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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 16:32

A tort ou à raison, je me méfie un peu des auteurs ayant "baigné dans le milieu hollywoodien", craignant que la machine à rêves ne leurs fasse plus pondre que d'ennuyeuses histoires stéréotypées.
La 4ème de couverture et même les premières pages de ce roman allaient plutôt dans ce sens, d'ailleurs. Voyez plutôt : un Hell's Angel sur le retour vole au secours de sa fille poursuivie par des tueurs sadiques et sillone avec elle la côte Ouest dans une course échevelée.

Mais non, rien de calibré cette fois, contrairement aux apparences. Passés un ou deux chapitres, mes craintes se sont vite envolées, tandis que les pages défilaient sans que je m'en rende compte.


nullLydia, 17 ans, a fugué quand elle en avait 14 et vit depuis d'expédients de copines friquées. On n'est pas sérieux quand on a 17 ans, c'est bien connu, et on fait de mauvaises rencontres, comme celle avec Jonah Pincerna, un agent immobilier un peu particulier qui met à disposition de la mafia des "maisons-entrepôts" pour faire transiter de grandes quantités de drogue ou d'argent. Lors d'une expédition punitive, alors qu'il pousse Lydia au meurtre, celle-ci retourne l'arme contre lui et s'enfuit.
Paniquée, shootée à la méthamphétamine, elle n'a plus qu'une personne vers qui se tourner : un père qu'elle n'a presque pas connu et dont elle s'est forgée une image de rebelle héroïque.

J'ai nommé Link (to link : "relier", "se rejoindre"). Un Hell's Angel rangé des bécanes qui vivote désormais au bout d'une autoroute dans une caravane déglinguée. Un ex-taulard qui tente de recoller les morceaux en tenant la boisson la distance et en monnayant ses talents de tatoueur.
Trois ans qu'il n'a plus de nouvelles de sa fille, trois ans qu'il attend des nouvelles de la police ou des divers services des personnes disparues. Jusqu'à ce jour où il entend sa voix au téléphone.


Père de sang pourrait se contenter d'être une chouette histoire doublée d'un road novel ponctué de bagarres divertissantes.
Mais c'est un peu plus que cela.

Grâce aux personnages d'abord, particulièrement bien creusés, complexes, diablement attachants, entre cette gamine éperdue (et insupportable !), sa mère - une femme obnibulée par la réussite qui grimpe l'échelle sociale au gré de mariages successifs... et de dérouillées domestiques - et Link, ce bonhomme fatigué revenu de tout qui trouve à travers sa fille un peu d'espoir et de lumière en ce bas-monde, et va lui servir à la fois de dernier rempart et de tremplin.

Grâce ensuite à la manière dont l'auteur, sans se départir de nombreux clichés, parvient à s'en jouer et à les dépasser. Plutôt que les grandes étendues sauvages, il nous balade à travers "l'Amérique des caravanes", ces lotissements qui fleurissent au milieu de tous les nulle part et où échouent des gens complètement marginalisés. Plutôt que des Hell's Angels farouchement libres et indomptables, il nous montre un tas de vieux débris pitoyables, meurtriers et trafiquants, radotant sur leur gloire passée.

Grâce enfin à la prose limpide de Peter Craig, et à son talent de dialoguiste.


Au lieu du polar préemballé auquel on pouvait s'attendre, digeste peut-être mais sans saveur, on a finalement droit à du très bon roman, plus fin et meilleur qu'il n'y paraît.


Père de sang / Peter Craig (Blood Father, 2005, trad. de l'américain par Emmanuel Pailler. Rivages/Thriller, 2009)

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Published by jeanjean - dans amérique du nord
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commentaires

Jean-Marc Laherrère 03/11/2009 23:47


Je confirme, Hot plastic était déjà très bien, et tournait déjà autour des liens père/fils, avec cette fois, une femme qui venait là au milieu.


jeanjean 04/11/2009 16:43


Bon, alors faudra que je me le dégotte un de ces quatre...


christophe 03/11/2009 10:25


yes, excellent roman
Un premier chapitre qui inquiète un peu quant à l’avenir du roman, mais ensuite, comme le souligne Yann, un roman qui va en s’amplifiant et qui sort des clichés qu’on avait peur de rencontrer. Deux
très grands parties à mon avis, celle de Lydia/Jonah et l’échange final dans le désert…


jeanjean 03/11/2009 15:28


Oui, le final est excellent, et j'ai bien aimé aussi la partie Ursula/Link. D'ailleurs, les flash-back apportent beaucoup au roman, je trouve, lui donnent une certaine
épaisseur.


Alex 03/11/2009 09:53


A la lecture de ce billet, un peu fatigué, je me suis dis : " Hollywood ?...Craig ? Mais il a pas écrit des scénarios pour James Bond celui-là ??? " ...Bon passons :]

On m'avait dit du bien de "Hot Plastic" aussi avec, apparement, toujours un petit côté " American family ".


jeanjean 03/11/2009 15:23


Pas lu Hot plastic, mais oui, il paraît qu'on y retrouve les mêmes thèmes autour des liens familiaux. A lire un de ces quatre, comme plein d'autres...


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