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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 00:00

Si le paysage éditorial français fait la part belle aux grandes maisons (concentration urbaine ?), il est aussi très vaste, et en s'éloignant un peu des chemins balisés on trouve de très nombreux "petits", voire micro-éditeurs, comme en Limousin par exemple, où sont nées il y a quelques mois les éditions Ecorce.

Premier titre au catalogue : Retour à la nuit, un roman noir d'Eric Maneval, aussi court (120 pages) que percutant.


retouralanuitAntoine est veilleur de nuit dans un foyer d'enfants à caractère social, près de Limoges. Des cas sociaux, des délinquants multi-récidivistes, des gamins cassés par la vie - ou par leurs parents. "Les plus jeunes ont deux ou trois ans, le plus vieux en a dix-neuf". Les premiers temps ont été difficiles, mais Antoine a appris à les apprivoiser. Certains se sont même attachés à lui, comme Ouria, qui aime parler avec lui, la nuit venue.

Et qui est fascinée par les 
larges cicatrices qui zèbrent son torse et son dos. A l'âge de huit ans, Antoine a sauté dans une rivière en crue, un tronc l'a percuté. Il s'ést réveillé dans un fourgon, un homme penché au-dessus de lui - "Dis-moi, tu voulais te faire du mal ? (...) regarde-moi bien dans les yeux : je t'ai sauvé la vie, Antoine. Mais si tu veux te faire du mal, je peux te faire du mal. Je peux le faire à ta place. Tu comprends ?".

Un soir, devant une émission de télé, il reconnaît le visage de son "sauveur" sur un portrait-robot. C'est une affaire qui remonte à quelques années, un garçon avait été battu à mort. A l'époque, plusieurs personnes ont vu rôder un inconnu autour du lieu du crime, mais il n'a jamais été identifié. Le voisin de la victime, accusé et condamné pour le meurtre, a toujours clamé son innocence. Se pourrait-il que...

Antoine raconte son histoire. Journaliste, avocat, flic. La machine s'emballe. Les cicatrices démangent.


"La chair et la part obscure des personnages primeront sur l'intrigue elle-même"
, lit-on sur le site de l'éditeur (très beau, très sobre, faites-y donc un tour) en guise de vade-mecum, et Retour à la nuit se situe dans cette droite ligne éditoriale.

Un roman épuré, dépouillé même, resserré jusqu'à l'intime pour mieux dire les fêlures de l'âme, les blessures du corps.
D'une écriture précise et dénuée d'artifices, Eric Maneval parvient à faire naître un climat lourd, anxiogène, résonnant d'une violence sourde, où la tension s'accumule inexorablement, jusqu'au dénouement (inattendu). On y est d'autant plus sensible qu'on s'identifie très vite au narrateur.

Entretemps, il évoque avec beaucoup d'à propos (et parfois sans aménité) le travail des éducateurs sociaux, ainsi que les comportements et la psychologie de ces enfants à la dérive.

On observe d'ailleurs un contraste saisissant entre la réalité tangible du foyer, avec ses heurts et ses malheurs, et celle, voilée, brumeuse du récit d'Antoine, aux prises avec ses propres démons.


Alors, oui, Retour à la nuit aurait peut-être mérité quelques développements, une intrigue plus dense et des personnages secondaires plus travaillés.
Mais rien ne dit qu'alors cette petite musique (de nuit) qu'on entend tout du long ne se serait pas évanouie.
Alors un seul conseil : prenez deux heures, et écoutez-là.


Retour à la nuit / Eric Maneval (Ecorce, 2009)

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Published by jeanjean - dans france
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