Jeudi 15 mai 2008
Le titre à lui seul est une promesse : La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua dans la vie quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive !

Michel Boujut (critique de cinéma et auteurs de nombreux ouvrages sur le sujet) a déjà commis un "polarjazz" avec Souffler n'est pas jouer, où il lance deux malfrats sur les traces de Louis Armstrong.

Il récidive, cette fois en s'intéressant à Marie-Thérèse "Désormeaux" (l'auteur a modifié le nom), dite Maïté, héroïne trouble d'une affaire sordide, un fait-divers qui à la fin des années 50 a fait les choux-gras des journaux : Jean Lannelongue, patron de la Tournerie des drogueurs, la fameuse boite de jazz de Toulouse, est assassiné par un inconnu. L'enquête ne tarde pas à désigner Antoine Braganti, un bandit corse déjà recherché par la police. Accompagné de deux acolytes et de Maïté, sa maitresse, il s'enfuit. La cavale est de courte durée : quelques jours après leur fuite, Braganti est descendu par son propre complice. Le reste de la bande ne tarde pas à être arrêté.
Le procès qui suit fait grand bruit, et tous les yeux sont braqués sur la Maïté, effacée, timide, de bonne éducation (sic), qu'on s'étonne de voir sur le banc des accusés. Comment cette jeune femme, accablée et d'apparence si fragile, a-t-elle pu se laisser entrainer dans cette histoire ?

C'est une vieille photographie, où l'on voit Marie-Thérèse en compagnie du bluesman Big Bill Broonzy, retrouvée entre les pages d'un David Goodis, qui a poussé Michel Boujut à remuer les cendres. Une photo parue dans Sud-Ouest, et portant cette légende : Coïncidence ? Marie-Thérèse [Désormeaux] bifurqua dans la vie à partir du moment où sa passion pour le jazz etc...
Boujut enquête. Rencontre journalistes, avocats, chroniqueurs judiciaires et témoins divers, toute personne susceptible de lui en apprendre un peu plus sur la personnalité de Maïté. Consulte les archives, fouille, conjecture, reconstitue peu à peu les zones d'ombre.
Par l'intermédiaire de la fiction, il redessine patiemment les contours d'une silhouette fugitive, donne une réalité à cette image qu'il s'est forgée.
Une réalité qui, au bout de l'enquête, rejoint et dépasse la fiction...

Atmosphère, atmosphère...
Mais au-delà du personnage, me direz-vous, quel intérêt à exhumer une vieille histoire comme celle-là et semblable à tant d'autres ?
Parce qu'à travers la figure de "son héroïne", c'est toute une époque que Michel Boujut revisite et ranime : les caves enfumées où rebondissent des notes de swing, les grandes heures du Hot Club de France, l'avènement du bebop... Le tout sur fond de Guerre d'Algérie.
Une chronique émouvante et vaguement nostalgique d'un monde disparu.


Conseil(s) d'accompagnement
: le saxophone de Guy Lafitte, un habitué de la Tournerie des drogueurs.


La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive / Michel Boujut (Rivages/noir, 2008)
par jeanjean publié dans : polar français communauté : POLARDISES
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Mardi 13 mai 2008

La Foire du livre de Francfort, Bologne... ? Où l'on s'apprête à négocier des droits de traduction pour ces deux auteurs, docteurs es nioupolar ?
Non. Je parle de la foire de... Gramat, "charmante bourgade située dans le Lot, à quelques encablures de la Dordogne" (à dire à voix haute avec un accent JeanPierrePernaudois)...

Ce jour-là était donc "jour de foire". On se balade, on musarde, se faufilant habilement parmi les étals où s'entassent chapeaux, tissus, surplus militaires (les vêtements, pas les Famas !), chaussures et... livres. Je jette un coup d'oeil distrait : la marchande avait disposé quelques dizaines de caisses où s'alignaient, plus ou moins classés par genres, quelques centaines de livres, d'un almanach des Postes au dernier Alexandre Jardin (sûrement déposé là par un critique littéraire en vacances, désireux de ne pas s'encombrer inutilement d'un exemplaire de presse...).

