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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 00:00

Demi-sel : n.m. Individu qui se croit affranchi mais qui n'est pas respecté par les affranchis. (Dictionnaire du français argotique et populaire, F. Caradec, ed. Larousse)


Demi-selDepuis qu'il a frayé avec des gangsters et tué l'un d'eux, Balthazar vit cloîtré dans sa turne, à Levallois. En bas de chez lui, une silhouette dans l'ombre d'une porte cochère. Balthazar tourne comme un fauve en cage, il prend peur, attrape son arme et tire sur l'homme avant de s'enfuir.

Traqué, désemparé, Balthazar erre dans Panam, de Pigalle à la Butte, de l'avenue de Clichy à Barbès, dérive lentement dans les rues froides et martelées de pluie, échoue au zinc de bistrots crasseux, croisant d'autres naufragés de la vie, qui arpentent le bitume parisien comme "ces chiens chassés qui s'en vont au trot et qui maintiennent leur allure jusqu'à ce qu"ils crèvent".

Bientôt ça défouraille aux quatre coins de la capitale, et on se met à ramasser des corps "le nez dans le ruisseau et le raisinné en débandade". La bande à Scipioni est sur les dents, et les flics ne vont pas tarder à rentrer dans la ronde.


Balthazar, lui, continue de marcher, sans but, sans échappatoire, le Mauser en poche et le doigt dans l'engrenage. Tout est joué et perdu d'avance maintenant, c'est le destin qui bat les cartes.

Et toujours ces nuits sombres, ce Paris glauque tout empesé de brouillard et de bruine, cette flotte qui dégringole sur les pavés, dégouline comme un mauvais présage sur les épaules de Balthazar.



D'une écriture fluide, avec un langage fleuri et argotique qui fleure bon le Paris de l'après-guerre et des bas-fonds, André Héléna a écrit un de ces romans noirs sans issue, à la mécanique impeccable, où le sort s'acharne
sur les poissards ; un de ces textes à la fois durs et émouvants, plein d'affection virile pour les paumés, les faibles, les sans-grades.

Espérons que cette réédition du Demi-sel - un des 10 volets du cycle des Compagnons du destin - sorte un peu André Héléna de l'anonymat dans lequel ce stakhanoviste du polar (environ 200 romans à son actif !) a vécu et dans lequel il est mort en 1972, après une vie de galères et d'échecs éditoriaux.

Enfin, j'ai assez râlé la dernière fois pour ne pas cette fois saluer le travail éditorial de Plon, qui inclue une chouette préface d'un autre grand bonhomme, Léo Malet.
Et en parlant de poisse, tiens, voilà ce qu'il raconte à propos de son confrère : "Chaque fois que je le rencontrais, il débordait d'extraordinaires projets. Il allait entreprendre une série. C'était l'homme des séries. Toujours avortées d'ailleurs. La seule série qu'il connut vraiment, ce fut malheureusement, la série noire, la vraie, celle qui vous englue de la tête aux pieds..."


Le Demi-sel / André Héléna (Fanval, 1952. Plon, Noir rétro, 2010)

 



On se retrouve dans quelques jours, puisque ce week-end, j'aurai le plaisir d'être . Peut-être aura-t-on l'occasion, qui sait, de se croiser là-bas...

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Published by jeanjean - dans france
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