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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 00:00

Au dernier étage d'un immeuble de Buenos Aires, une vieille fille de 93 ans est en train de parler, à travers la porte, au garçon de 14 ans enfermé dans sa salle de bains, un jeune délinquant qui ce matin-là a tenté de la voler et s'est fait bêtement piéger. 

Sans vraiment se ranger sous la bannière polar, Plus léger que l'air emprunte au huis-clos et aux ingrédients qui vont avec : un brin de suspense (même si Jeanmaire est avare d'"effets") et une tension grandissante, asphyxiante, au gré des humeurs changeantes de la vénérable aïeule qui, trop heureuse d'avoir de la compagnie, se découvre une vocation de tortionnaire.

Plus-leger-que-l-air.gifLa réclusion va durer quatre jours, durant lesquels elle glisse des gâteaux secs sous la porte pour nourrir le captif, tout en lui confiant (elle y tient absolument) la mort tragique de sa mère et ses rêves de femme dans un monde d'hommes - une histoire dans l'histoire, le point commun entre les deux réside dans le titre, mais inutile d'en dire davantage.
Tout ce temps elle sermonne, gronde, disserte, console, menace, apaise, vocifére - contre les gauchos, les peronistes et les mâles en général.

Quant à l'adolescent reclus, il n'a pas voix au chapitre, c'est un simple récipient dans lequel la vieille pie déverse ses bavardages et ses sermons, un confident malgré lui (et le lecteur aussi, par extension). A aucun moment on ne l'entend, seule la voix de la vieille dame nous parvient, formant sur deux cent et quelques pages un long monologue décousu et geignard qui - et c'est là la grande réussite du roman, quand la forme colle au fond et n'est pas qu'un gadget narratif - illustre en définitive cette profonde et très ancienne solitude qui l'a rendue à moitié folle.
L'enfer c'est toujours l'Autre, aurait dit Sartre (encore un Huis clos...), à la fois geôlier et prisonnier, bourreau et victime, cet Autre qui nous révèle à nous-mêmes.


Federico Jeanmaire est argentin, spécialiste de Cervantès et auteur d'une vingtaine de romans, dont cet étonnant (et plus grave qu'il n'y parait) Plus léger que l'air, son premier traduit en France. Un nom à retenir.


Plus léger que l'air / Federico Jeanmaire (Más liviano que el aire, 2009, trad.de l'espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon. Joëlle Losfeld, 2011)

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commentaires

Hannibal le lecteur 10/07/2012 00:11

Je n'ai pas non plus été emballé mais j'ai trouvé que ce roman était effectivement très original et plutôt réussi. Il mérite d'être découvert...

gridou 09/01/2012 13:47

jamais entendu parler de cet auteur (ni de ce bouquin) mais tu m'as intriguée. J'aime bien l'idée de départ... Je note !

jeanjean 10/01/2012 09:52



Une bonne idée de départ et un texte intéressant, il mérite un détour.



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