Je repère rapidement le cageot où est inscrit, à l'aide d'un gros feutre noir, "POLICIERS". Accroupi devant l'éventaire, inventaire rapide du dos des bouquins : beaucoup de Masque, des SAS, quelques Carré noir dont A.D.G. et son Je suis un roman noir. Carré noir n° 468, quatrième de couv. avec la pub Gitanes et exemplaire dédicacé SVP, comme suit : "Je suis un roman noir et Jean-François est-il mon prophète (pro-fête) ? Amicalement - ADG". (ouf ! ça aurait pu être Jean-Marie...) Bonne pioche, alors je continue à creuser.
Et là, belote et re-belote ! Puisque le suivant dans la pile n'est autre que
Le petit bleu de la côte ouest, du bon copain Manchette ! A.D.G. - Manchette : ces deux-là, malgré des positions politiques diamétralement abyssalement opposées (Manchette tendance gauche anar, A.D.G. à l'extrême-droite, et l'on peut même dire "anar de droite"), ne rechignaient pas à discuter polar et peut-être bien politique... (Manchette en parle-t-il dans son Journal, nouvellement paru chez Gallimard ? à voir)

Bref, j'ai particulièrement goûté cette chouette coïncidence : A.D.G. et Manchette réunis par une bouquiniste (avertie ?) sur le foirail d'une petite ville de province. Manquait plus que
Fajardie...
Sans compter que les (anti)héros de ces romans pratiquent tous deux "l'art de la fugue", fuite éthylique chez A.D.G., fuite en avant pour Manchette.


Un Manchette bien serré SVP !
 

Sitôt rentré, je replonge dans Le petit bleu, lu il y a quelques années déjà, mais le plaisir demeure. L'aventure de l'anti-aventurier Georges Gerfaut, cadre parisien marié et père de famille poursuivi par des tueurs pour avoir secouru un automobiliste accidenté (!), n'a pas pris une ride, eu égard au talent stylistique de l'auteur, épuré, concis, et ramassé comme un beau diable prêt à sortir de sa boite.
Je retiendrai cette phrase magnifique : "La raison pour laquelle Georges file ainsi sur le périphérique avec des réflexes diminués et en écoutant cette musique-là [du jazz West coast]
, il faut le chercher surtout dans la place de Georges dans les rapports de production".


Garçon, une formule A.D.G. !

Tout d'abord, je dois dire que j'étais plutôt réticent à lire un militant d'extrême-droite et collaborateur de Minute - fût-il mort, enterré et précédé d'une réputation de styliste hors-pair. Littérature et politique sont deux choses différentes, me direz-vous, et Céline a bien écrit Le Voyage, peut-être le plus grand roman français du XXème siècle. Ok. Que les salauds écrivent des chefs-d'oeuvre, ça ne me dérange pas, mais on ne parvient jamais à dissocier complètement un livre de la personnalité de son auteur, non ? Bref...

Toujours est-il que je me suis régalé (sans aucun scrupule, je précise) du début à la fin, totalement séduit par le brio de l'auteur.
Humour corrosif, finesse d'esprit, A.D.G. (pseudo d'Alain Fournier) possède aussi ce qu'on appelle le sens de la formule et, s'il use (et abuse parfois) de l'argot, Je suis un roman noir est truffé de calembours, de "bons mots", de néologismes tombant toujours à pic - ses personnages boivent du "ouisquie" et se "trissent" quand ça commence à chauffer.
Avec A.D.G., ça virevolte, ça trucule, ça vibrionne, quoi !

Et puis, un auteur qui est capable de vous faire hurler de rire avant de vous foutre une boule à l'estomac au paragraphe suivant, ça court pas les rues ! L'histoire ? Un auteur de polars est l'objet d'un chantage politico-mafieux (sic). Une petite mise en abîme que longe d'ailleurs le personnage tout au long de ce roman enlevé et drôle, où l'on retrouve beaucoup de l'auteur, qui joue
sur le décalage fiction/réalité et s'amuse de lui-même. Avec dérision et cet air distant et goguenard qu'il sembla opposer au reste du monde.

Pour en savoir plus, vous pouvez aller voir le site de l'Association des Amis d'A.D.G. (intitulé
Pour venger A.D.G. !).


Conseil(s) d'accompagnement : pour Le petit bleu, un disque de jazz West Coast bien-sûr, pourquoi pas Gerry Mulligan... En ce qui concerne A.D.G., le dernier Libé en bandoulière ne sera pas nécessaire, Je suis un roman noir
ne comportant aucune sorte de propagande nauséabonde, rassurez-vous...


Je suis un roman noir / A.D.G. (Gallimard, coll. Carré noir, 1983 ; rééd. Série noire, 2004)
Le petit bleu de la côte ouest  (trois hommes à abattre) / Jean-Patrick Manchette (Gallimard, coll. Carré noir, 1980 ; dernière rééd. Folio Policier, 1998)
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Mardi 22 avril 2008
 Moisson Rouge est un tout nouvel éditeur indépendant, qui s'oriente très nettement vers le roman noir. Publiant des auteurs contemporains, ils rééditent aussi des classiques comme Robert Bloch (ah, la bonne idée !) ou Fredric Brown (à venir). Prometteur.


