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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 00:00

"- Harmeûniques ? C'est quoi, harmeûniques ?
- Les notes derrière les notes, expliqua Mister. Les notes secrètes. Les ondes fantômes qui se multiplient et se propagent à l'infini, ou presque. Comme des ronds dans l'eau. Comme un écho qui ne meurt jamais."


Quatre ans après l'envoûtant Garden of love, Les harmoniques signe le retour de Marcus Malte au roman, son entrée à la Série noire, ainsi que ses retrouvailles avec Mister et Bob, après Le doigt d'Horace et Le lac des singes. Retour gagnant.


Les harmoniquesD'un côté Mister, le black costaud qui passe ses nuits derrière le piano du Dauphin Vert. De l'autre Bob, philosophe amateur qui passe ses journées derrière le volant de son taxi, un vieux tacot envahi de cassettes de jazz, passion commune des deux acolytes. 

Elle s'appelait Vera Nad, elle avait fui son pays en guerre et rêvait de devenir comédienne. Elle venait au club deux fois par semaine écouter Mister. Lui ne la quittait pas des yeux. Ils avaient sympathisé.
On a retrouvé son corps brûlé dans un entrepôt désaffecté, les deux coupables ont avoué, histoire de drogue, affaire classée.

Mister n'en croit pas un mot, et décide d'enquêter avec l'aide de Bob, sans trop savoir comment s'y prendre mais fermement résolu à découvrir la vérité. Une vérité qui le ramène vers le passé de la jeune femme, vers les Balkans et les atrocités commises là-bas durant la guerre.

Qui l'emmène aussi jusqu'au sommet de l'Etat : un fil narratif risqué (l'intrusion et l'implication d'un haut responsable politique - un Ministre de l'intérieur arriviste, suivez mon regard... - est quand même too much, pour le dire gentiment), sur lequel Malte parvient in extremis à garder l'équilibre.



Deux récits se mêlent : les investigations du duo Mister/Bob sont ponctuées par l'histoire de Vera Nad (daNa rêV(e) ?), qui résonne tel un chorus. Son histoire, ses souvenirs d'un pays en guerre, ses espoirs, sa complainte, son martyre enfin. Bye bye Blackbird.

Sa vie, avant qu'elle ne lui soit volée, sa mémoire, qui ne subsiste plus que dans l'esprit d'un pianiste hanté par son visage et son innocence, qui voulait, par la musique, "atteindre son coeur", "lui offrir un foyer". "Que chaque accord qu'il plaquait fût une brique solide, une coulée de ciment participant à l'édification d'une maison, sa maison, la sienne, son abri, clair, agréable, bien chauffé."

Davantage qu'un fond sonore, le jazz baigne le roman tout entier. Le jazz comme un hymne à la vie, à la beauté, à la bonté. Conjurant l'horreur et le mal, la cruauté des bourreaux et l'impudence des puissants.


Conteur hors-pair et fin styliste, Marcus Malte a composé avec Les harmoniques - pour reprendre l'expression de Robin Cook à propos de J'étais Dora Suarez - un roman en deuil, un roman de compassion traversé de purs moments de poésie, capable de vous faire rire aux éclats (ah, cette scène du taxi échoué en plein champ !) avant de vous glisser une boule dans la gorge. Un talent rare. Un talent qui parvient presque à faire oublier que le texte n'est pas suffisamment travaillé.


Les harmoniques / Marcus Malte (Gallimard, Série noire, 2011) - en librairie le 13 janvier.


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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

christophe 15/01/2011 17:09


Au risque de me répéter (je l'ai signalé chez Jean-Marc)
Pour aller plus loin, vous pouvez lire une interview de Marcus ici
http://www.entre2noirs.com/contenu.php?id_contenu=180&id_dossier=7


jeanjean 15/01/2011 21:57



Tu fais bien, et merci pour l'info.



Pierre FAVEROLLE 11/01/2011 21:17


Salut Jeanjean, je l'ai lu aussi (dévoré devrais-je dire) et je suis d'accord avec ce que tu dis. Je rajouterai qu'il n'y a aucune violence ce qui est remarquable et que j'ai juste regretté
quelques indices tombés du ciel qui m'ont empêché de mettre un coup de coeur. A +


jeanjean 11/01/2011 23:08



salut Pierre,
remarquable aussi cette faculté de nous faire "sentir" les personnages sans qu'on sache grand-chose d'eux par ailleurs... Je ne manquerais pas d'aller lire ton billet. @+



Oncle Paul 10/01/2011 14:15


Bonjour Yann, ce petit commentaire pour te dire que je ne lis pas ta chronique, pour la simple raison que ce livre est en instance de lecture et que je ne veux pas être influencer.
A bientôt et nous verrons si nous sommes d'accord.


jeanjean 10/01/2011 19:03



Salut Paul,
hâte de voir ce que t'en penses, et notamment à propos de certains épisodes. Bonne lecture ! A bientôt.



Jean-Marc Laherrère 10/01/2011 10:55


Ma chronique sera en ligne ce soir, et je suis 100 % d'accord avec tout ce que tu écris.
J'ai aussi adoré la scène du champs, comique visuel (on imagine les deux zigotos la joue collée contre la vitre)et la description de leur "sauveur" vaut son pesant ... de patates.


jeanjean 10/01/2011 19:02



J'irai lire ça. Ah, la scène du champ et ce parigot de Mister complètement tétanisé, je m'en rapellerai un petit moment ! @+



Emeraude 09/01/2011 17:42


un talent rare... oui, nous sommes d'accord !!
par contre, j'avoue que cette scène dans les champs ne m'a pas forcément fait rire... par contre, la scène quand Mister revient au bar demandé quelque chose pour ligoter... scène hyper
savoureuse!
J'espère que "les harmoniques" aura un succès encore plus grand que Garden of Love, il le mérite vraiment !!


jeanjean 09/01/2011 22:27



ah, les menottes... Perso les deux scènes m'ont fait marré, mais dans ce champ j'avais vraiment l'impression d'être dans la bagnole... Et on est d'accord,
souhaitons-lui beaucoup de lecteurs. @+



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