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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 00:00

Après avoir arpenté les rues de San Francisco en compagnie de Joe Gores et Sam Spade, poursuivons la virée, cette fois avec Ace Atkins et Hammett himself.

Balade rythmée, au gré d'un souffle romanesque qui, sans nous balayer complètement, nous emporte malgré tout à travers le brouillard proverbial de Frisco et ses rues pleines de vie, d'arnaqueurs, de bootleggers, d'assassins, parfois montés en col blanc. 


Le jardin du diableEn 1921, alors détective de l'agence Pinkerton, le jeune et frêle Hammett enquête sur une affaire qui défraie la chronique : le retentissant procès de la vedette de cinéma Roscoe "Fatty" Arbuckle, accusé d'avoir provoqué la mort d'une starlette d'Hollywood, en l'"écrasant", lors d'une fête particulièrement arrosée.  

Témoins manipulés, preuves trafiquées, faux témoignages. Très vite, il s'avère qu'Arbuckle est victime d'une machination. William Randolph Hearst (celui qui a servi de modèle au Citizen Kane d'Orson Welles), la magnat de la presse, agit en sous-main, avec la complicité d'hommes de main et du consentement muet des autorités. L'acteur comique ne fait plus rire personne. Les ligues de vertu et la vindicte populaire finissent d'achever sa carrière et sa réputation.



En retraçant cette histoire, en y greffant habilement des éléments purements fictionnels, Ace Atkins fait le portrait au vitriol d'une Amérique à la fois corrompue, puritaine, hypocrite, livrée aux forces de l'argent et du pouvoir, en soulignant au passage ses contradictions : nous sommes en pleines "roaring twenties", époque dissolue et en pleine ébullition, qui voit le jazz se déverser des tripots, l'alcool couler à flots malgré la prohibition, le petit monde fantasque d'Hollywood fasciner les foules.



Si Le jardin du diable brasse de nombreux personnages - parmi lesquels ce pitre génial de Charlie Chaplin -, le récit, tel une caméra, tourne autour des trois personnages principaux, s'attardant sur leur personnalité, leurs espoirs comme leurs doutes : Roscoe Arbuckle, aussi ventripotent qu'attachant, passé du jour au lendemain du statut d'idole nationale à celui de paria ; William Randolph Hearst en magnat de la presse omnipotent, égocentrique et malfaisant ; Hammett, bien-sûr, égretant, trimballant sa maigre silhouette et son amertume, crachant ses poumons de tubard et qui, las du boulot de détective, va bientôt troquer "Sam" pour "Dashiell" et son pistolet pour une machine à écrire :


" - Tu crois que je pourrais faire de la littérature ?
- Pour un truc qui s'appelle Black Mask ?
- Et pourquoi pas ? fit-il. Si je dois lire encore une putain d'histoire à propos de lords anglais et de fragiles vieilles dames qui poursuivent des criminels, je vais me tirer une balle dans la tête.
- Alors qu'est-ce que tu vas écrire ?
- La vérité, dit Sam. Je vais écrire sur les fils de pute suants et avides qui tueraient leur propre mère pour un peu de fric." 

Une autre histoire commence.



Conseil(s) d'accompagnementMoi, Fatty, magnifique roman de Jerry Stahl, paru il y a quelques années chez Rivages/Thriller, qui retrace la vie d'Arbuckle. A ne pas manquer si vous vous intéressez au personnage, à l'époque ou aux débuts de l'industrie du cinéma.


Le jardin du diable / Ace Atkins (Devil's Garden, 2009, trad. de l'américain par Christophe Mercier. Ed. du Masque, Grands formats, 2011)



The garage (1920), 1ère partie.

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

holden 07/02/2011 11:03


hi

coucou

oui je les ai lu ces livres, comme james welch, dans ma serie, je lis des auteurs indiens autres...

il va falloir que j'en parle par ailleurs


jeanjean 07/02/2011 11:44



salut,
à propos d'auteurs "indiens", je viens justement de voir hier un nouveau bouquin de Sherman Alexie, des nouvelles d'ailleurs. @+ 



One More Blog in the Ghetto 03/02/2011 07:18


(Bon, on s'éloigne du sujet initial, mais...) holden, as-tu le bouquin de Sherman Alexie "Indian blues" ? L'histoire d'indiens qui récupèrent la guitare hantée de Robert Johnson et fondent un
groupe de rock, tandis que R. Johnson revient lui-même 50 ans après sa mort pour briser le pacte qu'il avait passé avec le diable. Un excellent souvenir de lecture.
Amitiés.


jeanjean 03/02/2011 09:20



Excellent écrivain, Sherman Alexie. Pas lu celui dont tu parles, mais je garde un très bon souvenir d'Indian Killer et de ses nouvelles Dix petits
indiens. @+



holden 02/02/2011 12:01


bah pareil c'est rageant
un livre qui parle de robert johnson......

demande si tu peux

c'est un bon auteur


jeanjean 04/02/2011 18:37



L'attachée de presse s'est renseignée et m'a gentiment répondu, mais pas de traduction prévue de ce titre-là pour le moment. Va falloir qu'on se mette à l'anglais !
^^



holden 02/02/2011 08:54


c'est la fete du slip chez les amerloques, ils repassent en revue le début du vingt ieme,une plethore d'auteurs le font....apres la vague nordique arrive en france la "fete du slip ricaine" sacré
denis lehanne...
dommage que le masque n'est pas édité le premier ace atckins ou on pouvait croisier le fantôme de robert jonhson
quelle tristesse pour les fans de blues like me....


jeanjean 02/02/2011 11:53



"Crossroad blues", si je me plante pas. Bien dommage, oui. Je poserai la question à l'éditeur, à tout hasard. Et pour ma part, je dois dire que je suis le
franchouillard type, c'est-à-dire... nul en langues ! Alors pour lire en VO...
@+



Jean-Marc Laherrère 01/02/2011 09:54


Le crépuscule des stars, réédité chez Moisson rouge il n'y a pas si longtemps, grand, grand bouquin !
Et le Jerry Stahl est très différent de A poil et en civel, là aussi un livre très noir et poignant.


jeanjean 01/02/2011 10:26



Rien à ajouter, et faudra que je lise le R. Bloch un de ces jours.



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