Vendredi 7 mars 2008
stark.jpg« Lisez-le ce livre. Il vous donnera envie de faire la pute et de vous embourber de came. » Voici le conseil du toujours modéré et avisé (?!) James Ellroy dans sa préface.
Je n’ai pas encore les narines irritées par la poudre, mais je souscris aux propos d'Ellroy : Edward Bunker est bien un « superbe écrivain ».
 
Stark est le premier roman écrit par Bunker, jamais publié jusqu’à présent car retrouvé seulement en 2005, après la mort de l’auteur survenue la même année.
Edward Bunker considérait-il ce court roman de jeunesse comme une œuvre négligeable ? Peut-être, mais ces lignes augurent bien de celles à venir : on y retrouve le style – direct, âpre, imagé (« Stark se réveilla aussi soudainement qu’un animal sauvage et avec la même immédiate lucidité ») – présent dans Aucune bête aussi féroceLa Bête contre les murs et La Bête au ventre, une trilogie sur l’univers carcéral (Bunker a passé 18 ans de sa vie en détention, expérience qu’il relate notamment dans L’éducation d’un malfrat), dont il n’est pas exagéré de dire qu’elle constitue une œuvre majeure dans le champ de la littérature policière.
 

L’action se déroule en Californie à la fin des années 60, et raconte, à la première personne, les tribulations de Stark, un petit arnaqueur, bonimenteur et accro à l’héro.
Plutôt futé le bonhomme d’ailleurs, même si après s’être bêtement fait pincer pour détention de drogue, il est contraint de jouer les balances auprès de l’inspecteur Crowley, qui ne le lâche pas d’une semelle. C’est Momo qui fournit Stark, et ce que veut Crowley c’est le nom du grossiste. Crowley, Momo, Dummy le porte-flingue… Pris en étau entre les flics et la pègre, Stark va devoir louvoyer, mais il a pour lui son bagout et sa roublardise. Il se pourrait même qu’il tire son épingle du jeu, en plus d’un gros paquet de fric. Pour monter son propre réseau ou pour se mettre au vert, seul ou avec l'énigmatique et sensuelle Dorie…
 
 
Ce court roman est rondement mené, les personnages bien croqués, les ambiances parfaitement restituées. Bunker nous donne à voir, sans compassion particulière ni jugement moral, le petit monde de la rue : petits truands, camés, receleurs, prostituées... bien souvent des personnages égocentriques, peu scrupuleux, avides… Toutes ces âmes brisées, qui le soir venu, au Panama Club, pris de frénésie, s’enivrent et rient aux larmes en tentant d’échapper à la réalité


Stark / Edward Bunker (Rivages-Thriller, 2008)
par jeanjean publié dans : polar américain
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Samedi 9 février 2008
Lansdale m’a été conseillé par son… traducteur. Je l’en remercie encore une fois, surtout après la lecture des Marécages, un vrai petit chef-d’œuvre !
 
Harry Crane est aujourd’hui un vieil homme au seuil de la mort. Il se remémore les événements qui ont marqué son enfance.

« Je suppose que certains avaient de l’argent à l’époque, mais pas nous. C’était la Grande Dépression. Et de toute façon, si on en avait eu, il n’y avait vraiment pas grand-chose à acheter, ces années-là, à part des cochons, des poulets, des légumes et des denrées de base ; et puisqu’on produisait les trois premiers, c’étaient celles-là qui nous intéressaient, et parfois on faisait du troc pour se les procurer ».
 
mar-cages.jpgSi la vie est rude dans ce coin reculé de l’East Texas, Harry, du haut de ses treize ans, est un jeune garçon insouciant, qui partage son temps entre les corvées de la ferme et les jeux, en compagnie de sa jeune sœur Tom.
Par hasard, ils vont découvrir dans la forêt le cadavre d’une femme noire, atrocement mutilée et enroulée dans du fil barbelé. C’est leur père, faisant office de constable (un représentant local de la loi) qui va mener l’enquête, rencontrant les pires difficultés face aux préjugés et à la bêtise de la communauté blanche qui voit en lui un «copain des nègres». Si les meurtres de noires n’émeuvent pas grand-monde, la colère des hommes du Ku Klux Klan va se déchainer lorsqu’on va retrouver le cadavre d’une blanche… Le Klan, à cette époque et dans le sud des Etats-Unis, est encore une puissante organisation ; quelques années plus tôt, en 1925, elle fut à son apogée avec… cinq millions de membres.
Qui assassine ces femmes ? Un « ambulant » ? Un de ceux qui traversent le pays dans des trains de marchandises ? Ou peut-être bien l’Homme-Chèvre, une créature maléfique vivant dans les bois, dont on raconte qu’il vole des animaux et des enfants ?
 

