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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 00:00
"Entre truands, les bénéfices ça se partage, la réclusion, ça s’additionne" (Jean Gabin dans Le Cave se rebiffe)


Publié une première fois en 1969 à la Série Noire (n°1255) de Duhamel par un dénommé Jean de Présinat, dit Mariolle, braqueur parisien qui apprit l'écriture en prison, Les Louchetracs est un roman de truands caractéristique des années 60, dans la lignée des Albert Simonin (dont La Manufacture de livres a réédité Le Hotu il y a peu), Auguste Le Breton ou José Giovanni.


nullAprès un an de "séchoir", Max vient d'être libéré et retrouve les copains. Une sacrée bande de truands et de loulous parigots.
Il y a André, dit le Vieux, le maître d'oeuvre, capable de vous mijoter un casse aux p'tits oignons, tout en doigté, tout en finesse.
Et puis Pierrot, la tête brûlée, un dingue du tiercé toujours fauché, et toujours partant pour se renflouer.
Serge enfin, le pondéré, du sang-froid et du ciboulot à revendre.

On se remémore les bons coups, on prépare les prochains, en attendant la gisquette ramène un peu de monnaie du tapin. Des gars fidèles, loyaux, et y en a pas un qui cracherait le morceau aux lardus, ça non ! 

Y a un gros braquage qui se prépare justement, une bijouterie place Vendôme. Cent bâtons à la clé et le dernier coup du Vieux avant la retraite et le jardinage. Ca calcule, ça peaufine, ça s'organise dans les moindres détails, jusqu'à la tuile : Pierrot se fait alpaguer par les perdreaux. A court, comme d'habitude, il était monté sur un coup vite fait avec la bande de Nanar Le Fripé.
Ce sont les inspecteurs de la Voie Publique, les "Eliott Ness made in France, les supercracks de la maison Parapluie", qui leurs sont tombés dessus. Tout sauf un hasard, quelqu'un les aura renseignés. S'agit maintenant de retrouver le bavard et de libérer Pierrot.


Evasion, braquage, règlement de compte, tout y est ! Le grand banditisme des années 60, et le vocabulaire qui va avec : dialogues savoureux et parler populaire truffé d'argot, où s'invite aussi l'imparfait du subjonctif ! Bon, vous bilez pas, on "entrave" parfaitement ce que jactent les gars, même si on est des caves !

C'est désuet, bien-sûr, mais sacrément fleuri. Folklorique aussi, bien que le vernis de l'honneur, de l'amitié et de l'éthique du gangster a tendance à se craqueler sérieusement...

En passant, on constate aussi que la surpopulation carcérale ne date pas d'hier et que le verlan était déjà de mise à la fin des années 60, en prison justement.


Bref, un roman bien balancé. Gouailleur et gouleyant, c'est le mot.


Les Louchetracs / Jean Mariolle (Série Noire, 1969 ; rééd. La Manufacture de livres, 2009)

PS : dans le Voyage au bout de la Noire (inventaire de 732 auteurs et de leurs oeuvres publiés en séries Noire et blême, publié en 1982) de Claude Mesplède et Jean-Jacques Schleret, l'ancêtre du Dictionnaire des littératures policières en quelque sorte, on trouve une entrée à Jean Mariolle :
Est-ce son nom ou un pseudonyme par lequel il veut symboliser ses démêlés avec la justice ? On dit aussi que Salinas l'aurait aidé pour son livre Les Louchetracs
. Un bon roman roman noir d'ailleurs, dans lequel une bande de mauvais garçons entreprend de dévaliser une bijouterie parisienne.

D'après les informations de l'éditeur, Jean Mariolle est décédé durant la canicule de 2003.
Et quand on va voir l'entrée "Salinas", on tombe sur :
De son vrai nom Edouard Rimbaud, il est né à Marseille et reçoit plusieurs décorations après la guerre pour avoir aidé au débarquement des troupes américaines en Provence, comme agent du BCRA. Mais il va mal tourner et sera compromis dans des affaires de truands.
A la sortie de son livre traitant du trafic de drogue
Les pourvoyeurs, M.B. Endrèbe écrivait : "... si Rimbaud a pu se permettre de l'écrire sans craindre our sa vie, c'est qu'il lui reste encore vingt cinq années de prison à purger pour s'être fait arrêter à New-York..." (L'Aurore, 18/06/1974).

Sacrés loustics...

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

cynic63 06/11/2009 14:50


On a eu exactement les mêmes sentiments sur ce livre: l'argot qui malgré tout reste compréhensible, la surpopulation carcérale qui ne date pas d'hier, le caractère suranné du texte qui n'empêche
aucunement qu'on l'apprécie. Je souscris donc, cher Jeanjean, à ton commentaire


jeanjean 06/11/2009 18:40


et moi au tien, donc ! Et c'est vrai qu'on passe un bon moment avec ce bouquin.


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