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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 00:00

Poussés depuis quelques semaines sur le devant de la scène médiatique suite aux surenchères sécuritaires d'un ex-Ministre de l'Intérieur, les Roms n'en finissent plus d'être caricaturés. Pour échapper aux fantasmes et aux idées reçues, on peut par exemple lire ce court roman publié en 2001 aux éditions Coop-Breizh et réédité cette année chez Rivages.

L'auteur, Gianni Pirozzi, né en Bretagne il y a une quarantaine d'années, est travailleur social. "Mon diplôme de travailleur social, c'est un passeport pour explorer les marges", dit-il (cf interview sur Entre-2-Noirs).
En marge, comme la communauté Rom dont il est question ici, à travers une intrigue tendue comme un cordon de police.


RomicideLe corps torturé d'un homme a été découvert dans un terrain marécageux en bordure de Rennes. Il s'appelait Kertesc, c'était un vieux Rom hongrois. L'inspecteur Bertrand Rozenn tient absolument à élucider cette affaire mais se rend bien compte qu'il est difficile d'enquêter parmi les gens du voyage, plus enclins à régler leurs affaires en famille. Pour l'aider, il contraint Augusto Rinetti, le gardien de l'aire d'accueil où "résidait" la victime, à jouer les indics.

Ce dernier, un ex-militant d'extrême gauche et jeune père divorcé à la dérive, est contraint d'accepter : sans toit et sans boulot, impossible de continuer à accueillir, un week-end sur deux, son gamin de 3 ans, la seule chose qui lui donne encore la force de s'accrocher.


Raconté tour à tour par ces deux hommes, le récit nous fait un peu mieux connaître les mentalités et le mode de vie de la communauté Tsigane - loin des fantasmes et des peurs qu'elle inspire. Les veillées musicales autour des braseros, le sentiment de fraternité qui anime ces gens, le désir de sédentarisation de certains, la débrouillardise (qui flirte parfois avec la délinquance), un système clanique où l'on se montre instinctivement méfiant envers les gadjos (effet miroir ?), la loi du silence, et la violence qui surgit parfois, abrupte, pour se venger d'un ennemi ou corriger un enfant.
Aucun angélisme ni compassion de bazar chez Pirozzi.

A travers le personnage de Kertesc et quelques focus historiques, Romicide rappelle aussi à quel point le XXème siècle fût cruel pour les Roms, pourchassés, emprisonnés, exterminés à travers toute l'Europe.

Mais ce n'est tout : Pirozzi campe de solides personnages, tour à tour attachants, émouvants ou méprisables, avec leurs paradoxes, leurs motivations, leurs douloureux souvenirs, leurs cas de conscience.Entre le flic résolu et le père divorcé à la dérive se noue d'ailleurs une étrange relation, entre défiance et reconnaissance mutuelle.


Et le tout en moins de deux cent pages, au style affûté, économe, percutant ; le mot est précis, la phrase bien tournée, sans afféterie mais d'une élégance discrète. A ce titre, le dénouement - cinq derniers chapitres qui concluent en kaléidoscope le devenir des principaux protagonistes - est particulièrement réussi.

Gianni Pirozzi a écrit deux autres romans où l'on retrouve l'un et/ou l'autre des personnages de Rozenn et Rinetti, Hôtel Europa et Le quartier de la Fabrique. On y reviendra.



Romicide / Gianni Pirozzi, préf. de Cesare Battisti (Coop-Breizh, 2001, rééd. Rivages/Noir, 2010, version entièrement révisée par l'auteur)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

Alex 09/09/2010 16:31


Lu et approuvé ! Bon bouquin, utile !
( il a mis du temps à arriver dans ma Pampa ! Je vais me procurer aussi "le quartier de la fabrique")

Je te dirais ce qu'en a pensé ma "seconde mère", à qui je vais faire parvenir un exemplaire.


jeanjean 09/09/2010 18:52



Content qu'il t'ait plu. Si en plus tu le fais lire à d'autres, c'est parfait !



cynic63 25/08/2010 11:19


J'ai aussi aimé, même beaucoup. Et j'ai été enthousiasmé par "le quartier de la fabrique"...Cruellement d'actualité...


jeanjean 25/08/2010 14:34



Le quartier de la fabrique m'attend sagement, avec Hôtel Europa. Une fois passée la rentrée, peut-être...



G. PIROZZI 07/08/2010 15:08


Bonjour, d'abord merci pour votre trés bel article.
J'avais effectivement rencontré la veuve de Pierre Derlon et parcouru ses livres il y a une dizaine d'années avant d'entamer la rédaction de Romicide. Tout se recoupe.


Amicalement
G. PIROZZI


jeanjean 07/08/2010 17:55



Bonjour,
le monde est petit, comme on dit. J'ai eu l'occasion de rencontrer son fils, et j'ai un ami qui le connaît bien. Il m'avait un peu parlé de son père, montré quelques
photos de famille aussi, faites par un certain... Doisneau.
amitiés.



Alex 07/08/2010 12:33


Roggnntutdjuuu !!!

ça va faire plaisir à Claude ça ( maman d'Alexis et veuve de Pierre, donc ) ! Je lui offrirais le bouquin.

C'est vrai que Pierre a fait un sacré boulot d'ethnologie et reste l'une des références du peuple Rom. ( si tu retrouve par hasard ses bouquins ( épuisés ), met la main dessus ! )

Je te dirais ce que j'ai pensé de Romicide bientôt...


jeanjean 07/08/2010 17:52



Je n'y manquerai pas.
Bonne lecture !



Alex 07/08/2010 07:30


Hihihi !

Non c'était histoire de t'embêter. Je vais de ce pas me le commander ce bouquin là ( j'ai trouvé une petiote librairie sympa dans ma pampa ! )


jeanjean 07/08/2010 12:21



Y en a une qui ouvre bientôt près de chez moi, ça manquait. Tu me diras ce que t'as pensé de Romicide. Et à propos, en fin d'ouvrage l'auteur remercie...
Pierre Derlon, pour ses livres sur les gens du voyage (peut-être un bouquin pour Alexis).



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