Harry, fasciné par cette affaire, va devoir affronter sa propre peur ainsi que le tueur, dans un final particulièrement angoissant qui n’est pas sans rappeler la Nuit du chasseur.
On pense aussi à Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (Harper Lee) pour l’évocation de l’enfance dans un coin paumé et pauvre du Sud profond, aux photographies de la Grande Dépression prises par Dorothea Lange. A la voix éraillée de Billie Holiday chantant Strange Fruit, dans cette Amérique qui pend et brûle « ses nègres », avant de les photographier pour illustrer des cartes postales…
 
Lansdale réussit le tour de force d’écrire à la fois un roman d’initiation, à travers le personnage d’Harry, confronté à des événements dramatiques qui vont contribuer à faire de lui un homme, et un thriller efficace, dominé par la figure du tueur en série, dont l’auteur joue astucieusement en en faisant une espèce de croquemitaine de conte pour enfants.

L’évocation magistrale d’une époque, marquée par la Grande Dépression, dans cette région inhospitalière du Texas, recouverte de forêts menaçantes, empreinte de superstitions, où dominent les tensions raciales et l’omniprésence du Klan, font des Marécages un magnifique roman.
 
 
Du coup, je me suis précipité sur Du sang dans la sciure, qui vient de paraitre.

sangdanslasciure.jpgMême endroit, même époque. Années 30 dans l’East Texas. Et ça commence très fort : alors qu’un ouragan dévaste sa maison et toutes choses alentour, Sunset, en train de subir une énième dérouillée, abat son mari d’une balle en pleine tête. Pete était le constable et, grâce à l’appui inattendu de sa belle-mère, Sunset va récupérer son insigne.Une bonne femme qui joue au shérif, on ne voit pas ça d’un bon œil à la scierie voisine, où travaillent la plupart des hommes du coin.
Sunset, en butte à l’animosité et au machisme des locaux, est bientôt confrontée à un double meurtre. Accompagnée de deux adjoints, Clyde, un brave type mal dégrossi, et Hillbilly, belle gueule et du charme à revendre, elle tente tant bien que mal de démêler les fils d’une énigme plus compliquée qu’il n’y parait.
Lansdale excelle toujours dans la reconstitution d’une époque, dans la construction d’une intrigue, et nous offre un beau portrait de femme indépendante, libre, dont la force de caractère viendra à bout des obstacles.

Si Du sang dans la sciure ne possède pas la densité, l’intensité ni le charme des Marécages, il n’en demeure pas moins un très bon polar(-western) qui vous laissera un lancinant goût de poussière et de métal dans la bouche avec, au menu, un échantillon (frelaté) d’humanité et une paire de méchants barjots carrément flippants, le tout servi dans une chaleur étouffante !
 
Les marécages / Joe R. Lansdale (Murder Inc., 2002, rééd. Folio policier, 2006)
Du sang dans la sciure (éd. du Rocher, Thriller, 2008)

A noter aussi la réédition d' Un froid d'enfer en janvier chez Folio policier.
par jeanjean publié dans : polar américain
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Vendredi 25 janvier 2008
 La réédition de Faites-nous la bise chez Rivages-noir m’a donné l’occasion de découvrir Daniel Woodrell, dont plusieurs romans ont déjà été traduits en France (le dernier en date, Hiver de glace, est paru l’année dernière) et dont on dit beaucoup de bien.
 
Celui-ci se déroule près de Kansas City, dans les Ozarks, un immense plateau s’étendant sur plusieurs Etats du Sud (Missouri, Kansas, Arkansas, Oklahoma), un coin qu’on a coutume d’appeler l’Amérique profonde, où l'auteur a lui-même grandi.
 woodrell.gif
Après un mariage raté (« Au bout du troisième slow d’affilée que ma femme avait dansé dans les bras du poète résident, j’avais compris qu’il était temps d’aller chercher ma valise dans le garage et d’en essuyer les toiles d’araignée.»), Doyle Redmond - le narrateur - rentre « au pays » retrouver les quelques membres de sa famille encore en liberté.
Car les Redmond, illustre famille locale aujourd’hui "déchue", sont réputés pour leurs manquements réguliers à la loi, comme le grand-père Panda qui a autrefois descendu un type en pleine rue, un manque de contrôle passager qui l’a contraint à vendre la quasi-totalité des terres familiales pour "racheter" sa peine.
 
