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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 00:00

"Votre père à vous est le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. C'était un tueur depuis le commencement, établi hors de la vérité, car sans vérité en lui, parlant faux, selon sa nature qui est le mensonge, et du mensonge il est le père." (Evangile de Jean, chapitre 8, verset 44)


Père des mensongesAu sein de la Corporation du Sang de l'Agneau, une communauté religieuse conservatrice et très hiérarchisée, le respectable doyen Eldon Fochs est notamment chargé de veiller sur les jeunes ouailles.

Afin de se débarrasser de "pensées et rêves perturbants", et sur l'insistance de sa femme, il consulte un psychothérapeute. Diagnostic provisoire : trouble dissociatif, personnalité multiple. 
Malgré tout, le docteur Alexandre Feshtig a l'impression d'être manipulé, et soupçonne très vite Fochs de laisser libre cours à ses fantasmes pédophiles.
Des garçons l'accusent de viol. Une jeune fille de la communauté vient d'être assassinée. L'étau se resserre, le doute grandit, les hallucinations de Fochs se multiplient. Feshtig décide d'agir, mais il va se heurter aux responsables religieux, qui mettent tout en oeuvre pour étouffer le scandale.


Père des mensonges est une plongée en eaux profondes, où se nichent les pires ignominies et la folie schizophrène d'un homme d'autant plus abject qu'il se pare des vertus du Bien. L'immersion dans ce cerveau malade est d'autant plus glaçante que le narrateur n'est autre que Fochs. La façon dont il se justifie et se dédouane de ses actes, dont il travestit la vérité, est fort bien rendue. 

Mais derrière une personnalité, c'est tout un système qui est en cause. L'auteur - "contraint de quitter l'Eglise mormone en raison de la nature de son oeuvre" - dresse un réquisitoire contre l'Eglise, sa duplicité, son hypocrisie, ses manipulations ; contre le fondamentalisme qui obstrue la raison, annihile le sens critique et le libre-arbitre.


Si le brillant et bluffant 
La confrérie des mutilés se démarquait par son originalité, Père des mensonges - premier roman de l'auteur - est plus sobre, plus conventionnel, et pourrait à ce titre en décevoir certains.
Mais il n'en est pas moins 
prenant, habilement construit, et s'attaque à un sujet particulièrement tabou.


Père des mensonges /
Brian Evenson (Father of Lies, 1998, trad. de l'américain par Héloïse Esquié. Le Cherche-Midi, Lot 49, 2010)

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commentaires

christophe 30/01/2010 10:55


La confrérie des mutilés est un livre superbe ! j'ai eu un mal fou à le vendre à la boutique (on se demande pourquoi !) et même, lorsque j'en parlais en bibliothèque lors de cafés polar les gens le
laissaient sur la table...
en tous cas cet opus, plus ancien, est beaucoup plus classique mais brille tout autant par son ambiance. tristement d'actualité avec les affaires de l'église en Irlande. Evenson est un gars très
sympa (un mail sur son site et hop !) dont je vous recommande aussi la lecture


jeanjean 30/01/2010 11:07


C'est peut-être le mélange des genres qui effraie un peu le public, mais c'est bien dommage...
J'avais eu l'occasion de papoter un peu avec lui quand il était à Vincennes pour le festival America, C'est vrai qu'il est sympa le bonhomme.


Clairette De Dimes 29/01/2010 23:36


Je trouve scandaleux que l'on traine ainsi dans la boue l'Eglise de Jesus-Christ des Saints des Derniers Jours comme l'a fait ce renégat de M.Evenson ! Ses ouvrages ne sont que des torchons ! Je ne
vous félicite pas M. Le Tumelin!


jeanjean 30/01/2010 11:04


??! Clairette, comment te dire... Si c'est une blague, elle est bonne, et j'aime bien "ce renégat de M. Evenson", ça fait très réplique de série B !
Sinon... Amen.


keisha 29/01/2010 17:52


Toi aussi a vu le rapport avec le father of lies (au pluriel en anglais, j'ai vérifié)des évangiles.
La narration "de l'intérieur" est un des aspects les plus réussis du bouquin.
pas lu les autres, mais j'ai vu ton billet sur la confrérie des mutilés, euh, petites natures s'abstenir, non? pas étonnant que les mormons l'aient viré!


jeanjean 29/01/2010 22:18


Oui, mais j'ai mis un p'tit moment à trouver la référence ! Comme tu dis, ils devaient l'avoir mauvaise les mormons ! Concernant La confrérie, c'est parfois un peu
gore, mais y a un côté burlesque qui désamorce la violence, et puis c'est quand même moins dégueu que les thrillers sanguinolents-complaisants qu'on trouve partout.


Solène 29/01/2010 16:27


Peut-être d'occasion, je vais voir s'il en reste au bureau. Sinon, avant la confrérie on avait publié "Inversion" qui est aussi un roman, très fort et plus complet que Père des mensonges. Il est
sortit en poche chez 10-18.


jeanjean 29/01/2010 22:08


Merci. Je n'entends que du bien d'Inversion, faudra que je prenne un moment pour le lire. @+


Solène 29/01/2010 15:08


C'est effectivement moins barré que ces autres textes. Mon préféré est son recueil de nouvelles "Contagion" qui est malheureusement épuisé.


jeanjean 29/01/2010 16:17


Pas lu celui-là. Epuisé ? Mince. Mais on doit pouvoir le trouver en occasion, je vais voir ça.


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