Le titre à lui seul est une promesse : La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua dans la vie quand sa
passion pour le jazz prit une forme excessive !Michel Boujut (critique de cinéma et auteurs de nombreux ouvrages sur le sujet) a déjà commis un "polarjazz" avec Souffler n'est pas jouer, où il lance deux malfrats sur les traces de Louis Armstrong.
Il récidive, cette fois en s'intéressant à Marie-Thérèse "Désormeaux" (l'auteur a modifié le nom), dite Maïté, héroïne trouble d'une affaire sordide, un fait-divers qui à la fin des années 50 a fait les choux-gras des journaux : Jean Lannelongue, patron de la Tournerie des drogueurs, la fameuse boite de jazz de Toulouse, est assassiné par un inconnu. L'enquête ne tarde pas à désigner Antoine Braganti, un bandit corse déjà recherché par la police. Accompagné de deux acolytes et de Maïté, sa maitresse, il s'enfuit. La cavale est de courte durée : quelques jours après leur fuite, Braganti est descendu par son propre complice. Le reste de la bande ne tarde pas à être arrêté.
Le procès qui suit fait grand bruit, et tous les yeux sont braqués sur la Maïté, effacée, timide, de bonne éducation (sic), qu'on s'étonne de voir sur le banc des accusés. Comment cette jeune femme, accablée et d'apparence si fragile, a-t-elle pu se laisser entrainer dans cette histoire ?
C'est une vieille photographie, où l'on voit Marie-Thérèse en compagnie du bluesman Big Bill Broonzy, retrouvée entre les pages d'un David Goodis, qui a poussé Michel Boujut à remuer les cendres. Une photo parue dans Sud-Ouest, et portant cette légende : Coïncidence ? Marie-Thérèse [Désormeaux] bifurqua dans la vie à partir du moment où sa passion pour le jazz etc...
Boujut enquête. Rencontre journalistes, avocats, chroniqueurs judiciaires et témoins divers, toute personne susceptible de lui en apprendre un peu plus sur la personnalité de Maïté. Consulte les archives, fouille, conjecture, reconstitue peu à peu les zones d'ombre.
Par l'intermédiaire de la fiction, il redessine patiemment les contours d'une silhouette fugitive, donne une réalité à cette image qu'il s'est forgée.
Une réalité qui, au bout de l'enquête, rejoint et dépasse la fiction...
Atmosphère, atmosphère...
Mais au-delà du personnage, me direz-vous, quel intérêt à exhumer une vieille histoire comme celle-là et semblable à tant d'autres ?
Parce qu'à travers la figure de "son héroïne", c'est toute une époque que Michel Boujut revisite et ranime : les caves enfumées où rebondissent des notes de swing, les grandes heures du Hot Club de France, l'avènement du bebop... Le tout sur fond de Guerre d'Algérie.
Une chronique émouvante et vaguement nostalgique d'un monde disparu.
Conseil(s) d'accompagnement : le saxophone de Guy Lafitte, un habitué de la Tournerie des drogueurs.
La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive / Michel Boujut (Rivages/noir, 2008)
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Sitôt rentré, je replonge dans
Le petit bleu, lu il y a quelques années déjà, mais le plaisir demeure. L'aventure de l'anti-aventurier Georges Gerfaut, cadre parisien marié et père de famille poursuivi
par des tueurs pour avoir secouru un automobiliste accidenté (!), n'a pas pris une ride, eu égard au talent stylistique de l'auteur, épuré, concis, et ramassé comme un beau diable prêt à sortir
de sa boite.
Tout d'abord, je dois dire que j'étais plutôt réticent à lire un militant
d'extrême-droite et collaborateur de Minute - fût-il mort, enterré et précédé d'une réputation de styliste hors-pair. Littérature et politique sont deux choses différentes, me
direz-vous, et Céline a bien écrit Le Voyage, peut-être le plus grand roman français du XXème siècle. Ok. Que les salauds écrivent des chefs-d'oeuvre, ça ne me dérange pas, mais on ne
parvient jamais à dissocier complètement un livre de la personnalité de son auteur, non ? Bref...
Ecrit en 1977, Sang futur se veut un texte résolument punk : Vila nous livre un
texte violent, sombre, halluciné et sans issue.
Si Gabriel Lecouvreur
nous revient, ce n'est pas en grande forme ! Il sombre lentement dans les affres de la dépression nerveuse et c'est l'esprit confus qu'il traine sa longue carcasse au Pied de Porc à la
Sainte-Scolasse, son bistrot-QG parisien du XIème, où les coups de semonce de ses copains ne changent rien à son humeur mélancolique... Quant à à sa romance avec Cheryl, elle commence à
prendre sérieusement l'eau...
venir du courage et du sacrifice des soldats, il peut être bon aussi de se rappeler la bêtise (et l'incompétence)
qui a souvent présidé au massacre de centaines de milliers d'hommes sur les champs de bataille durant la Grande Guerre. Ce qu'on peut faire en lisant Le Boucher des Hurlus de Jean Amila
(alias Jean Meckert).
Ca commence dans un poste de police grenoblois : le commissaire Granier écoute patiemment Roland Sapey lui raconter l'histoire de son ami Yossef Blumenthal, un juif rescapé des
camps et jazzman professionnel. Disparu récemment, ce dernier aurait en fait été assassiné à cause d'un instrument de musique : un saxophone "fabriqué" à Buchenwald, sur lequel Yossef apprît à
jouer et qu'il garda toute sa vie, partagé entre la tentation de le léguer à un musée pour sa valeur symbolique et la répulsion qu'il éprouve à l'égard de cet instrument réparé à partir
d'éléments humains...