Si Doyle a tenté d’échapper à l’atavisme familial en se fourvoyant quelque temps dans les cercles universitaires et intellectuels californiens, il est maintenant bien décidé à assumer son accent nasillard de redneck et l’inclination naturelle de ses ancêtres à défier la loi. Aussi, quand ses parents le chargent de raisonner son frère Smoke, recherché par la police, afin qu’il se rende, Doyle n’y met pas beaucoup de persuasion et, mieux, il s’embarque avec lui dans la culture (intensive) de cannabis, qui devrait permettre à Smoke de régler ses ennuis judiciaires moyennant finances et à Doyle d’écrire LE roman qui le sortira de l’anonymat littéraire dans lequel il végète.
Avec son frère vivent Big Annie (en référence non à son embonpoint mais à sa généreuse poitrine) et sa fille Niagra, généralement peu vêtue, férue d’ésotérisme et qui rêve de conquérir Hollywood. Entre interrogations existentielles, "atelier jardinage" et équipées champêtres, les quatre compagnons bohèmes vont devoir faire face aux «Dolly», une famille voisine constituée d’abrutis à-demi dégénérés aussi stupides que dangereux...
 
Woodrell nous offre là un polar truculent, teinté d’un humour féroce et pince-sans-rire. La tendresse qu'il porte à ses personnages, de joyeux drilles un brin déjantés, l'humanité qu'il leur confère, les rendent particulièrement attachants. Une belle réussite.
 
 
Faites-nous la bise / Daniel Woodrell (Rivages-noir, 2007)
par jeanjean publié dans : polar américain
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Vendredi 18 janvier 2008
undefinedC’est en lisant Badlands que j’ai vu mentionné pour la première fois le nom d’Higgins. Si John Williams, dans son périple américain, fait un détour par Boston pour rencontrer et discuter avec le dénommé George Vincent Higgins, après s’être entretenu avec des « géants » comme James Lee Burke, Tony Hillerman ou James Ellroy, c’est notamment parce qu’il tient Les copains d’Eddie Coyle en haute estime, le premier roman  d’Higgins (après 14 romans refusés tout de même) paru aux Etats-Unis en 1972 et adapté l’année suivante, avec dans les rôles principaux Robert Mitchum et Peter Yates (pas vu, et vous ?).

Un peu intrigué, je me lance donc dans la lecture des Copains…. Et le ton est donné dès la première phrase : « Jackie Brown, vingt-six ans, le visage impassible, affirma qu’il pourrait fournir des revolvers. »  Le reste du roman est à l’avenant. 


Eddie Coyle, entre petites combines et reventes d’armes, rend quelques services et se débrouille tant bien que mal. 
Eddie Coyle s’est fait pincer au volant d’un camion de marchandises volées et il va bientôt passer en jugement. Alors pour mettre toutes les chances de son côté, il fricote un peu avec le flic du coin, lui refile quelques tuyaux, et c’est qu’il en connait du monde, peut-être même qu’il a sa petite idée sur ces braqueurs de banque qui font tant parler d'eux…
Car Eddie Coyle est très entouré, une vraie galerie de truands, des trafiquants d’armes aux seconds couteaux de la pègre, des besogneux du crime… Mais certains de ces « copains » ne mélangent pas l'amitié et le business.
Eddie Coyle a déjà été "puni" une fois, ça lui a coûté quelques doigts brisés et de mauvais souvenirs, il n’a pas envie que ça se reproduise…
Mais Eddie Coyle n’a pas de veine…
 
Au-delà de l’intrigue, la force et l’originalité du roman résident dans les dialogues, omniprésents, aux fils desquels se mettent en place les personnages, leurs relations et le cours du récit.
Percutants, truffés d’argot, ces échanges restituent avec virtuosité le langage de la rue et des truands, dont les conversations souvent codées sont émaillés d’ellipses, d’images et de non-dits.
 

Après Les copains d’Eddie Coyle, George Higgins a écrit une trentaine de polars (dont 4 sont traduits en France, et toujours disponibles dans la collection Rivages/noir), consacrés « aux individus généralement considérés par le grand public comme appartenant aux catégories les plus malhonnêtes du corps social : les criminels bien-sûr, mais également les avocats, les politiciens et les journalistes. Des gens qu’il connaît bien, puisqu’il a été successivement journaliste et avocat, et de ce fait quotidiennement en contact avec des criminels et des politiciens, voire même avec les deux réunis en une seule personne. » (in Badlands).

George Higgins est mort en 1999, à l’âge de 60 ans.


