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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 00:00

"L'éternité c'est long... surtout vers la fin." (W. Allen ? F. Kafka ?)

Voici donc le dernier roman de Thierry Jonquet. Roman posthume. Et inachevé, largement même. Tant pis, l'éditeur a choisi de le publier quand même - tant mieux -, et s'en explique en début d'ouvrage.


VampiresNon, Jonquet n'avait pas viré bit-lit, même s'il nous présente effectivement une famille de vampires, ayant posé ses pénates à Belleville - quartier maintes fois visité dans l'oeuvre de l'auteur. Une vieille maison sise dans l'une des innombrables ruelles et arrière-cours autrefois habitées par toutes sortes d'artisans et d'ouvriers. Le clan, sous l'impulsion du patriarche Petre Radescu, vient de prendre une décision majeure et irrévocable.

A quelques dizaines de kilomètres de là, dans un entrepôt désaffecté en grande banlieue, un immigré roumain découvre une scène horrible : un autel improvisé, des cierges, et un homme empalé selon "les règles de l'art". Après une belle frayeur suivie d'une rencontre inopinée avec les CRS venus déloger le camps de clandés, il finit à l'hôpital, complètement désorienté, en répétant Vlas Tepes, Vlas Tepes, Vlad Tepes... C'est là qu'entre en scène un duo particulièrement burlesque : le substitut Valjean et son compère le légiste Pluvinage.  


Page 185, le roman s'arrête brutalement. Cul-de-sac ou intersection, à vous de choisir, à vous d'imaginer ce qu'aurait pu être la suite. C'est frustrant, bien-sûr, parce qu'on ne saura jamais le fin mot de l'histoire, parce qu'on laisse en plan tous ces personnages, parce que la veillé de contes s'interrompt prématurément...


Alors, me direz-vous, à quoi bon lire une moitié de roman ?

Pour la façon habile dont Jonquet revisite le thème du vampirisme et mixe les genres littéraires.
Pour sa causticité et son humour noir - dommage malgré tout qu'il se montre si caricatural vis-à-vis des "jeunes de banlieue", qui le sont parfois suffisamment eux-mêmes.
Pour la précision et l'ampleur de son écriture, sa maîtrise et son sens du récit - insistons sur le fait que ce texte n'a rien d'un brouillon de travail, bien au contraire. 
Pour les thèmes qui le traversent - le vieillissement, la maladie, l'inexorable délabrement du corps, la mort - et leur résonnance si particulière, maintenant que Jonquet nous a faussé compagnie.
Pour sa parabole inachevée : les véritables vampires ne sont pas ceux qu'on croit.


Une moitié de roman, d'accord, mais quelle moitié !, qui en vaut bien des "entiers". Peut-être pas la meilleure entrée en matière pour découvrir cet écrivain, mais ceux qui l'apprécient auront plaisir à retrouver un Thierry Jonquet en pleine forme.


Vampires / Thierry Jonquet (Seuil, 2011)

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Published by jeanjean - dans france
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commentaires

Bruno 04/02/2011 18:38


Frustration au bout en effet mais plaisir immense auparavant, d'autant que ce qui restera donc comme le dernier roman achevé de Jonquet (ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte) était
très décevant.
Ce fantastique (un vampire qui tient un club dans le quartier bastille) ancré dans le quotidien le plus plat et non-romanesque, cette intrigue dont on ne sait encore le chemin qu'elle va prendre,
tout ceci est un grand moment de lecture


jeanjean 04/02/2011 20:10



Salut Bruno ! D'accord avec toi, y compris concernant Ils sont votre épouvante... qui m'avait déçu - personnages un brin caricaturaux et situations
attendues.



Alex 04/02/2011 16:54


Je pense à un en particulier qui, non content de ne pas me régler pour un boulot qui m'avait pris un deux mois et coûter de sacrées migraines avec l'auteur ( 17 illustrations finalisées quand
même... ) avait sorti son plus beau violon tzigane en me larmoyant l'un des plus grands classiques de l'éditeur vampire de mauvaise foi
"le milieu est sinistré"...

C'était tellement beau, de voir ce petit être si fragile me clamer son malaise, le voir repartir dans sa petite Mercedes rentrer dans son humble cahute du 7ème arrondissement, que j'ai pleurer
toutes les larmes de mon âme.

Le lendemain, j'ai tenté d'émouvoir de la même ma banquière pour mon découvert, mais j'ai fait malheureusement choux blanc...

Non, ils ne sont pas tous comme ça bien sûr. Mais ceci n'est malheureusement qu'une anecdocte et je pourrais t'en sortir quantité d'autres : oui les éditeurs sont généralement durs avec leurs
collaborateurs, c'est de notoriété publique.

Les plus cruels le seront beaucoup moins avec les bloggueurs comme toi qui font un boulot formidable ( sans que ça leur coute un kopek ), donc, oui, forcément, ma vision peut te paraître très
caustique.


jeanjean 04/02/2011 18:42



Quel manque de compassion, Alex... Et si tu n'as pas réussi à émouvoir ta banquière, c'est peut-être justement parce que tu n'avais pas de Mercedes ! Non, je
comprends que t'aies les nerfs. Bon, c'était quel modèle sa mercos ? Tu peux toujours lui tirer ses jantes...



Alex 04/02/2011 13:12


Publier les "morts" ? Moi je dis : oui !!!! D'autant plus quand les auteurs nous quittent si vite ou si jeunes...( comme Thierry Jonquet ).

Quant aux éditeurs suceurs de sang, pour en avoir cotoyer des dizaines,il faut bien avouer que la profession est gravement atteinte de vampirisme.

La demande d'avance sur droits d'auteurs par exemple : il faut les voir ces créatures des ténèbres reculer, grimacer d'horreur et blêmir face à cette requête, c'est beaucoup plus efficace qu'un
crucifix vous pouvez me croire !!!


jeanjean 04/02/2011 15:28



ça sent le vécu, hein Alex ?! Bon, ils ne sont pas tous comme ça j'imagine, mais si tu veux on monte une petite "opération persuasion" un de ces quatre ^^



Oncle Paul 04/02/2011 10:51


Publier un texte inachevé ou non ? Personnellement je pense qu'il faut le faire, non pas pour que l'éditeur s'engraisse et encore le fait-il vraiment en éditant un auteur décédé. D'autres romans
inaboutis l'on été avant Vampires. Certains ont même été achevé par d'autres éditeurs, Mystère d'Edwin Drood de Charles Dickens, Balaoo de Gaston Leroux, etc. Et il est bon de lire ton article
après celui de Véronique Maurus paru dans Le Monde des livres du 21 janvier
Amicalement


jeanjean 04/02/2011 13:01



J'ai lu l'article de Véronique Maurus, je comprends son point de vue, mais je trouve au contraire que le récit est suffisamment avancé pour qu'on en profite quand
même. Par contre, sur la question du prix (18€), peut-être que l'éditeur aurait pu faire un effort, c'est vrai. Amitiés.



yossarian 03/02/2011 20:53


Mouais.
Je ne suis pas convaincu par l'intérêt de la chose (publier un bouquin inachevé).
A se demander si ici le vampire n'est pas l'éditeur.


jeanjean 04/02/2011 10:17



Je comprends que tu sois sceptique, et qu'on soupçonne l'éditeur d'opportunisme, mais je n'ai pas l'impression, à lire ses quelques mots au début, et ça m'a
fait plaisir en tout cas de lire ce texte, qui est aussi très abouti. @+



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