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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 00:00

Les Villas rouges d'Anne Secret. On m'en avait dit le plus grand bien, notamment Marc Villard, qui signe d'ailleurs la 4ème de couverture de ce court roman paru l'année dernière.


Les villas rougesFin des années 80. En plein Paris, une évasion spectaculaire d'un activiste allemand, libéré par un commando lors d'un transfert pénitentiaire. (On pense à la Bande à Baader). Fusillade, un mort parmi les policiers.

Parmi eux, Kyra. Une ancienne professeure de Lettres, amoureuse d'Udo. La fuite s'organise, les membres s'éparpillent. Mise au vert dans une station balnéaire désertée. C'est l'hiver. Une planque dans une villa de bord de mer. Les jours passent, incolores. Puis un complice est arrêté. Udo, lui, s'est volatilisé.

Kyra entre alors en clandestinité. On suit son quotidien précaire et mouvant, de la Baie de Somme au Luxembourg, de Paris à Knokke-le-Zoute, de Bruges à Hambourg... Une géographie de l'errance. Des points de chute pour une vie en suspension.

Il s'agit moins d'une cavale qu'une dérive intérieure : son amant absent, sans orbite, plus rien n'arrime la jeune femme à la réalité, sinon quelques vagues connaissances, articles de journaux, et l'envie de retrouver Udo.


La peur d'être prise la surprend parfois, mais ce sont surtout l'indolence et l'ennui qui l'enveloppent, assourdissant le bruit du monde.
"J'attends". Le premier mot du roman, annonce la couleur : il ne s'y passe pas grand-chose, sinon une litanie de souvenirs, de gestes banals et de lieux presque indistincts, dont les détails architecturaux ("villas néonormandes", "bas-reliefs Arts déco"...) accentuent paradoxalement le manque de perspectives de la narratrice.

Un roman d'atmosphère, comme on dit, qui n'est pas sans rappeler ceux de Patrick Modiano, dans l'évocation d'un passé à la fois vaporeux et tellement prégnant.


Directe, voire abrupte, l'écriture d'Anne Secret est factuelle, dénuée de toute ornementation, comme poncée jusqu'à laisser apparaître la matière brute (sans "afféteries stylistiques" ni "pathos encombrant" souligne Marc Villard).

Certains s'ennuieront peut-être, sevrés d'action et de rebondissements, frustrés par le manque de réponses, décontenancés par l'étendue morne et sans relief apparent de cette fuite en avant.

Personnellement j'ai toujours eu un faible pour les taiseux, et le roman d'Anne Secret est beau comme le silence.


Les Villas rouges / Anne Secret (Seuil, Roman noir, 2009)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

Pierre SEGUELAS 08/02/2011 08:13


J'avais bien aimé son premier roman La mort à Lubeck(réédition chez Babel Noir, n°31, 2009). Anne sera à nouveau à Polar'Encontre les 12 et 13 mars prochain.
Bien à toi
Pierre


jeanjean 08/02/2011 14:19



Je commencerai donc par celui-là. Et bon festival ! Amitiés.



Pierre SEGUELAS 07/02/2011 13:56


Anne Secret a obtenu avec ce roman le Prix "Calibre 47" 2010 décerné lors du Salon Polar'Encontre.
Bien à toi
Pierre


jeanjean 07/02/2011 20:09



Prix mérité pour roman singulier. Faudra que je mette la main sur les autres textes d'A. Secret.
Amitiés.



Pierre FAVEROLLE 30/12/2010 08:40


Salut, je l'avais lu lors de sa sortie en grand format, et comme mon frère s'est ennuyé lors de sa lecture, tu as raison de préciser que les amateurs de thriller doivent passer leur chemin. J'avais
trouvé ça très beau et simple.


jeanjean 30/12/2010 11:47



Salut Pierre,
pour en revenir aux amateurs de thrillers, je me demande dans quelle mesure il ne lisent que ça. Je peux me tromper, mais il me semble qu'ils sont assez "monomaniaques", en tout cas
c'est ce que je constate en médiathèque. A force, peut-être qu'il leur faut leur dose de page-turner...! @+



Xavier 29/12/2010 10:58


Je garde un excellent souvenir de ce roman, notamment pour son écriture.

"Certains s'ennuieront peut-être, sevrés d'action et de rebondissements " C'est un créneau fort envahissant.


jeanjean 29/12/2010 12:45



Exact, et l'ennui c'est qu'on en trouve de plus en plus de ces polars, souvent des thrillers, qui misent tout sur ça. Suffit de voir les tables des grandes
librairies, c'est assez flippant, ne serait-ce qu'au niveau des couvertures...



yossarian 28/12/2010 18:43


Yep ! Un roman qui m'a aussi marqué, au point de me refaire la bande musicale de l'époque.
Dire Straits ! Ouille !
(En même temps, on échappe à Phil Collins)


jeanjean 28/12/2010 21:54



Ah, les années 80 et du synthé partout, toute une époque !



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