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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 00:00

"Le plus perturbant, c'est qu'à côtoyer tous les jours ces monstres, il arrivait un moment où on finissait par croire qu'ils étaient tout ce qu'il y avait de plus normal. Ils nous ressemblaient étrangement, ou bien le contraire."


Bal des frelonsUn village en Ariège. Tranquille, en apparence. La montagne, la flore, la faune. Dans le bestiaire de Dessaint on trouve des abeilles, un hérisson, une taupe, une vache, un ours, des frelons asiatiques.

D'autres individus encore, potentiellement bien plus dangereux, j'ai nommé Michel, Coralie, Antonin, Loïc, Baptiste, Martine, Rémi, Maxime. Soit : un maire combinard, une vierge nymphomane, un maton à la retraite, deux repris de justice, une intrigante, un type amoureux de ses poules et qui reproche à sa femme de se laisser aller (à sa décharge : elle est morte...), un apiculteur solitaire.

Et tous de se retrouver bientôt dans la mêlée, à donner ou encaisser les coups. Coups bas et coups du sort que l'auteur distribue non sans malice et avec une régularité de métronome. 



Après la région toulousaine, qu'il a longuement écumée dans ses romans, et le nord vers lequel il est revenu l'année dernière avec Les derniers jours d'un homme, Pascal Dessaint prend un bol d'air dans les Pyrénées.

Que la montagne est belle, d'accord, mais l'air est plutôt vicié ici, où flottent cupidité, solitude, ressentiment, jalousie, folie meurtrière. Dans cet asile à ciel ouvert, ça se trucide à qui mieux mieux, ça se menace, ça se tabasse, ça se déterre... 
Une rubrique de fait divers, simplement réunis en un même lieu, façon de placer sous le microscope quelques spécimens humains et d'observer ce qui se passe. Les hommes, c'est bien connu, sont capables de tout, et surtout du pire. Charles, le gendarme du coin, ne se fait d'ailleurs pas d'illusions, qui se borne à remettre un semblant d'ordre, en attendant la prochaine tuile.

Simples manifestations de la nature humaine. Cruelles natures, titrait un précédent roman de l'auteur. Tout le sel de celui-là tient dans la petite leçon d'éthologie comparée, qui souligne d'autant mieux la nature de ce curieux bipède (j'aurais aimé même qu'elle soit un peu plus poussée, qu'elle donne davantage encore "la parole" aux animaux). L'homme est un animal sociable, dit-on, mais toujours prompt à zigouiller son prochain, mû par le même instinct de survie qu'une abeille ou un frelon, à la différence que le monde animal, aussi "impitoyable" soit-il, obéit à un ordre et, surtout, ignore la barbarie.


Au milieux de ces affreux jojos ("Eh ! C'est pas parce qu'on est des bouseux qu'on est des attardés, hein ?"), un
personnage se détache malgré tout, qui sert de contrepoint : Maxime l'apiculteur apporte un soupçon de civilisation dans un déchaînement de violence.
Pas que s'éloigner du commerce des hommes sert forcément d'antidote, mais ça permet parfois de ne pas sombrer dans la folie ambiante ; lui au moins a su apprivoiser ses fantômes et même converser avec eux.

 
Des personnages et des situations pas piqués des vers, parfaitement mis en scène au gré d'un récit à plusieurs voix (une structure qu'il utilise souvent) : Dessaint a du métier, et sait aussi élargir son horizon romanesque, avec ce bal des frelons à la fois sordide et amusant, tendre et... piquant.




Conseils d'accompagnements : la campagne c'est pas si tranquille, faut pas croire, y a qu'à lire par exemple La forêt muette ou Pauvres zhéros de Pierre Pelot.


Le bal des frelons / Pascal Dessaint (Rivages/Thriller, 2011)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

Frédéric 14/06/2011 19:35


Salut !
Sympa à lire en effet. J'ai particulièrement aimé le taré qui va déterrer sa femme et l'emmène au sommet d'un château d'eau pour être en sécurité... Je sais pas qui est son dealer à Dessaint, mais
il doit en avoir de la bonne !


jeanjean 15/06/2011 12:39



Peut-être que l'Arriège est truffé de champs de cannabis...!