Les copains d'Eddie Coyle / George Higgins (Rivages-noir, 1991)
par jeanjean publié dans : polar américain
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Mercredi 9 janvier 2008
undefined1976. Wilton Cooper, un truand noir débarquant de Miami, est en train de regarder L’Exécuteur noir, un film culte de la Blaxploitation, quand il entend plusieurs coups de feu dans la baraque du projectionniste, parfaitement synchronisés avec ceux de la scène finale. Bobby Roy Clagget,  un jeune blanc complètement cinglé qui se prend pour un noir et sapé comme un sapin de noël, vient de descendre son patron, qui « n’arrêtait pas de lui sourire » (!). Le môme plait bien à Wilton et voilà la fine équipe partie pour Washington où ils vont causer pas mal d'ennuis...

Lors d’une « réunion d’affaires » avec des truands locaux, débarquent un peu par hasard Marcus Clay, un noir, vétéran du Vietnam, et son ami blanc Dimitri Karras, un petit dealer. L’ambiance ne tarde pas à dégénèrer et Marcus, après avoir un peu astiqué Clagget, a le (mauvais) réflexe d'embarquer un paquet de fric qui ne lui appartient pas. 
Wilton Cooper veut récupérer son fric et se lance à la poursuite de Marcus. Les innocents vont trinquer...

Beaucoup d’action dans ce polar rythmé, sur fond de soul music, de funk, de fusillades et dans les volutes de marijuana. 
S'il repose essentiellement sur la confrontation entre les paires antagonistes Cooper-Clagget et Clay-Karras, ce roman a bien d'autres qualités, parmi lesquelles l'omniprésence de la musique (Pelecanos a l'habitude d'émailler ses récits de références musicales), une galerie de personnages secondaires particulièrement bien croqués et le style, concis, détaillé de Pelecanos, toujours au service d'une veine réaliste qui fait office d'étude sociale.

James Ellroy et Los Angeles, Gonzalez Ledesma et Barcelone ou Andrea Pinketts et Milan… Certains écrivains dépeignent presque exclusivement leur ville. C’est aussi le cas pour Georges Pelecanos, dont l’œuvre est toute entière consacrée à sa ville natale, Washington, dont elle est une véritable radiographie (principalement de la communauté noire et des tensions raciales), des années 20 (Un nommé Peter Karras) jusqu’à nos jours (Drama city). 

King Suckerman
se poursuit avec Suave comme l’éternité et Funky guns, dans lesquels on retrouve Marcus Clay et Dimitri Karras. Un triptyque autour de la capitale américaine, du milieu des années 70 jusqu’aux années 90.

King Suckerman / George Pelecanos (Soul Fiction, 1999, rééd. Points Seuil, 2001)
par jeanjean publié dans : polar américain
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Dimanche 6 janvier 2008
Le Vautour a été écrit à la fin des années 60 par un jeune homme de 19 ans, chose incroyable au vu de la maîtrise dont fait preuve l’auteur tout au long d’un récit admirablement construit. Publié en 1970 chez un petit éditeur, il fut aussitôt oublié, avant que le bouche à oreille et la formidable carrière musicale de Gill Scott-Héron ne l’extirpent de l’oubli.
En France, c’est Samuel Blumenfeld, directeur de la fameuse collection Soul Fiction chez L’Olivier, qui le publie en 1998. Le Vautour est ensuite réédité en poche, d’abord dans la Petite bibliothèque de l’Olivier puis cet automne dans la collection Roman noir chez Points Seuil. 

Levautour1.jpgHarlem, 12 juillet 1969. John Lee, un petit dealer noir de 18 ans, est retrouvé assassiné. Comment a-t-il vécu et qui l’a tué ?
Pour élucider les circonstances de sa mort, l'auteur donne la parole à quatre hommes.  Tous ont bien connu la victime et racontent tour à tour ce qu'ils ont  vu et fait dans les mois précédant la mort de John : il y a Spade, le "patron" du quartier, Junior Jones, un chef de bande qui rêve de devenir le nouveau boss de la rue et d’accéder ainsi à la respectabilité, Tommy Hall, un militant du mouvement Bambu qui "rééduque" ses frères noirs en leur inculquant l’histoire de leur peuple, et enfin le dénommé Q.I., l’intello du quartier, qui ne parle qu'en "citations"...

