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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 00:00

Les habitudes, ça a parfois du bon.
En janvier ou février de chaque année, on a droit à notre p'tit Camilleri ! Et au coeur de l'hiver, ça réchauffe toujours le corps - et le coeur - de faire une petite virée littéraire en Sicile, en compagnie de ce cher Montalbano.


Les ailes du sphynx"Mais où donc étaient passés ces petits matins quand, à peine aréveillé, on se sentait traversé d'une espèce de courant de bonheur pur, sans motif ?" se demande t-il. Le poids des ans s'apitoie Montalbano n°1. Foutaises répond Montalbano n°2, présente ta démission ou "alors lève-toi, va besogner et casse pas les burnes".

Montalbano finit par se lever, aidé par le coup de téléphone de son collègue Catarella ("Ah, dottori, dottori !"), pour se retrouver sous la pluie-près d'une décharge sauvage-face au corps d'une jeune femme, jeté là comme un vulgaire détritus. Nue, défigurée par une balle de gros calibre, un papillon tatoué sur l'omoplate.

Personne ne sait encore son nom, mais il s'agirait d'une immigrée russe, employée par l'association La Bonne Volonté, qui s'occupe de ramener dans le giron du Seigneur les brebis égarées et de leur confier des tâches domestiques dans diverses maisons. De bonne volonté, les responsables de la dite association n'en montrent guère face aux questions du commissaire, qui du coup les suspecte d'avoir pris quelques libertés avec l'adage "charité bien ordonnée commence par soi-même".

Une piste intérressante, seulement... nous sommes en Sicile. Un pays qui marche sur la tête, un pays où il est impossible de mener une enquête à son terme dès lors qu'elle implique un politicien, un ecclésiastique, un notable... La pression est trop forte, les accointances trop anciennes.
Et puis, de manière générale, les moyens mis à la dispositions des policiers - comme des autres administrations - sont ridicules : "Les commissariats n'avaient pas d'essence, les tribunaux n'avaient pas de papier, les pitaux n'avaient pas de thermomètre, et en attendant, au gouvernement moribond, ils pensaient au pont sur le détroit de Messine".


On ne peut pas dire que ça va fort pour Montalbano !
Entre les chausse-trappes de l'enquête, ses démêlés amoureux avec Livia, sa compagne de toujours, et le questeur qui le harcèle à propos d'un mari volage soi-disant kidnappé, c'est tempête sous un crâne ! Des rafales de doutes et de questions existencielles, mais fort heureusement notre homme n'a pas perdu son insatiable 'pétit, et trouve toujours un petit moment pour aller se revigorer à la trattoria du coin, en dégustant quelques rougets grillés (côté petits plats, on a même droit dans ces pages à la recette détaillé de la 'mpanata de cochon !).
Et on s'attache de plus en plus à ce bonhomme, débordant de nonchalance, d'humanité, d'auto-dérision, aussi maladroit en privé qu'affûté dans son travail.


Toujours aussi gouailleur, drôle, théâtral, Camilleri ne se prive pas par ailleurs d'épingler les travers de cette société sicilienne, et d'autant plus qu'il y est profondément, viscéralement attaché.

On sait qu'il a déjà écrit la dernière aventure - funeste - de son personnage, qui sera publiée après sa mort. D'ici là, pourvu qu'on ait encore quelques tranches de Sicile à la Montalbano, si fines et savoureuses !
Une bonne habitude, vous dis-je.


Les ailes du sphynx / Andrea Camilleri (Le alli della sfinge, 2006, trad. de l'italien (sicile) par Serge Quadruppani. Fleuve noir, 2010)

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Published by jeanjean - dans italie
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commentaires

Dominique 21/01/2010 10:39


Heureuse de pouvoir prendre ma petite dose de parler sicilien et de retrouver la cuisine si particulière de Montalbano


jeanjean 21/01/2010 15:52


c'est vrai qu'on a souvent l'eau à la bouche avec Montalbano. Pas de rougets grillés aujourd'hui ?! Aïe, son mental en prend un coup ! Et puis la caponata,
le riz à la sicilienne, et j'en passe...


Jean-Marc Laherrère 21/01/2010 10:09


Voilà une excellente nouvelle qui ensoleille une semaine bien grise.


jeanjean 21/01/2010 15:50


Comme tu dis, de la flotte, de la flotte, de la flotte... Cela dit, il pleut aussi en Sicile, et Montalbano se prend quelques saucées !


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