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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 00:00

On a beau trouver à un roman toutes les qualités du monde, il arrive parfois qu'un défaut, qu'un détail en gâche un peu la lecture et, surtout, le souvenir qu'on en garde. C'est en tout cas ce que j'ai ressenti avec celui-ci, Le cul des anges. J'y reviendrai.


Ecrivain, traducteur (de Tom Wolfe, Kent Haruf, Tim Willocks...), Benjamin Legrand est aussi scénariste. C'est peut-être pour cela qu'il a l'art d'organiser les coîncidences, d'imbriquer des pièces apparemment disparates et de jongler avec une multitude de personnages, parmi lesquels on trouve, entre autres :

Le cul des angesUn tueur à gages sentimental, une physionomiste de casino reconvertie en chanteuse de rock, un GI noir, une arnaqueuse belle à mourir, un retraité paisible, une paumée et son chien, un vieux de la vieille pègre niçoise, et quelques salauds de la pire espèce, de ceux qui s'en prennent aux enfants : un cinéaste qui se prend pour un génie du 7ème art catégorie snuff-movie, un homme d'affaires aux solides appuis politiques et un officier de la Navy.
Trois hommes aux commandes d'un trafic particulièrement dégueulasse : films pédophiles disponibles sut internet, clientèle triée sur le volet, et beaucoup d'argent placé sur des comptes off-shore.

Chacun tente d'arnaquer ou de zigouiller l'autre et de se tirer à l'autre bout du monde avec le plus d'argent possible. C'est sans compter sur les hasards et les "accidents" de la vie.



Et c'est parti pour 300 et quelques pages menées tambour battant, un grand jeu du chat et de la souris avec plein de chats, de souris, d'action, un brin de romance, et une succession de contretemps, de quiproquos et de renversements de situations exécutés avec beaucoup de dextérité et un sens certain de la mise en scène. 

On finit le roman comme on l'avait commencé : d'une traîte. Entretemps, on aura fait connaissance avec quelques personnages diablement attachants, tremblé avec eux, et souri aussi.


Ce roman a tout pour plaire, décidément, et pourtant j'en garde une impression mitigée, comme une démangeaison qui ne veut pas vous laisser tranquille, qui vient de ce décalage, ce fossé même, entre la toile de fond - un trafic pédophile particulièrement ignoble - et le ton plutôt léger de Legrand, le rocambolesque de la pièce qui se joue devant nous, avec des gentils vraiment très sympas et des méchants moins répugnants que ridicules.

Attention, je ne reproche pas à l'auteur de ne pas se lancer dans des descriptions atroces ou des détails scabreux, comme on voit trop souvent, mais je m'interroge sur cette façon d'utiliser cette question de l'enfance martyrisée comme un simple élément du récit, un trait d'union reliant entre eux quelques-uns des personnages.

En tout cas, je serais curieux d'avoir votre opinion sur ce point.



Le cul des anges / Benjamin Legrand (Ed. du Seuil, 2010)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

lacombe 18/09/2010 09:32


Si on peut comprendre votre sensation vous oubliez le lieu de l'action au bord de la méditerranée. Ce polar noir, très noir est jubilatoire parceque justement Benjamin Legrand a su y mettre cette
faconde, cette légéreté sans édulcorer l'horreur pour autant. Il n'y a pas de super héros, les personnages ont tous plein de défauts, de faiblesses et c'est là la qualité de ce roman il reste
humain et rien ne se passe comme on le supposerait.


jeanjean 18/09/2010 11:07



Content de lire votre avis, d'autant plus que vous n'avez pas été gêné comme moi par ce mélange entre la légèreté du ton et l'horreur sous-jacente.
Mais on est d'accord sur le reste : la qualité des personnages et puis ce "rien ne se passe comme on le supposerait. ", qui fait qu'on tourne les pages avec
plaisir.



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