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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 00:00

Un court roman de Natsuo Kirino, tout en finesse, dans le ton, dans l'exploration des sentiments des différents protagonistes. Accessoirement, de quoi enrichir ma faible connaissance du polar asiatique.

Le vrai mondeToshiko, Yuzan, Kirarin et Terauchi sont quatre amies vivant dans la banlieue de Tokyo. Comme tous les jeunes de leur âge, elles s'interrogent sur leur avenir, leur identité, leur sexualité, et n'éprouvent pour leurs parents qu'indifférence ou mépris.
Des jeunes gens au seuil de l'âge adulte, mais auquels s'accrochent encore des lambeaux d'enfance et d'illusions.

Lorsque Ryo, le voisin de Toshiko - qu'elle surnomme avec dédain le "Lombric" - tue sauvagement sa mère et s'enfuit après avoir dérober le téléphone et le vélo de la jeune fille, les quatre adolescentes vont rentrer en contact avec le fugitif et l'aider chacune à leur manière et pour des raisons différentes.
Pour ressentir le frisson de l'interdit et du danger, pour se confronter, par procuration, à sa propre histoire, pour trouver un exutoire à sa frustration et ses doutes...


Mais ce qui a commencé comme un jeu excitant prend rapidement des proportions inquiétantes. L'inconscience, l'irresponsabilité des adolescentes vont se heurter à la réalité du monde adulte, celui des causes et des conséquences, du poids des responsabilités : le vrai monde (à moins que celui-ci soit le monde imaginaire qu'elles s'inventent ?) qu'elles exècrent et craignent tout à la fois.

Face aux événements, ces actrices/témoins révèlent leur personnalité naissante, leurs obsessions et leurs craintes. Chacune étant davantage que ce qu'elle semble être, si différente au fond que ce qu'elle laisse voir à ses amies, sans que celles-ci soient dupes, d'ailleurs. Mais il est parfois si difficile de s'affirmer et d'assumer ses actes...

A petites touches, Natsuo Kirino nous montre aussi une société japonaise névrosée, où la jeunesse, gavée de cours intensifs, subit une pression très forte, où le passage à l'âge adulte s'avère - peut-être davantage que dans d'autres pays - particulièrement difficile.



Le vrai monde / Natsuo Kirino (Real World, trad. de l'anglais par Vincent Delezoide - A noter : Le vrai monde n'est pas directement traduit du japonais mais de la version anglaise. Seuil Thrillers, 2010)

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Published by jeanjean - dans asie
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commentaires

cynic63 06/04/2010 08:58


Oui, c'est elle. Moeurs et sexualité se lit assez bien d'ailleurs...et peut se poser et se reprendre quelques temps après. Ce qu'elle dit, et un des préfaciers dont j'ai oublié le nom, à propos de
l'adolescence est plus qu'instructif


jeanjean 06/04/2010 11:54



Alors je note ! Merci.



cynic63 05/04/2010 12:22


Ah si tu me prends sur une de mes marottes...C'est un peu ce que disait Mead à propos de la société américaine des années30. D'ailleurs, l'adolescence est bien une construction occidentale


jeanjean 05/04/2010 18:53



Margaret Mead, celle qui a écrit Moeurs et sexualité en Océanie ? J'aime bien la sociologie et l'anthropologie. L'ennui, c'est que j'ai tendance à lâcher
les livres en cours de route, je trouve que les sociologues ont souvent une façon d'écrire... exécrable ! Sans compter le jargon spécialisé.



cynic63 03/04/2010 19:56


Je voulais dire que dans le roman d'apprentissage, il y a justement une dimension qui amène le personnage vers "le haut", une construction de lui-même, un passage en quelque sorte. Ici, on a
l'impression que ça tire vers le bas, comme s'il y avait refus de passer à l'âge adulte. C'est ce que je voulais dire par mon expression, je te l'accorde, un peu alambiquée


jeanjean 04/04/2010 11:54



je comprends mieux ce que tu veux dire, et c'est vrai qu'on peut le voir comme ça. D'ailleurs, seul un des personnages sort (à peu près) indemne de cette histoire.
Les sociétés occidentalisées manqueraient-elles de rites de passage vers l'âge adulte ? Il faudrait poser la question à un anthropologue...



cynic63 29/03/2010 22:57


Je ne sais pas si on peut vraiment parler de "thriller" pour ce livre. Plutôt, mais c'est une hypothèse qui vaut ce qu'elle vaut, s'agit-il d'un contrepied à la figure du "roman d'apprentissage"???
En tous cas, je trouve que la narration a plusieurs voix (même si Philippe estime qu'on n'a pas affaire à un roman "choral" au sens strict - et je suis assez d'accord) ouvre de nombreuses
perspectives d'interprétation.


jeanjean 30/03/2010 14:06


Un "contre-roman d'initiation" ? Peut-être, mais j'ai du mal à voir ce que ça peut recouvrir. Quant à savoir s'il s'agit d'un thriller ou non, peu importe, les genres
ont tellement tendance à se mélanger...
@+


Le vent sombre 29/03/2010 22:42


J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de cette romancière dans d'autres lieux. Je ne sais pas "si l'on y perd vraiment" à la traduction parce qu'il y a des thématiques fortes et évidentes dans
son œuvre qui se retrouvent quand même ici. Roman bref, pas "choral" pour deux ronds (encore une connerie écrite par un blogueur et qui se répète de commentaires en commentaires, quelle misère
intellectuelle, vraiment...), moins dense que les précédents mais sur un même élan théorique.

"Monstrueux" est un chef d'œuvre, subtil, beaucoup plus complexe que "Out", ce qui explique sans doute que peu de gens l'ait apprécié.


jeanjean 30/03/2010 13:58


J'ai lu tes billets sur Kirino, qui donnent envie d'y aller voir de plus près. Ce que je ferai quand j'aurais un peu de temps, avec Monstrueux par
exemple.


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