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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 00:00

"Les coeurs déchiquetés qui parlent aux fantômes..." (Léo Ferré)


En mai dernier, je profitais de quelques jours de vacances en bord de mer, d'un temps spendide, l'été pointait son nez, léger, insouciant. J'ai ouvert Les coeurs déchiquetés et... l'ai reposé au bout de dix pages : choc thermique. Le ciel était trop bleu, et le roman trop noir.

Mais je m'étais promis d'y revenir, c'est fait.


nullTous les jours, en fin de matinée, le commandant de police Pierre Vilar stationne devant l'école, prêt à interpeler et même à tuer le moindre individu suspect. Quelques années plus tôt, en sortant de cette même école, son fils Pablo a disparu.
Assailli par la rage, la douleur et l'espoir irraisonné, Vilar poursuit sa quête, continue à chercher son enfant. Malgré le temps qui passe et amenuise ses chances, malgré le regard de sa femme dans lequel se lit l'abdication.

Victor, 13 ans, rentre chez lui et trouve sa mère sans vie. La police le retrouve quelques jours plus tard, allongé près d'elle, se laissant mourir. L'orphelin est ensuite confié aux services sociaux, puis à une famille d'accueil. Inconsolable, meurtri. Son bien le plus précieux est une urne aux reflets carmin.

La jeune femme a été sauvagement battue. Vilar oriente son enquête vers les amants de Nadia, mais se heurte au silence gêné des témoins et des amis de la victime.


Chapitre après chapitre, nous suivons les trajectoires croisées, en lignes brisées, de Vilar et Victor, deux âmes en proie à la solitude, à la frustration, au désespoir. Des sentiments que l'auteur exprime et communique avec une finesse stupéfiante.

Tout le roman est une complainte sourde et lancinante, lancinante comme la douleur de la perte. Les phrases s'étirent, mélodiques, mélancoliques, le tempo se fait plus lent et accélère soudainement au gré des rebondissements, les descriptions minutieuses des lieux sont d'un lyrisme sombre - le Médoc et l'estuaire de la Gironde, majestueux, immenses, tranchent avec le sentiment d'enfermement des personnages, accablés encore par la chaleur caniculaire, oppressante, étouffante.


Surtout connu pour le superbe L'homme aux lèvres de saphir, Hervé Le Corre signe ici un roman puissant, poignant, sur le deuil, la reconstruction, l'espoir, la violence révoltante et cruelle infligée aux plus faibles.

Porté par une écriture tout simplement éblouissante - un faisceau de lumière noire, Les coeurs déchiquetés est un grand roman, remarquable de maîtrise, de densité, de profondeur.


Peut-être pas à ouvrir à n'importe quel moment, mais à lire absolument.



Les coeurs déchiquetés / Hervé Le Corre (Rivages/Thriller, 2009)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

Emeraude 27/11/2009 21:39


tu le vends très bien en tout cas !


jeanjean 27/11/2009 22:51


C'est que j'ai vraiment été impressionné par ce roman, il y a une force d'écriture peu commune.
Et j'espère t'avoir convaincue !


alain 27/11/2009 19:13


Très envie de le lire. Beaucoup aimé : "l'homme aux lèvres saphir", je crois.


jeanjean 27/11/2009 22:47



Tu verras, c'est assez différent de L'homme aux lèvres de saphir, mais tout aussi bien, et même mieux.



Pierre FAVEROLLE 26/11/2009 11:58


Totalement d'accord avec toi. Quand j'ai écrit mon article, je ne me suis pas rendu compte à quel point c'était noir. C'est venu après, en y repensant. J'aurais du mettre une ligne là-dessus, comme
tu le fais. Les premières pages sont exceptionnelles.


jeanjean 26/11/2009 17:41


C'est vrai qu'on est dans le bain tout de suite, et ça ne va pas en s'arrangeant. Heureusement qu'on a droit à quelques moments de légèreté avec Victor, qui
éclaircissent un peu le côté très noir du roman.


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