Mardi 31 mai 2011 2 31 /05 /Mai /2011 00:00

Rouge gueule de bois, premier et singulier roman naviguant entre le polar et la SF à la papa, fait partie de ces Objets Littéraires Non Identifiés (avec soucoupe volante en prime) à la fois déroutants et enthousiasmants, formidables antidotes à la standartisation.


rouge gueule de bois couvArizona, 1965. Tandis que Buzz Aldrin est en orbite et que se profile la fin du monde, Fredric Brown, écrivain rincé et alcoolique notoire, écluse dans un bar de Tucson. Débarque Roger Vadim, réalisateur noceur de Et Dieu créa la femme. Alignant les verres, ils causent crime, mobile et alibi, jusqu'à ce que Brown se mette en tête de réaliser le meurtre parfait en se servant d'un sosie, un dénommé George Weaver*.

Après un détour par le Nouveau-Mexique, les deux compères entament une virée éthylique et loufoque dans une Amérique post-apocalyptique, peuplée de fantômes, d'Hell's Angels anthropophages, d'allumés New Age, et j'en passe. Poursuivis par la Reine noire de Sogo et un faux agent du FBI, il leur faut aussi retrouver la femme de Vadim, la voluptueuse Barbarella.



Ambiance pop et délicieusement kitsch, créatures éthérées et belles carrosseries pour un véritable gueuleton romanesque, festif, fantasque, fantasmagorique.

Tout entier porté par l'étrange beauté de sa langue et les surprenantes images qu'elle fait naître, Rouge gueule de bois est aussi le roman-miroir d'une Amérique des fifties tiraillée entre ses rêves de conquête spatiale et ses angoisses de guerre atomique. 


Ce qui ne gâche rien, le travail des éditions La Volte - format, police de caractères, couverture - est particulièrement soigné, et l'appendice (index, notes de voyages, citations...) apporte une saveur supplémentaire au livre.


Si je ne vous ai pas suffisamment aiguisé l'appétit, vous pouvez toujours lire l'interview de Léo Henry par Christophe Dupuis.
   

clef-abri-atomique-300x200                                                     "Quand les abris atomiques étaient en vogue"



Rouge gueule de bois / Léo Henry (La Volte, 2011)

* George Weaver n'est autre que le personnage principal de La fille de nulle part, un roman de Brown paru en 1951. Les nombreuses allusions et références à l'oeuvre de l'écrivain américain devraient d'ailleurs ravir ses fans.

Par jeanjean - Publié dans : polar aux encoignures
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