Leurs récits vont peu à peu démêler le fil de l'intrigue et révéler l'identité de l'assassin, en même temps qu'ils évoquent la vie du quartier et de ses habitants, complètement déshérités et livrés à eux-mêmes, frappés de plein fouet par le fléau alors grandissant de la drogue. Quelques intermèdes ponctuent les quatre récits, où l’on suit le sinueux déroulement de l’enquête policière.undefined


Le Vautour
est un magnifique et terrible portrait de la rue new-yorkaise et des quartiers noirs à la fin des années 60. Un témoignage lucide, remarquablement écrit et d'une valeur presque sociologique.



Gill Scott-Héron a aussi publié quelques recueils de poésies mais est surtout connu comme musicien. Avec une vingtaine d'albums à son actif, mâtinés de soul, de rap, de funk, il est aujourd'hui une figure majeure de la scène musicale américaine. 
Pour vous donner un avant-goût...




Vous pouvez aussi aller voir le 
site (en français) qui lui est consacré.

Le vautour / Gill Scott-Héron (Soul Fiction, 1998, rééd. Points roman noir, 2007)
par jeanjean publié dans : polar américain
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Lundi 17 décembre 2007
Je n’avais jamais ouvert un polar de Donald Goines avant Justice blanche, misère noire et le moins que je puisse dire, c’est que j’ai pris une vraie claque !
 
Goines.jpgChester Hines (!) est noir et a un casier. Suite à un banal contrôle de police, il est arrêté pour port d’arme prohibé et envoyé directement en cellule de dépôt, en attendant son procès. Là, il se lie d’amitié avec Willy (ou Kenyatta, personnage qu’on retrouvera dans d’autres romans) et Tony, un jeune blanc pas impressionnable pour deux sous.
C’est leur vie quotidienne dans cet enfer que nous suivons au fil du récit, sous la plume incisive de Goines. 

Dans un style direct, cru et sans fioritures, Goines décrit la surpopulation carcérale, la violence omniprésente (et le plus souvent dirigée contre les « blanchots »), les viols, les conditions d’hygiène déplorables, le manque d’intimité, les vols, l'ennui de ces longues journées seulement rythmées par les repas ou la livraison des clopes et des confiseries… 
Il nous donne à voir un univers - une arène - très codifié, basé sur les principes de l'affrontement et de l'honneur, où règne un climat sans cesse menaçant, où une parole mal placée peut s'avérer funeste, où il faut savoir s'imposer pour sauvegarder sa nourriture, son argent, sa couchette... Car le faible finit vite micheton ou quémande les miettes... On se jauge, se défie, s'intimide, se tabasse... Sous l'oeil trop peu vigilant des matons.


Une peinture au couteau, où l'auteur brosse à grands traits un réquisitoire violent contre le système judiciaire et pénitentiaire américain, l’instrument ultime de la discrimination sociale et raciale – cela va souvent de pair, en particulier aux Etats-Unis dans les années 60-70.
 

 Chester Himes fut le modèle littéraire de Goines. Si Justice Blanche, misère noire ne possède pas l’ampleur ni les qualités littéraires du Hier te fera pleurer (autrement édité sous le titre Qu’on lui jette la première pierre) traitant du même sujet, il y gagne peut-être en percussion et en force.
  DonaldGoines.jpg
À l’instar de Chester Himes, Edward Bunker ou Iceberg Slim, Donald Goines a bien connu la prison, où il découvrit la littérature et commença à écrire.
Né en 1936, il a grandi dans le ghetto de Détroit. Sa dépendance à la drogue le pousse vers la délinquance et il est condamné dès l’âge de 18 ans pour attaque à main armée ; à sa sortie, il se « reconvertit » comme proxénète... Il est abattu avec sa femme en 1974.

Avec une quinzaine de romans, où sont évoqués le crime, la prison, la prostitution, le racisme, Donald Goines a
dressé un véritable inventaire de la vie dans le ghetto durant les années 1960-70.

Les prisons américaines sont occupées à 44% par des noirs quand cette population représente 12% de la population américaine (Statistical abstract of the United States, 2000).
Plus généralement, la population carcérale a augmenté de 300% entre 1981 et 2001. Aujourd'hui (
chiffres 2006), le taux d'incarcération américain est le plus fort au monde, avec 645 détenus pour 100.000 habitants (environ 100 pour 100.000 en France). Ainsi, les Etats-Unis, qui représentent 5% de la population mondiale, concentrent 25% des prisonniers de la planète...


Justice blanche, misère noire / Donald Goines (Gallimard, Série noire, 2001)
par jeanjean publié dans : polar américain
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Vendredi 7 décembre 2007

LoidelaCit--.jpgParu pour la première fois en France en 1985, La Loi de la cité était épuisé depuis belle lurette, malgré deux rééditions. Une bonne chose donc que la parution de ce très bon cru d'Elmore Léonard dans la (toujours excellente) collection Rivages-Noir.

