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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 00:00

"...ce rêve étrange et pénétrant / D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime / Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même / Ni tout à fait une autre..." (Paul Verlaine)


De retour, et pour commencer la moisson estivale, voilà une Rumba sensuelle, rythmée et délicieusement surannée, publiée aux éditions Anacharsis par un certain Alberto Ongaro, romancier touche-à-tout et scénariste de bandes-dessinées vénitien né en 1925, qui fut longtemps le complice d'Hugo Pratt. 


Rumba"Evidemment, Huston n'était pas son nom. Puisqu'il était dépourvu d'un nom dont il pût tirer vanité, Huston s'était donné son nom tout seul après avoir vu un vieux film de John Huston, Le Faucon maltais, un film des années 40 qui lui avait paru être le plus beau film qu'il eût jamais vu ou qu'il verrait jamais. L'alchimie produite par la photo en noir et blanc, par le jeu entre Humphrey Bogart, Sydney Greenstreet et Peter Lorre et par le sentiment de défaite, de perte inéluctable qu'on tirait de l'intrigue, l'avait à ce point fasciné qu'il en était comme imprégné et que l'on en retrouvait des traces dans ses livres, fréquemment situés dans le milieu des perdants et dans les années quarante."

Enfant illégitime, John B. Huston a grandi dans un pensionnat religieux, "occupant son temps à rêver de tuer les soeurs les unes après les autres". Ce fut justement l'une d'elle, la seule à trouver grâce à ses yeux, qui lui suggérât "de donner corps à ses envies criminelles sans pour autant devenir un assassin". C'est ainsi que Huston trouva sa vocation : écrire des romans policiers.


Lorsqu'un ami d'enfance, récemment sorti de prison, lui demande son aide pour élucider le meurtre de Cayetana Falcon Laferrere, une femme dont il est tombé éperdument amoureux quelques années plus tôt, Huston - y voyant aussi quelque matériau pour un futur roman - va jouer les détectives privés et se coltiner, des bas-fonds de Rio à la haute société brésilienne des années 50, quelques personnages pour le moins équivoques : un milliardaire libidineux aux nerfs fragiles, un tueur à gages s'abritant derrière un costume de lin blanc, un avocat à la réputation douteuse et puis... et puis une pléïade de femmes fatales, suaves et subtilement provocantes.

En plusieurs endroits, une chanson lui revient aux oreilles, comme un choeur ou un refrain, une rumba lancinante et mélancolique qui semble relier entre eux chacun des protagonistes.



Comme dans les grands romans noirs, l'enquête sert de prélude à la quête. Quête de soi, quête amoureuse, quête de sens, quête excitante et vaine d'un faucon maltais (quel qu'il soit) douloureusement inaccessible, ici celle d'une femme inconnue, d'une morte amoureuse, mystérieuse et fascinante, qui éveille chez Huston des émotions inédites, sans que jamais ne le quitte ce "fond de tristesse" (Huston est d'ailleurs plus proche d'un Philip Marlowe que d'un Sam Spade), cette saudade qui imprègne tout le roman.

Ongaro s'empare des clichés et des codes du hard-boiled, s'en amuse et s'en délecte - le lecteur aussi - et livre un vibrant hommage au roman noir de Chandler et d'Hammett, mais son texte n'a pas pour autant l'aspect un peu clinique, artificiel de ce type d'exercice (de style) : cette Rumba brille aussi par une intrigue savamment sinueuse, l'élégance de son style et une pointe d'exotisme.

L'une des belles découvertes de l'année.


Rumba / Alberto Ongaro (Rumba, 2003, trad. de l'italien par Jean-Luc Nardonne et Jacqueline Malherbe-Galy. Anacharsis, 2010)

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Published by jeanjean - dans italie
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