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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 00:00

Après Tranchecaille, Le boucher des Hurlus ou la BD Notre mère la guerre, je poursuis ma p'tite commémoration personnelle du 11 novembre, cette fois avec Le der des ders de Didier Daeninckx.


Le Der des dersHiver 1920. René Griffon, marqué par quatre années dans les tranchées, dégoûté de la chose militaire, est devenu détective privé. Titi parigot et franc-tireur un brin désabusé, Packard rutilante et jolie pépée à la clé : un mélange entre le privé ricain et Nestor Burma.

Engagé par le glorieux colonel Fantin de Larsaudière pour une banale histoire d'adultère et d'extorsion, Griffon se met sur la piste du maître-chanteur. Mais le héros de guerre ne se montre pas vraiment coopératif, à croire qu'il a une idée derrière la tête ou qu'il cache quelque chose. Et comme René est du genre entêté...


La Grande boucherie est finie depuis deux ans, mais on se gave encore sur le dos des poilus. Voilà qu'on célèbre la "Patrie Cannibale", tous en rang derrière le cortège de médailles, de drapeaux, de monuments aux morts, de fiers défilés, la poitrine gonflée de fierté nationale.
Griffon, lui, ça le fait vomir toute cette hypocrisie, toute cette gloriole patriotique. La victoire, mais à quel prix ? On oublie un peu vite tous ces pauvres zigues qu'on a envoyé au casse-pipe, et puis les autres qui sont revenus, peut-être, mais dans quel état ! Toujours les mêmes qui se font tuer, quand les gradés restent bien planqués à l'arrière en ordonnant l'assaut, toujours les mêmes qui triment, quand les mêmes gradés ou ceux de leur espèce continuent de s'en mettre plein les poches, et grâce à la guerre par dessus le marché ! 

Un des aspects les plus intéressants du roman se trouve aussi dans la géographie que dessine Daeninckx du Paris de l'après-guerre. Le Paris ouvrier, le Paris des fortifs et de la banlieue, le Paris peuplé de combinards, de petits escrocs, de chiffonniers, de prolos - lamineurs, fondeurs, mécanos en haillons... -, d'anarchistes, qui reprennent le flambeau de Georges Cochon et de l'Union syndicale des locataires (faites quelques recherches, c'est assez cocasse).
Au gré des déambulations de Griffon, on va des quartiers ouvriers de Belleville ou de La Chapelle aux villas cossues de Neuilly, en passant par la Zone, la Butte-aux-Cailles où la flicaille n'ose pas se pointer, Pigalle où l'on écoule les surplus américains dont ces drôles de "jeans", Levallois, Aulnay, Villepinte...


Un des meilleurs romans de Didier Daeninckx, qui comme à son habitude va fouiner dans les recoins sombres de l'Histoire, rapportant des histoires méconnues, comme ici celle de la mutinerie des soldats russes de La Courtine dans la Creuse en 1917, délogés à coups de canons de leur camp retranché par l'armée française !



!!!!!!!!!!!
Juste un bémol : le roman est littéralement truffé de points d'exclamation, ça gêne un peu la lecture au bout d'un moment, et le texte n'avait pas besoin de cette béquille stylistique pour tenir debout.


Conseil(s) d'accompagnement : la bande-dessinée tirée du roman, signée Jacques Tardi, et un livre passionnant paru il y a quelques années chez Parigramme, Paris ouvrier.


Le der des ders / Didier Daeninckx (Gallimard, Série noire, 1984 ; Folio Policier, 1999)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

Alex 11/11/2010 18:48


Inquisiteur ? Peut-être d'un certain point de vue...
Mais j'ai peur de mal saisir le qualificatif...

Pour les angles morts de l'histoire, bien d'accord, et en disant cela je pense aussi très fort à "Cannibale" et au " Retour d'Altaï"


jeanjean 11/11/2010 18:52



Bien d'accord aussi.



yossarian 11/11/2010 16:54


Yep ! Les angles morts de l'Histoire. Il a le coup pour les dénicher le Daeninckx.
Dommage qu'il ait viré inquisiteur par la suite.


jeanjean 11/11/2010 18:48



ah, tu penses peut-être à "l'affaire Baleine" d'il y a quelques mois. Je ne l'ai pas suivi de près, mais assez pour constater que ça s'empoignait sévère. De toute
façon, y a pas de raison que le petit monde du polar échappe aux inimitiés, rancoeurs et autres carabistouilles !



mazel 11/11/2010 10:58


bien aimé aussi...
et quelques autres en attente de lecture... dont "la mort n'oublie personne".
bonne journée
amicalement


jeanjean 11/11/2010 12:22



Pas encore lu La mort n'oublie personne. Sinon, j'ai vu que les romans avec l'inspecteur Cadin sont ressortis en un volume et en poche dernièrement, en
Folio. Perso, j'ai un faible pour son premier roman, Mort au premier tour.
Bonne journée à toi aussi.



Paul Maugendre 11/11/2010 10:17


Bonjour,
en effet l'un des meilleurs romans de Didier que j'ai lu. Moi non plus je ne souvenais pas des points !
Amicalement


jeanjean 11/11/2010 12:19



J'ai peut-être fait une fixation au bout d'un moment, mais on en trouve quand même à toutes les pages pratiquement, et plutôt deux fois qu'une ! Pas bien grave
cela dit.



Jerome Jukal 11/11/2010 10:08


Effectivement un bon souvenir de lecture. Je ne me souvenais pas de l'abus de points d'exclamation mais le reste est... resté.
Je me rappelle d'un roman original aussi par le fait que Daeninckx ait injecté du roman noir, hard-boiled, dans une intrigue bien française... Il a su marier les deux de manière heureuse, alors
qu'on pourrait avoir quelques crainte devant ce genre d'ambition.


jeanjean 11/11/2010 12:18



Un mélange des genres réussi, c'est vrai, qui donne un charme supplémentaire au roman d'ailleurs. @+



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