Un petit mot sur l'auteur, pour ceux qui ne connaitraient pas ce formidable conteur : Elmore Léonard est né en 1927 à La Nouvelle-Orléans et a commencé sa carrière en écrivant des westerns et comme scénariste. En 1966, la Fox lui achète les droits de Hombre, ce qui lui permet de se consacrer exclusivement à l'écriture ; le marché du western se rétrécissant, Léonard s'oriente alors vers le polar.

Plusieurs de ses romans ont été portés à l'écran, parmi lesquels Valdez est arrivé, 3h10 pour Yuma, Punch Créole (qui donnera Jackie Brown) ou encore Loin des yeux, adapté par Steven Soderbergh sous le titre Hors d'atteinte

The Motor city :

La Loi de la cité, comme beaucoup de ses romans, a pour cadre la ville de Détroit, où il vit aujourd'hui. 
Détroit a connu un boom économique durant la première moitié du XXème siècle grâce au commerce portuaire et à l'industrie automobile (Général Motors, Ford, Chrysler) avant d'amorcer son déclin économique et démographique, pour être aujourd'hui l'une des villes les plus pauvres des Etats-Unis, un quart des habitants vivant sous le seuil de pauvreté, un taux 2 fois plus élevé que la moyenne nationale ; sa population est très majoritairement composée de Noirs, arrivés en ville dès les années 20 pour travailler dans l'industrie. Les tensions raciales n'ont pas tardé à émerger, et Détroit possède le triste privilège d'avoir connu, en 1967, les émeutes les plus sanglantes de l'histoire des Etats-Unis, avec plusieurs dizaines de morts et milliers de blessés. 
Détroit a aussi une grande tradition musicale : berceau des mouvements punk et techno, elle abrite aussi le fameux label Motown, consacré à la Soul music, et a vu débuter Diana Ross, Marvin Gaye ou encore Stevie Wonder.
Autant de caractéristiques que l'on retrouve dans l'oeuvre de Léonard et notamment dans La Loi de la cité, où l'auteur évoque les friches industrielles,  les questions raciales, sur fond de Donna Summer...


"L'un de nous est de trop dans cette ville, cow-boy..."
, voilà qui pourrait résumer ce roman mené tambour battant et centré sur les deux personnages du flic persévérant et du truand à tendance psychopathe. Et  l'on se doute que le récit va se terminer par un règlement de compte à l'ancienne plutôt que dans une salle de tribunal.
Clément dit "le Sauvage" est une véritable brute, qui vit d'escroqueries et n'hésite pas à tuer, activité qui semble même lui procurer un certain plaisir. Au cours d'une altercation banale, il tue un homme qui s'avère être le Juge Guy, personnage douteux dont la mort n'émeut personne mais dont la fonction oblige à un certain zèle de la part des policiers dans l'élucidation du crime... Ce qui ne tarde pas, puisque le coupable est arrêté quelques heures plus tard, mais relaché par manque de preuves et notamment par l'absence d'arme à feu. Clément n'est pas inconnu des services de police, il a été impliqué dans un triple homicide quelques années plus tôt mais a obtenu un non-lieu en profitant d'une erreur de procédure. Ce qui a le don de frustrer encore plus le lieutenant Cruz, qui se met à envisager des mesures radicales pour stopper Clément. 

Le roman fait la part belle à l'affrontement entre les deux hommes et au personnage du lieutenant Cruz, un dur-à-cuire de la vieille école qui, par son obstination à vouloir punir le crime et son "jusqu'au-boutisme", n'est pas sans rappeler le personnage de Lloyd Hopkins crée par Ellroy (voir la Trilogie Lloyd Hopkins chez Rivages) - en moins impulsif cependant.


Léonard transpose dans la grande ville contemporaine les éléments du western, du shériff et du hors-la-loi, dans un polar particulièrement efficace, entre roman noir et police procedural, avec un art du dialogue consommé, une force d'évocation impressionnante et une écriture très "cinématographique" ; et l'on comprend pourquoi Hollywood se rue sur ses romans, comme tous les amateurs de bon polars...