Ecrit en 1977, Sang futur se veut un texte résolument punk : Vila nous livre un texte violent, sombre, halluciné et sans issue.

Des tranches de vie baignant dans le nihilisme le plus radical. No future ! Et en effet, les personnages de ce court roman n'en ont ou n'en veulent pas. Chez eux, pas d'espoir, pas même de recherche de solution. Ils ne sont pas là pour ça.

A l'image des membres du groupe White Spirit Flash Club, des déjantés qui partagent leur temps entre riffs furieux, baises sordides, défonce et coups bas. On y trouve El Coco Kid, l'écrivain toxico chroniqueur du groupe, Sarah, le travelo marqué par une croix gammée à l'entrejambe ou encore Dickie la Hyène, tueur de flics...

Ce texte m'a laissé perplexe. Pour être franc, j'ai même fini par me demander si l'auteur avait mis beaucoup plus de temps à écrire ce livre que je n'en ai mis à le lire...
Sang futur est un concentré d'énergie, mais qui a tendance à s'éparpiller et se liquéfier au fil de la lecture.

Certes, il possède une certaine force, due notamment aux images - celles qui illustrent le récit et celles que fait naître l'auteur - ainsi qu'à l'effet incantatoire du roman (très peu de ponctuation, des phrases courtes, hachées), mais je ne suis pas convaincu par le propos de Vila : si on sent clairement qu'il privilégie l'ambiance à la trame, son roman manque de densité et donne d'ailleurs un effet "clip". Quant aux personnages, ils n'ont ni réelle texture ni véritable personnalité. Dernière chose : je ne suis pas sûr que Sang futur reflète fidèlement la philosophie punk...

Alors, supercherie, coup de génie ou simplement un gros délire ? Je serai curieux d'avoir d'autres avis...


Sang futur / Kriss Vila (Moisson Rouge, 2008)
par jeanjean publié dans : polar français communauté : POLARDISES
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Samedi 29 mars 2008
cote512.jpgLa boue des tranchées, le froid, l'attente, terrible, avant l'assaut, les hommes déchiquetés par les obus, la chair martyrisée, le tête-à-tête permanent avec la mort...

La cote 512, qui vient d'être réédité dans la collection Folio Policier, est le premier d'une série de quatre volets, tous se déroulant durant la Grande Guerre.

En compagnie de Célestin Louise, jeune enquêteur à la Brigade criminelle de Paris engagé volontaire au début du conflit, l'auteur nous "convie" à ce véritable enfer que constitue la ligne de front.

Une ligne stabilisée dès l'hiver 14 et dont le tracé restera sensiblement le même durant les quatre années suivantes. Les assauts sont pourtant fréquents, mais les attaques restent locales, selon la stratégie du "grignotage" voulue par le commandement. Des centaines de milliers d'hommes sont ainsi sacrifiés, pour gagner, parfois, quelques dizaines de mètres...


Célestin est envoyé sur le front près de Soissons (sur une ligne qu'on appellera plus tard Le Chemin des Dames). Sous les ordres du lieutenant Mérange, un chef courageux et apprécié de ses hommes, il découvre vite la terrible réalité de la guerre, mais aussi la camaraderie qui permet de tromper la peur et l'angoisse. Au cours d'un assaut, le lieutenant s'effondre, tué d'une balle dans le... dos. Célestin réfute la thèse de l'accident et décide de mener sa propre enquête.



En plus d'une intrigue plutôt prenante et du sympathique Célestin Louise, la grande qualité du roman tient à l'évocation hyper-réaliste de la guerre, de la vie quotidienne et de la psychologie des combattants - l'effervescence (bien vite retombée d'ailleurs) du départ au front après l'ordre de mobilisation ; le vin qui ne manque jamais, contrairement à la nourriture ; les tunnels (les "mines"), creusés jusqu'aux tranchées ennemies pour y déposer des charges explosives ; le "marmitage" de l'artillerie ennemie ; la censure exercée sur le courrier ; l'incompréhension et l'ignorance de "l'arrière" quant à ce qui se déroule sur le front...

Certes, La cote 512 ne possède pas ce souffle et cette force dramatique propres aux grands textes du genre (je pense à Cendrars, à Jünger, à Remarque, mais eux furent acteurs et témoins !) ; cependant, le talent descriptif de l'auteur, son souci du détail font de ce récit quasi-documentaire un fort bon roman.


quelques images d'époque, accompagnées par La Chanson de Craonne...





