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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 00:00

Carlos Salem était présent à Toulouse le week-end dernier pour le festival des littératures policières. Il a fait tatouer sur son avant-bras le titre de son premier roman, il porte le bouc, la moustache et un bandeau sur la tête. Comme ça, il ressemble à un pirate. Probablement un rêve de gosse, qu'il prête d'ailleurs à Juan Juan Perez, son personnage de Nager sans se mouiller.


Nager sans se mouillerDans la "vie civile", Juan est un petit employé timoré et sans relief, quadragénaire et divorcé. En réalité, Juan est Numéro Trois, un tueur à gages, très doué par dessus le marché.
Alors qu'il s'apprête à emmener ses enfants en vacances sur la côte, on lui confie un contrat, et voilà comment il se retrouve dans un camp naturiste, avec pour cible... son ex-femme !

Dit comme ça, ça ressemble à une grosse blague et on se dit qu'on va bien rigoler. Et on rigole, pas de doute là-dessus, mais pas seulement.

"Vous, Juan, confronté à une situation inconfortable comme celle que vous vivez et à un âge que j'envie mais qui est pétri de doutes, au lieu de simplement réfléchir à ce qui vous arrive, vous écrivez une histoire. Dans votre tête, mais vous l'écrivez. Et il y a tout dedans : la culpabilité, votre mariage détruit, la séparation d'avec vos enfants, et même la perspective d'un nouvel amour qui serait votre rédemption. Le reste, le métier de tueur à gages, la trame de l'intrigue, vous sert à ne pas trop vous attarder sur une réalité qui se peint toujours, toujours en gris."

Tout est dit.



Salem fait le zouave, multiplie les scènes rocambolesques et les rebondissements pas toujours très vraisemblants ("Et le pire c'est que tout colle, dit l'un des personnages, qui rajoute : mais si j'avais écrit quelque chose comme ça dans un de mes romans, la critique m'aurait fracassé pour cause d'invraisemblance." !), s'amuse avec des gadjets "jamesbondiens".

Mais derrière la blague et le marivaudage, et avec une façon bien à lui de mettre du sérieux dans le burlesque ou du badin dans le sentencieux, comme vous voulez, il se montre plus intime, se met à nu - c'est le cas de le dire -, pour nous parler de lui, de nous, des choses de la vie, tout simplement.
L'amour filial, la figure paternelle, le sexe, les amours perdues, la vie qui passe et qu'on ne "peut lire qu'une fois", les masques et les personnages que nous nous fabriquons, nos petites lâchetés, nos erreurs, nos remords, nos tentatives de bonheur et tout ce qui nous reste à vivre pourvu qu'on s'en donne la peine.
Quand même, on ne peut pas éternellement "nager sans se mouiller", vivre sans prendre de risques, aimer sans s'abandonner...

"Toi, tu aimes nager mais pas te mouiller, me disait toujours le vieux Numéro Trois. Tant que ça fonctionne, mon gars, il n'y a pas de problème. Le problème c'est qu'un jour ça risque de ne plus marcher et il faudra t'assumer, te demander qui tu es. Personne n'y échappe."

Incroyable d'ailleurs cette faculté de jongler sur des registres si différents, quand tant d'autres auteurs auraient fini par perdre pied et se noyer dans un magma confus.


On trouve encore beaucoup de trouvailles savoureuses dans ce polar, comme cet hommage au maître sicilien Andrea Camilleri, ici dans le rôle d'un sage grand-père, comme ce clin d'oeil au roman d'un certain... Carlos Salem ("Il m'a plu, mais je me suis dit que l'auteur devait être un peu fêlé" !), comme ces petites mises en abîme entre réalité et fiction...



Un très beau et bon roman, je ne peux pas dire mieux, qui déborde de vie, qui vous emporte et vous tient en haleine, qui vous amuse, vous bouscule et vous émeut comme l'étreinte un peu gauche d'un vieux copain, tiens. Il y a tout cela à la fois dans Nager sans se mouiller.

Alors un seul conseil : inutile de vous mouiller timidement les orteils ou d'y rentrer à pas de loup, plongez-y d'un coup, tête la première. Vous en ressortirez revigoré.


Quant à moi, il ne me reste plus qu'à effectuer un Aller simple - il vient d'ailleurs d'être réédité en poche.


Nager sans se mouiller / Carlos Salem (Matar y guardar la ropa, 2008, trad. de l'espagnol par Danielle Schramm. Actes noirs, 2010)

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Published by jeanjean - dans espagne
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commentaires

alain 17/10/2010 11:30


Merci de me donner envie de le lire


jeanjean 17/10/2010 13:09



Tu ne le regretteras pas !



christophe 15/10/2010 18:27


Oh oui, grand roman ! J'ai lu ça juste après le Peter Temple, grand aussi et c'était juste ce qu'il fallait pour récupérer... et ce matin, j'intervenais dans un collège et j'avoue que raconter au
gamin des histoires de tueur dans un camp de nudiste, ça valait son pesant de cacahuètes...


jeanjean 15/10/2010 22:08



J'imagine... J'aurais bien aimé être là pour voir leur tête !



Alex 15/10/2010 15:19


hihihi !!!
Je prépare en effet une anthologie intitulée "les 1001 Perles de Jean-Jean". Je pense que ça t'intéressera... :p


jeanjean 15/10/2010 15:27



J'exige un à-valoir...



Alex Ram 15/10/2010 15:07


Tiens la prochaine fois que je me frite verbalement avec quelqu'un, je lui sortirai : " Tu sais quoi camarade ? Je trouve que tu mets un peu trop de badin dans ton sentencieux à mon goût !!! " :)


jeanjean 15/10/2010 15:14



... sûr qu'il en restera baba, au moins 3 secondes, juste le temps pour toi de pendre tes jambes à ton coup avant qu'il t'en colle une parce que tu te seras foutu de
sa gueule !
Et sinon, quoi, elle te plaît pas ma phrase ?!



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