La loi de la cité / Elmore Léonard (Rivages-noir, 2007)
par jeanjean publié dans : polar américain
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Dimanche 28 octobre 2007

Cet éditeur indépendant né en 2005 se consacre au Nature writing, un courant littéraire à lui seul aux Etats-Unis, né avec un des piliers de la littérature américaine, Walden de Thoreau. Voici la présentation qu'en fait l'éditeur sur son (beau) site: "Cette littérature du Grand Dehors, au parfum d'aventure et au goût de voyage, s'exprime sous les formes les plus diverses (romans, récits, nouvelles, policiers) et fait partie intégrante de la culture populaire américaine. On aurait tort de la réduire à sa seule dimension «écologiste» ou «naturaliste» : Moby Dick n'est-il qu'un traité sur la pêche à la baleine?"
Voilà qui devrait vous plaire si vous appréciez les romans de Jim Harrison, Barbara Kingsolver ou Rick Bass... ou si vous voulez simplement un peu de dépaysement, à travers les "grands espaces" nord-américains de l'Alaska, du Montana ou des Rocheuses...

Ont été publiés dans leur Collection
Noire deux romans  d'Edward Abbey (un troisième doit paraître en janvier 2008), auteur iconoclaste des années 70 et écolo avant l'heure, la Rivière de sang de Jim Tenuto, Dérive sanglante de William J. Tapply et enfin La Sanction, que j'évoquerai plus loin. 
La Rivière de sang se déroule dans les paysages somptueux du Montana. Souvenez-vous des images du film Et au milieu coule une rivière... quoique là ce serait plutôt Et au milieu flotte unRivi--redesang.jpg cadavre : la vie s'écoule paisiblement pour Dahlgren Wallace, ex-footballeur professionnel et désormais guide de pêche, employé par son ami Fred Lather, gros propriétaire terrien en proie aux jalousies et convoitises locales. Lorsqu'un invité est retrouvé mort au bord de la rivière, Dahlgren est immédiatement soupçonné (coucher avec la femme du défunt, aussi... !). Pressentant derrière ce meurtre de plus lourds enjeux, il s'improvise enquêteur afin de prouver son innocence et de démasquer les coupables, ce qui laisse du choix parmi les brutes et les dingues qu'on croise au fil du récit : ranchers patibulaires, milices néo-nazies, éco-terroristes... L'intrigue est rondement menée, et l'auteur, entre deux scènes de bagarres, nous laisse souffler au gré des descriptions de Big Sky, le pays du Grand Ciel, ainsi qu'on surnomme le Montana...

Le dernier paru,
La Sanction (paru pour la première fois en france en 1975, il était épuisé depuis longtemps), ne déroge pas au principe de l'éditeur et répond à l'équation : polar + grands espaces. Si une grande partie du récit se déroule à Long island et en Arizona et ne s'attarde pas sur la majesté des paysages, la seconde moitié a pour cadre les majestueuses Alpes suisses.
Trevanian.jpgJonathan Hemlock est un homme multiple : alpiniste de renommée internationale, professeur d'art... Féru d'art et de femmes, toujours à court d'argent pour assouvir sa passion de collectionneur, il fait des "extras" comme tueur à gages (!) pour le compte du CII, une agence gouvernementale  (oui, on pense à la même chose), département (secret) Recherche et Sanction. Après l'assassinat d'un membre de l'agence, il se voit confier une nouvelle mission : sa cible fait partie d'une expédition qui va gravir l'Eiger, montagne réputée extrêmement dangereuse. Hemlock rejoint le groupe, composé de trois hommes, mais ignore l'identité de l'homme qu'il doit "sanctionner". 
Le personnage principal vaut à lui seul le détour : plutôt sympathique, sociopathe, dépourvu de la moindre conscience morale mais intransigeant quand il s'agit de loyauté et d'amitié ; l'auteur nous sert là un personnage hors normes, dont les paradoxes et la personnalité lui donnent une grande épaisseur. L'auteur, justement :
Trevanian est le pseudonyme de Rodney Whitaker, un vrai personnage de roman lui aussi, autour duquel le mystère ne s'est pas complètement dissipé :  la quatrième de couv. indique même "probablement mort en 2005"... Sous ce même pseudo, il a écrit plusieurs polars (tous épuisés en France) dont L'Expert, qui raconte la suite des aventures de Jonathan Hemlock (non traduit en français) et Shibumi, considéré comme son roman le plus abouti et qui doit re-paraître courant 2009. A suivre...

La Sanction est un roman dense, bien écrit, où à petites touches discrètes l'auteur dessine un paysage des comportements et des sentiments humains. C'est ce talent qui donne au roman ce supplément d'âme qui en rend la lecture vraiment plaisante.

