Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 00:00

Continuant d'explorer les liens du sang et Les ombres du passé, Thomas Cook le fait avec une force et une inspiration renouvelées.

Dense, soulevant quantité de questionnements - l'atavisme, la filiation, le pêché d'orgueil, l'accomplissement de soi, les clivages sociaux... -, Les leçons du Mal est un roman aux multiples facettes, et donc susceptible d'être abordé sous différents angles.
Loin d'en faire le tour, je me bornerai ici à en dévoiler quelques-uns, pas nécessairement les plus saillants, mais ceux auxquels j'ai été le plus sensible.


Les leçons du malUltime héritier d'une honorable famille du Mississipi, Jack Branch est devenu enseignant, comme son père avant lui. En cette année 1954, il dispense à ses élèves un cours thématique sur l'histoire du Mal.
Se prenant d'affection pour l'un d'entre eux, il lui conseille de choisir son père comme sujet de fin d'études, afin qu'il se libère du poids familial et ne soit plus simplement considéré comme "le fils du tueur de l'étudiante".

"Si tu vas dans la foule sans orgueil à tout rompre"
Seulement, et de la même façon qu'il se repait de son érudition et de son éloquence, la sollicitude dont Jack fait preuve à l'égard du jeune Eddie Miller n'obéit en réalité qu'à son propre désir : nourir, à travers les progrès du jeune homme, la haute estime qu'il a de soi et de son rang.

Sa vanité sera évidemment l'instrument du drame, non pas le fruit d'un quelconque concours de circonstances mais un geste intentionnel, aussi banal soit-il : se taire et refermer une porte. Ainsi, tel le Iago de Shakespeare, Jack sera "non pas le meurtrier qui tient le couteau, mais celui qui, insidieusement, le place dans la main d'un autre."



Au fil du récit s'opère un subtil jeu de correspondances et d'analogies, autour notamment des thèmes de la filiation (jeux de miroirs entre l'attitude paternelle de Jack à l'égard d'Eddie, la passion de Branch père pour Abraham Lincoln, le Père de la nation, l'ombre du fils disparu du shérif Drummond...),
... du mal (plusieurs des exemples que prend le professeur pour illustrer son cours entrent en résonnance avec ses propres actes),
... du passé et du présent : a
u fond, Jack tend à exercer le même pouvoir que celui dont ont usé ses ancêtres vis-à-vis des déclassés et des pauvres, lorsque ceux-là venaient travailler sur leurs plantations.


Autant de motifs dont la symétrie, par ailleurs, contraste avec le chaos imminent et la confusion des sentiments dans laquelle s'agite Jack, à mesure que son influence sur Eddie diminue - incompréhension, ressentiment, jalousie... Aveuglé par son orgueil, il semble être le seul à ne pas pressentir le danger, impression d'autant plus frappante pour le lecteur, premier témoin de son fourvoiement, que Jack et le narrateur ne font qu'un. 



Par d'habiles va-et-vient temporels, Cook ménage le suspense, laissant entrevoir le drame à venir - et le procès qui l'a suivi -, ainsi que la façon dont celui-ci, après de longues années, continue de hanter les principaux acteurs.
Au premier rang desquels Jack Branch, un homme détruit, occupant seul désormais le domaine familial, dernier vestige d'un temps révolu. Un homme qui, bien qu'il semble s'être délesté de sa morgue, n'assume jamais pleinement sa responsabilité.
Entre illusions perdues et regrets éternels, il ne se sera jamais résolu à "tuer le père", prisonnier de sa caste comme de son déshonneur.




Comme je vous le disais au début, ce livre peut susciter des approches différentes, je vous invite d'ailleurs à prendre connaissance de celles de Noirs desseins et du Vent sombre.

Je vous invite surtout à lire ce roman, vous l'aurez compris.


Les leçons du Mal / Thomas Cook (Master of the Delta, trad. de l'américain par Philippe Loubat-Delranc. Seuil Policiers, 2011)

Par jeanjean - Publié dans : amérique du nord
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