La cote 512
/ Thierry Bourcy (Nouveau Monde éditions, 2005 ; rééd. Folio Policier, 2008)
par jeanjean publié dans : polar français communauté : POLARDISES
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Samedi 12 janvier 2008
Voilà plus de deux ans qu'on n'avait plus de nouvelles du Poulpe, depuis Poulpe fiction, qui devait être sa dernière enquête. Ravi donc de retrouver ce personnage si singulier et attachant, toujours embringué dans des aventures rocambolesques.

Trois nouveaux titres sont parus cet automne (un quatrième est prévu en mars - Dakar bagarre -, de Pierre Cherruau), parmi lesquels cet Appel du barge de la discrète Lalie Walker : on ne sait pas grand-chose d'elle, si ce n'est, comme nous l'indique le "Dilipo" (décidément, quel outil !), qu'il s'agit d'un pseudonyme et qu'elle est psychotérapeute de formation.

undefinedSi Gabriel Lecouvreur nous revient, ce n'est pas en grande forme ! Il sombre lentement dans les affres de la dépression nerveuse et c'est l'esprit confus qu'il traine sa longue carcasse au Pied de Porc à la Sainte-Scolasse, son bistrot-QG parisien du XIème, où les coups de semonce de ses copains ne changent rien à son humeur mélancolique... Quant à à sa romance avec Cheryl, elle commence à prendre sérieusement l'eau... 

Poussé par son insatiable curiosité, c'est dans un ultime sursaut qu'il part pour Lesconil, une bourgade bretonne à quelques encablures de Bénodet, où on a retrouvé, à quelques jours d'intervalle, les cadavres de trois vieux marins échoués sur la plage. Si la plupart des habitants y voient les suicides de petits vieux déséspérés qui ont préféré choisir leur mort plutôt que de finir à l'hospice, ce n'est pas le cas de Corentin, persuadé que son ami Ernest a été assassiné. D'ailleurs, ce dernier semblait préoccupé ces derniers temps, notamment par les aller-retours nocturnes d'un yacht. Trimballant son vague à l'âme le long des côtes bretonnes, Le poulpe va tenter d'éclaircir ce mystère...

Au cours de son enquête, il va faire la connaissance de Jeanne Debords, une jeune inspectrice, personnage déjà présent dans les précédents romans de Lalie Walker.

Malgré les quelques faiblesses du scénario, cet épisode est un bon cru.  On retrouve le ton léger, l'humour propres à la série et l'on a surtout plaisir à revoir le Poulpe, aux prises avec une bande de pervers aussi bien qu'avec ses propres démons.



L'appel du barge / Lalie Walker (Baleine, 2007)
par jeanjean publié dans : polar français
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Dimanche 11 novembre 2007

En cette journée de commémoration, s'il est juste de se souboucher-des-hurlus.jpgvenir du courage et du sacrifice des soldats, il peut être bon aussi de se rappeler la bêtise (et l'incompétence) qui a souvent présidé au massacre de centaines de milliers d'hommes sur les champs de bataille durant la Grande Guerre. Ce qu'on peut faire en lisant Le Boucher des Hurlus de Jean Amila (alias Jean Meckert). 
A peine ce livre refermé, je sais déjà qu'il fait partie des grands textes sur la guerre de 14 et qu'il va longtemps me rester en mémoire, aux côtés des Cendrars, Remarque, Boyden... 

Un uppercut et un brûlot, où la rage, l'insolence et l'humour tendre de l'auteur font merveille.

1919. Le "Môme" Lhozier, huit ans et demi, vit seul avec sa mère dans un petit appartement parisien. Le père est mort à la guerre. Mais pas vraiment en héros, sur le champ de bataille après l'assaut, non là ce serait plutôt le peloton d'exécution pour mutinerie...  Les voisins le savent et leur font bien sentir, surtout à la pauvre femme qui, lasse des quolibets et des coups, finit par être internée en "maison de repos". Le gamin atterrit à l'orphelinat, où il va rapidement s'entourer de trois compères, un peu plus âgés que lui : son "parrain" Deveau qui le prend sous son aile, le gars Beurré, le beau parleur du groupe et le grand Aristide, l'aîné titillé par les hormones...

