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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 00:00

Boston Teran, c'est un peu le "Keyser Söze" du roman noir : un pseudonyme, pas de visage, aucun élément biographique ou presque - il serait né dans le Bronx de parents italiens. Point.

Son sixième roman, Le credo de la violence, sort ces jours-ci en France.


Le credo de la violence1910, El Paso, Texas. Sur la rive opposée du Rio Grande, la Révolution mexicaine est sur le point d'éclater.

Dans ce climat d'insurrection, deux hommes sont chargés d'acheminer un camion rempli d'armes à travers le Mexique : Rawbone, un criminel sans foi ni loi qui achète son impunité grâce à cette mission, et John Lourdes, un agent du BOI (l'ancêtre du FBI) chargé de le surveiller.
Ce que Rawbone ignore, c'est que John est le fils qu'il a abandonné enfant et qui lui voue depuis une haine tenace.
Embringués dans une aventure commune, de guet-apens en trahisons, père et fils vont peu à peu s'apprivoiser.



Après Satan dans le désert ou Méfiez-vous des morts, j'attendais beaucoup de celui-ci. Peut-être trop.
On retrouve bien quelques-uns des thèmes fétiches de l'écrivain - la vengeance, l'idée de rachat, la nature du Mal et de la violence, le tout arrosé de quelques litres d'hémoglobine - mais Le credo de la violence n'a pas la force des précédents romans, et la langue singulière de Teran semble avoir des ratés.


Ai-je loupé quelque chose ? Teran a t-il forcé sur l'ellipse ? Toujours est-il que j'ai eu l'impression de rester en marge des événements, pire, de ne pas y comprendre grand-chose. Le récit commençe bien pourtant, avec cette présentation en miroir des deux personnages principaux et cette ambiance western qui donne l'eau à la bouche (avec toute cette poussière, aussi...).
Mais au bout de quelques chapitres, l'intrigue se délite, tout devient confus, nébuleux, décousu. Et ça ne s'arrange pas au fil des pages. A quoi jouent les deux hommes ? Où vont-ils ? Pourquoi ? Autant de questions qui restent sans réponse.

Ce qui fait qu'on assiste sans bien comprendre de quoi il retourne à une succession de scènes sans queue ni tête, avec des personnages qui sortent de nulle part et dont on saisit mal le rôle, les motivations, les liens qui les unissent.

Finalement, le périple des deux hommes nous mènera jusqu'aux puits de pétrole mexicains, et à cette réflexion sur la façon dont les Etats-Unis sont prêts à tout pour protéger - en sous-main - leurs intérêts. On pense évidemment à la situation irakienne, et de ce point de vue la parabole de Teran (du moins l'intention) est intéressante.

       
Tout au long du roman, je me disais que quelque chose - un événement, un dialogue... - allait forcément arriver, et remettre le récit à l'endroit. Mais non.


B. Teran = B. Traven ?
Il reste cette agréable sensation d'être plongé dans une histoire du défunt B. Traven - auteur entre autres du Trésor de la Sierra Madre et de Rosa Blanca, où il est justement question du Mexique et d'une compagnie pétrolière...
B. Traven, encore un écrivain auréolé de mystère, encore un pseudonyme. Et puis un truc qui saute aux yeux : B.Traven/Boston Teran ont les mêmes initiales. Je ne sais pas si un lecteur ou un critique a déjà fait le rapprochement, mais j'aime à penser que ce n'est pas une coïncidence et que "Boston Teran" fait référence à cet autre B.T..


Le credo de la violence / Boston Teran (The Creed of Violence, trad. de l'américain par Frank Reichert. Ed. du Masque, 2010)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

alexandre clement 22/01/2011 16:00


Bon, on va lire "Satan dans le désert". On verra bien.


jeanjean 23/01/2011 10:00



Bonne lecture, tu me diras si ça t'a plu.



Clément 22/01/2011 13:17


Je me retrouve dans ton billet Jeanjean ce Boston Teran (que je ne connaissais pas du tout) et son "Credo de la violence" ne m'ont pas emballé.

Je n'ai pas accroché à la relation père/fils et ce qui m'a un peu sauvé de l'ennui ce sont les scènes de westerns certes classiques mais efficaces...

J'ai été surtout trompé par la 4ème de couverture qui laissait supposer un "roman critique sur l'impérialisme américain en terres étrangères".Bien sûr après 200 pages sur 280 quand les
protagonistes arrivent au milieu de l'extraction du pétrole on peut faire un parallèle léger avec l'Irak par exemple.

Mais ce n'est pas représentatif du roman qui se focalise sur cette relation père/fils.


jeanjean 22/01/2011 15:23



Salut Clément,
les 4èmes sont souvent trompeuses, ou en disent trop. Cela dit, Boston Teran est un auteur qui mérite le détour, voir par exemple Satan dans le désert.
@+



alexandre clement 09/10/2010 16:15


Boston Teran est un auteur très artificiel. Dans "Le credo de la violence", les relations père/fils viennent saupourdrer une histoire banale qu'on a déjà vu mille fois au cinéma. Le simplisme
psychologique de Teran fait penser à la même roublardise qu'Ellroy. Bref, on peut se passer de lire Boston Teran et retourner lire de vrais auteurs noirs. Il y en a encore !!


jeanjean 11/10/2010 10:56



Salut,
D'accord avec toi sur Le credo, mais je te trouve un peu sévère malgré tout, il a écrit avant ça de très bons romans noirs, je pense à Satan dans le désert par exemple. Et j'ai
l'impression qu'on ne sera pas d'accord non plus sur Ellroy, mais c'est un vaste débat...



Jérôme Jukal 26/08/2010 21:43


Et dire qu'il s'agit d'un de ces auteurs dont je me dis régulièrement qu'il faut que je le découvre. Mais invariablement, quand l'idée m'en vient, je ne trouve que des avis contrastés, limite
opposés comme celui de Claude Le Nocher et le tien... Et le résultat est souvent le même, je ne commencerai peut-être pas par celui-là. A chaque fois je recule la lecture d'un de ses bouquins.


jeanjean 26/08/2010 22:23



Tiens ! Je viens de passer "chez toi". Pour Teran, essaye quand même Satan dans le désert. Soit t'accroches, soit non, mais tu le sauras rapidement.
@+



Claude LE NOCHER 26/08/2010 07:14


Salut Jeanjean,
Ce n'est pas que tu aies "loupé quelque chose", mais tu n'as pas assez creusé un des éléments pourtant cité dans ton commentaire... Tu le constateras en lisant mon approche de ce roman dès
aujourd'hui. A bientôt !
Amitiés.


jeanjean 26/08/2010 09:43



salut,
je viens de lire ton billet. Tu veux parler de l'impérialisme américain qui remonte à loin ou du parrallèle avec la guerre d'Irak ? Le roman possède plusieurs niveaux de lecture, tu fais bien de
le dire, mais je trouve, comment dire, que les fondations sont un peu minces, et que Teran n'a pas réussi à faire d'une succession de scènes une véritable histoire.
Cela dit, j'suis content de trouver d'autres avis !, c'est aussi l'intérêt... des blogs ! @+ Claude.



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