Dupeyron. Côté documentaires, peu de références, si ce n'est un livre de l'historienne Sophie Delaporte, Les Gueules cassées et la Grande Guerre (éditions Viénot, 2004).


La valse des gueules cassées / Guillaume Prévost (Nil éditions, 2010)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

nath la butarde 02/05/2010 13:50


Bonjour Yann.

J'avais beaucoup aimé "la chambre des officiers".
Comme tous les autres romans de Dugain que je recommande d'ailleurs à tes lecteurs, même s'ils n'ont aucun rapporta avec la Grande Guerre (notamment "La malédiction d'Edgar" et "Une exécution
ordinaire").

Historienne moi aussi, je te remercie pour cette proposition, qui m'a l'air fort attrayante.
A bientôt


jeanjean 02/05/2010 21:30



Salut Nath,
tu as raison d'insister sur Dugain, et La malédiction d'Edgar sur Hoover est vraiment très réussi (d'autant plus que c'est un frenchie qui s'y colle...), j'y pensais souvent en lisant le
dernier Ellroy d'ailleurs.
A l'occasion, il faudra que je lise Une exécution ordinaire.
@+



Yossarian 24/04/2010 10:51


Bonjour,
Je me permets d'indiquer une autre référence cinématographique à la liste : Les Fragments d'Antonin de Gabriel Le Bomin.
Un film sur ces "blessures honteuses" que l'on appelle maintenant stress post-traumatique, je crois.

Au plaisir de continuer à vous lire.


jeanjean 24/04/2010 16:04



Jamais entendu parler, je vais essayer de le dégoter. Merci.



Ligeia 23/04/2010 14:20


Concernant la Grande Guerre, je ne peux que conseiller Capitaine Conan, le film de Bertrand Tavernier, vraiment excellent ! Sur les gueules cassées à proprement parler, je pense surtout aux
tableaux d'Otto Dix... A l'historial de Péronne qui propose de nombreux documents à ce sujet et à la dernière trilogie de Tardi sur 14/18. Rapidement et en vrac, en passant...


jeanjean 23/04/2010 20:46



Merci pour toutes ces références. J'ai vu le film de Tavernier (Philippe Torreton est magistral !) et les eaux-fortes d'Otto Dix à Péronne. Quant aux Bd de Tardi, il
faudra que je les relise un de ces jours. J'ai toujours sous le coude le second tome de Putain de guerre.
C'est assez incroyable d'ailleurs comment la Grande Guerre continue d'inspirer, notamment les romanciers, il en sort tous les ans.



cathe 22/04/2010 22:43


Quand j'ai commandé à mon libraire le dernier Thierry Bourcy paru en folio, "Les traîtres", il m'a parlé de Guillaume Prevost et de ce livre. Je note donc une 2è fois... ;-)


jeanjean 23/04/2010 09:25



Si les romans de Bourcy te plaisent, y a aucune raison pour que tu n'aimes pas celui-ci, alors bonne lecture. @+



Tételle 22/04/2010 20:11


Sur le thème des blessés de la Grande guerre, je recommande aussi "J'étais médecin dans les tranchées : 2 août 1914 - 14 juillet 1909" de Louis Maufrais, transcription du témoignage que l'auteur
avait enregistré sur des cassettes à l'intention de ses enfants. Ouvrage édité en 2008.


jeanjean 23/04/2010 09:24



Merci pour l'info chère Tételle !



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