Alex 04/03/2011 00:06


Oui, tu auras toujours des "blockbusters", des gros tirages/grosses ventes qui rapportent & qui permettent ensuite de "prendre des risques" pour des jeunes auteurs méconnus - et c'est tant
mieux d'un certain côté.

Le seul truc qui me dérange dans ce système, pour la littérature j'entends, et tu le sais bien depuis le temps que je gueule, c'est la publicité...

Car le dernier Paul Auster collé au cul du bus Montparnasse-Ménilmontant ou le dernier Lévy en quatre mètres par trois dans toutes les stations de métro, en plus des piles que tu trouveras à Carouf
à côté de la super-glue, là, je dis non, trop c'est trop.

Mais c'est un autre débat...


jeanjean 04/03/2011 10:47



Alors je préfère quand même prendre le bus ^^
Et encore, l'idée selon laquelle le livre n'est pas un produit comme les autres est encore largement répandue en France, parmi les éditeurs aussi, et les stratégies marketing restent
moindres par rapport aux pays anglo-saxons par exemple.
Il reste un espace où la pub pour le livre est interdite : la télévision. Sinon tu y verrais certainement le dernier Levy, après être rentré chez toi en métro avec tes courses de chez
Carrouf !



Alex 03/03/2011 10:58


Les auteurs de noir qui bénéficient du succès commercial du genre ? Je pense que oui d'un certain point de vue.

Et tout éditeur littéraire qui débute ne pourra pas tenir bien longtemps si il n'envisage pas une collection noir, ou polar ( de qualité ou pas d'ailleurs )dans son "étude de marché"( désolé de
dire des gros mots ). Regarde Viviane Hamy qui a été sauvée par Fred Vargas. Je pense qu'elle peut la remercier la "locomotive Thriller".


jeanjean 03/03/2011 21:18



C'est vrai que beaucoup d'éditeurs se sont engouffrés dans la brèche, avec plus ou moins de sérieux. Pour ce qui est de Viviane Hamy, tu as raison, mais le cas n'est
courant, en tout cas pour le polar, tous ceux qui vendent beaucoup sont chez de "gros" éditeurs.
Et quand je parlais de la "locomotive thriller", c'était par rapport au roman noir (bien qu'on ne puisse pas tracer de frontières nettes entre ces sous-genres). En gros : le succès des
Thilliez, Chattam, Grangé a t-il un impact sur les ventes d'auteurs plus confidentiels, d'auteurs de romans noirs ?
On peut aussi élargir, ne pas penser en termes de genres, et se poser la même question avec d'autres auteurs de noir qui vendent beaucoup comme Vargas, Lehane, Ellroy, Connelly...
Une chose est sûre : c'est l'arbre qui caache la forêt, derrière ces noms on trouve une multitude d'auteurs intéressants et largement méconnus. Mais ceci a toujours été, et pas seulement pour ce
qui concerne la littérature. Alors la question est peut-être : cette tendance s'accentue-t-elle ? Difficile à dire.



Alex 02/03/2011 23:17


Oui, impressionnante sa production. Payé au mot : c'est le cas ! Mais des miettes comme tu le sais( car il n'a été qu'auteur dans la vie, alors autant produire ). Souviens-toi des mots de Marc
Villard qui répondait à une dame de l'auditoire de ton café littéraire:

" - Mais j'ai eu un ( vrai ) métier à côté moi, chère Madame, qui m'assure à présent une retraite! Angoissé comme je suis, je n'aurais pas pu être auteur à temps complet tellement c'est incertain
pour remplir le frigo !"


jeanjean 03/03/2011 10:26



oui, je m'en rappelle, c'est sûr que Villard aurait eu du mal à remplir son frigo avec du roman noir, des nouvelles en plus. C'est le cas pour la grande majorité des
auteurs. Est-ce que les auteurs de noir bénéficient du succès commercial du genre et notamment de la locomotive "thriller" ? Rien n'est moins sûr. Une question à creuser, tiens.



holden 02/03/2011 09:01


youpi il a citer pierre pelot


jeanjean 02/03/2011 11:47



Bon auteur, mais à voir sa production on dirait qu'il est payé au mot ! ^^



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