Le Môme n'a qu'une idée en tête : se venger. Se venger des généraux, ceux-là qui meurent dans leur lit, et en particulier du général Des Gringues, le Boucher des Hurlus, qui a envoyé leurs pères comme des milliers d'autres au casse-pipe dans des assauts suicidaires ou a ordonné leur exécution.
Fuguant de l'orphelinat, les quatre compagnons entament une virée qui va les mener de Paris jusqu'aux champs de bataille - les "régions dévastées" - où s'entassent encore les cadaves enchevêtrés des soldats... Durant leur périple, ils vont rencontrer compassion, générosité, bêtise, suspicion...

Jean Amila s'est largement inspiré de sa propre expérience : son père fut fusillé en 17 à la suite des mutineries, sa mère internée. 

Comme tous les grands "romans de guerre", il est aussi beaucoup plus que cela. 
A travers le destin de quatre orphelins de guerre, Jean Amila dresse un portrait au vitriol de la société française de l'époque qu'anime, après l'ivresse de la victoire, un nationalisme exacerbé et aveugle. Il s'agit aussi d'un roman initiatique, dans lequel quatre enfants vont se coltiner le monde des adultes, dans toute son absurdité, son horreur et sur les ruines de l'ancien monde...


On pense à L'attrape-coeur pour l'échappée belle des quatre gamins, et aussi au Voyage au bout de la nuit, dont Le Boucher... rappelle le ton et la langue, où l'argot et les images donnent au récit une vigueur incroyable. Jugez plutôt :

"Et à l'heure de la lecture des évangiles, devant la classe réunie à le lueur des becs de gaz, il avait évoqué le jardin de Gétsémané, ou autre blase, avec son malheureux corniaud qui se croyait fils de Dieu et en pissait des larmes de sang...(...) Et le dieu vachard qui s'en cognait, surtout soucieux de son image de marque, exigeant des martyrs, tout comme le général Des Gringues, Boucher des Hurlus qui avait gagné ses étoiles en faisant fusiller ou massacrer des dizaines de milliers de malheureux pauvres cons. Bon dieu de mille merdes, pourquoi s'en aller chercher un exemple si lointain, alors qu'on avait sous le nez la puanteur de millions de martyrs écartelés, laminés en  bouillie d'os et de chairs, et proprement inaptes à toute résurrection-bidon ?"


Sachez enfin qu'un film a été tiré de cette oeuvre, qui s'appelle "Sortez des rangs", sorti en salles en 1996.

affiche-Sortez-des-rangs-1995-1.jpg


Le boucher des Hurlus / Jean Amila (Folio policier, rééd. 2001)
par jeanjean publié dans : polar français
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Jeudi 8 novembre 2007

fans-sans-balance.jpgCa commence dans un poste de police grenoblois : le commissaire Granier écoute patiemment Roland Sapey lui raconter l'histoire de son ami Yossef Blumenthal, un juif rescapé des camps et jazzman professionnel. Disparu récemment, ce dernier aurait en fait été assassiné à cause d'un instrument de musique : un saxophone "fabriqué" à Buchenwald, sur lequel Yossef apprît à jouer et qu'il garda toute sa vie, partagé entre la tentation de le léguer à un musée pour sa valeur symbolique et la répulsion qu'il éprouve à l'égard de cet instrument réparé à partir d'éléments humains... 
Blumenthal mort, le sax disparu et deux cadavres plus loin, le commissaire va tenter d'éclaircir cette affaire en s'intéressant notamment aux milices néo-nazies...

A travers le personnage et la vie de Yossef Blumenthal, François Joly nous rappelle au devoir de mémoire mais surtout à la vigilance face à toutes sortes d'extrémismes...
Il nous offre aussi un roman documenté, bien construit, rythmé, et traversé par l'amour du jazz...


AIMEZ-VOUS LE JAZZ ?
Car, hormis ses talents d'écrivain, François Joly est aussi un grand amateur de jazz et ce roman fait la part belle à la musique, ce qui ne gâche rien ! On a plaisir à écouter Joly évoquer, à travers l'itinéraire de Blumenthal,  la folie be-bop des années 50, le boom des boites de jazz et certaines figures légendaires - Earl Hines, Charlie Parker... De plus, il introduit dans ce roman des personnages réels que l'Histoire a boudés, notamment Valaïda Snow (voir la vidéo), chanteuse et trompettiste noire américaine déportée par les SS ; elle en réchappera, sera rapatriée aux Etats-Unis mais n'atteindra jamais le succès promis avant-guerre... 

Bref, le seul défaut de ce roman est d'être trop court et, pour ma part, je vais m'empresser de lire les autres bouquins de François Joly, surtout s'il y parle de jazz...

Voici  Valaïda Snow (1939)

 

 

Les fans sans balance / François Joly (La Branche, Suite noire, 2006)
par jeanjean publié dans : polar français
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