A noter que ce roman a été adapté à l'écran en 1975 sous la houlette de Clint Eastwood, qui joue aussi le rôle de Hemlock. Je ne l'ai pas vu mais la plupart des critiques que j'ai consultées sur différents sites sont plutôt sévères... A voir par curiosité.

au second plan, la face nord de l'Eiger, qui a coûté la vie à de nombreux alpinistes
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Après cinq parutions se dessine une vraie cohérence éditoriale autour d'écrivains talentueux, de textes magnifiques, d'intrigues bien ficelées, (et aussi de maquettes réussies agrémentées de belles photos N&B sur les 2ème & 3ème de couverture) : on peut y aller les yeux fermés...

 

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La sanction / Trevanian (Gallmeister, Noire, rééd. 2007)
par jeanjean publié dans : polar américain
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Dimanche 28 octobre 2007

J'ai Lu a eu la bonne idée de rééditer un fameux polar américain des années 50 dans sa nouvelle collection Hard case crime, dont le principe, comme indiqué sur les 4èmes de couverture, est de sélectionner "le meilleur du roman noir des années 50 à nos jours" et de nous présenter, "dans des éditions abordables et inédites, la crème des auteurs hard-boiled d'hier et de demain" (quid d'aujourd'hui ?!). Vaste programme... Parmi les six ouvrages déjà parus, on trouve D. Stansberry (qui publie habituellement à la Série noire), Ed Mc Bain ou Max Allan Collins (qui après avoir écrit quelques bons polars comme La course au sac, s'est englué depuis dans des bouquins inspirés de la série Les experts...). Ma foi, je trouve les maquettes plutôt sympas : colorées, illustrées, avec une typo originale qui donne une identité visuelle forte à la collection. A noter aussi qu'un effort est fait sur la présentation de l'auteur, sa vie, son oeuvre... Bon, reste qu'il s'agit d'une nouvelle collection et que si les quotas de vente ne sont pas atteints rapidement... Wait & see...

13 French Street (dont la dernière édition en France date de 1985...) est présenté comme un jalon majeur du polar, maintes fois imité, jamais... bon vous connaissez la formule. S'il est vrai 9782290002353-0-2007121177-copie-2.jpgqu'il a servi de canevas à de nombreux auteurs dans les années 50, il ne s'agit pas non plus d'un monument littéraire à l'instar des faucons maltais et autres grands sommeils... Malgré tout, cela n'enlève rien à ce roman, court, efficace, au suspense savamment distillé (on pense souvent à Hitchkock), même si on se doute que cette sombre histoire va très mal se terminer.

Alex, dont l'honneteté et la droiture sont proverbiales, va passer une semaine chez son vieil ami Verne, compagnon d'armes qu'il n'a pas revu depuis longtemps. Dès son arrivée, il sent que quelque chose cloche : son ami, autrefois vigoureux et plein d'entrain, n'est plus que l'ombre de lui-même et Petra, sa femme, se montre particulièrement charmante, attentionnée, séductrice... Alors que Verne est contraint de s'absenter, Alex tombe sous le charme vénéneux de Petra, belle à se damner, qui l'entraine dans une passion dévorante et fait de lui le complice d'un meurtre. Alex, rongé par le désir et la culpabilité, sombre peu à peu dans le délire. Quand il tente en vain de s'extirper des griffes de la "créature", on se doute qu'il est déjà trop tard.

Gil Brewer (1922-1983) a écrit plusieurs dizaines de romans, du polar au roman d'aventures, mais n'a connu le succès (d'estime et financier) qu'avec la parution en 1951 de 13 French Street, vendu à plus d'un million d'exemplaires dans le monde. Inspiré par des auteurs comme James Cain et Hemingway, on retrouve chez lui cette écriture elliptique, sèche et sans fioritures ; il pêche un peu quand il s'agit d'explorer la psychologie et les sentiments des personnages, mais l'ensemble tient la route et le lecteur ressent bien le rouleau compresseur qui fonce sur le pauvre Alex.

Un dernier mot : amies féministes, ce livre n'est pas pour vous, à moins que vous n'y trouviez des arguments en votre faveur : Petra est l'archétype de la femme fatale, concupiscente, lascive et vorace ; et vous n'aurez pas tort, Gil Brewer mérite peut-être la coupe de la misogynie (l'un de ses romans s'intitule Satan est une femme...!) avec un personnage si caricatural. Quant aux hommes, la légende dit que chacun d'entre nous a rencontré au moins une fois dans sa vie sa Petra (à des degrés divers, heureusement !)... ou s'apprête à le faire... Incorrigibles...

 

 

par jeanjean publié dans : polar américain
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