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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 00:00
Le polar explore les marges, entend-on souvent. On ne saurait mieux dire à propos de Moi comme les chiens, premier roman signé Sophie Di Ricci, 27 ans au compteur.

C'est l'histoire d'Alan, Hibou, Mickey, Bouboule, de quelques paumés qui ont dérivé aux périphéries de la ville, terrains vagues, boulevards muets, entrepôts déserts, immeubles crasseux. C'est une histoire de corps à louer et de jeunesse abîmée. C'est une histoire de mecs entre mecs. C'est une histoire d'amour et de vengeance. Une belle et triste et violente histoire, en somme.


Moi comme les chiensÇa fait déjà quelques années que Willy s'est barré de chez lui. Depuis, il se fait appeler Alan. Il a vingt ans, une jolie gueule, des rêves plein la tête et pas grand chose en poche. Des années "à errer de fast-foods en pubs, de mecs en mecs, de taudis en squats".

Il vient de rencontrer Mickey et Bouboule, de jeunes toxicos qui se prostituent au bord de la ville pour se payer leur prochain shoot. Sa beauté juvénile attire le chaland, il leur tient compagnie, avant de monter lui-même avec les michetons.

Un type passe tous les soirs, il reste dans sa bagnole, il les surveille. Jusqu'au jour où il tire Alan d'un sale guêpier. On raconte que c'est un ancien du grand banditisme, que c'est un tueur.
Une relation très forte se noue entre le gamin et "Hibou", deux fois son âge et fatigué de tout. Deux paumés qui s'apprivoisent, avec du sexe, des illusions et une tendresse abrupte. On ne sait jamais si Hibou va étreindre son protégé ou lui coller deux balles. Ils restent des journées enfermés, seuls, tous les deux. Dehors c'est dangereux.   



On rentre la tête la première dans ce récit, découpé en scènes-chapitres assez courts, rapides, qui dégringolent jusqu'au fracas final. Le choc est frontal. Sophie Di Ricci ne tourne pas autour du pot, d'ailleurs. Aucune esthétique du malheur et de la dèche là-dedans. Elle n'en rajoute pas non plus, elle n'en fait pas des tonnes, ne biseaute pas ses phrases pour faire du style, mais trouve les mots et des dialogues qui sonnent juste, et ne se gêne pas pour appeller un chien un... pardon, un chat un chat.

C'est cru, brutal, pathétique parfois. Mais glauque, non, pas vraiment. Parce qu'on y trouve une belle dose d'insolence et d'énergie, de la sensualité et de doux abandons, parce qu'on y trouve des êtres pas encore complètement bousillés qui font encore la nique à la mort, au moins pour un temps.
Et puis il y a Alan, avec sa fragilité, sa morgue, sa naïveté, la façon dont il se livre et bouffe la vie avec toute sa maladresse et son envie. Ses fringues à la mode et ses disques de punk/rock, ses envies d'ailleurs qu'il n'atteindra jamais. 


Un roman qui secoue, beau et sombre comme une chanson de Mano Solo.



Moi comme les chiens / Sophie Di Ricci (Moisson Rouge, 2010)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

Pierre FAVEROLLE 03/10/2010 09:36


Salut Jeanjean, on est d'accord ... une fois de plus ! superbe livre, impressionnant pour un premier roman.


jeanjean 03/10/2010 12:38



salut,
lu ton billet enthousiaste, et on est bien d'accord. Un premier roman bien maîtrisé et plein de promesses. @+



Alex 02/10/2010 10:46


"C'est la marge qui tient la page" comme disais un cinéaste bien connu. Il m'intéresse celui-là


jeanjean 02/10/2010 13:44



Godard, bien-sûr... (merci google !!)
Je te mets le bouquin de côté.



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