Dimanche 17 février 2008

OmbreChute.jpgUn maniaque qui kidnappe et torture des enfants.
Un flic intuitif, taciturne, hanté par son passé
Une ambiance urbaine crépusculaire…

Voilà quelques ingrédients du roman de Mark Henshaw et John Clanchy, qui avaient déjà mis en scène l’inspecteur Salomon Glass dans Si Dieu dort.

Du « réchauffé », me direz-vous, la vieille recette d’un énième « trileur » calibré, compassé, commun, encore alourdi par des personnages caricaturaux.

Et pourtant…
Alors que le « thriller psychologique » devient un argument marketing bien souvent galvaudé, ce tandem d’auteurs parvient à transcender les poncifs du genre, sans surenchère morbide, pour nous livrer un polar redoutable, à l'atmosphère lourde, hypnotique, exerçant sur le lecteur une véritable emprise .



Amy Gardner, neuf ans, a été enlevée. Ses parents reçoivent bientôt une boite contenant... sa lèvre inférieure. L’inspecteur Glass s’y attendait : en neuf mois, c'est le quatrième cas de ce genre. A chaque fois, le ravisseur mutile sa victime et propose un marché à la mère : sa vie contre celle de son enfant. Deux d'entre elles se sont déjà suicidées.
Bientôt Salomon Glass découvre qu’il fait lui aussi partie du jeu.


Le personnage de l’inspecteur Glass est particulièrement réussi. Il s’agit d’un être mystérieux, au charme ambigu, à l’égard duquel ses collègues éprouvent une fascination mêlée d‘une certaine appréhension. Un homme habitué à la présence des démons et qui dissimule des abîmes de noirceur et de mélancolie. Un flic saturnien… dont l’enquête s’apparente à une quête métaphysique..


Si le suspense, savamment distillé, est au rendez-vous, c’est la (brillante et subtile) trame psychologique qui donne à ce roman sa force et son originalité.
L’art de l’ellipse, le style épuré, jamais démonstratif du récit nous entraînent jusqu’aux tréfonds de la psyché humaine, acculant le lecteur contre ses propres barrières morales, le confrontant à son voyeurisme latent…

Si les deux auteurs sont australiens, l’intrigue se déroule dans une ville américaine, non nommée, un lieu anonyme, poisseux, qui rajoute encore au malaise et à la force d’attraction qu’exerce le roman.


Bref, un véritable tour de force littéraire doublé d’un roman captivant, susceptible de plaire aux amateurs les plus exigeants comme au grand public. Une petite musique inquiétante, entêtante, qui résonne bien après le roman achevé.



P.S : à signaler, en parlant de polars « à quatre mains », la réédition prochaine de deux romans du tandem Sjöwall & Wahlöö (qui a inspiré de nombreux auteurs nordiques) : Roseanna et L’Homme qui partit en fumée (à paraître début avril chez Rivages-Noir). Une bonne nouvelle, puisque la totalité de leurs romans sont aujourd’hui épuisés en France.

 

L’ombre de la chute / Mark Henshaw & John Clanchy (Bourgois, 2008)

par jeanjean publié dans : polar australien
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Mercredi 30 janvier 2008
Nous sommes en Australie, plus précisément au Calpe, un bar-discothèque du bord de mer du bout du monde, situé à quelques heures de route de Sydney, en Nouvelle-Galles du Sud. Un lieu de passage obligé, où vient se saouler à mort la faune locale, des jeunes désœuvrés pour la plupart et les gars employés à l’abattoir local, comme John Verdon, un type haineux, dont le job consiste, à l’aide d’un merlin (une sorte de masse), à assommer une centaine de bœufs par jour, juste avant leur dépeçage.
 
A_coups_redoubl--s.jpgLa journée finie, avec son pote Harris, ils filent au pub s’abrutir de whisky frelaté et de mauvaise bière que leur sert Mike, le patron peu scrupuleux qui rogne sur les doses, trafique ses bouteilles et fait boire tant qu’il peut des clients déjà complètement imbibés – et tant pis si un môme se fout dans le décor en rentrant chez lui –, pourvu qu’ils allongent la monnaie !
 
Ce samedi-là n’échappe pas à la règle, mais quelque chose va vraiment mal tourner, d’autant plus que Verdon a passé une sale journée, et qu’il a vite fait de prendre en grippe un des jeunes du coin, un ado boutonneux et libidineux nommé Peter Watts. Quand ce dernier profite de l’ivresse d’une fille pour abuser d’elle, le prétexte est tout trouvé pour lui donner une bonne leçon…
 
Alors, que s’est-il exactement passé ce jour-là pour causer la mort d’un homme ?
 
C’est ce que tente d’éclaircir la Cour – les interventions du juge, de l’avocat et du procureur émaillent le roman – …et le lecteur, lequel n’apprend l’identité de la victime et la cause de sa mort qu’à la fin du récit, qui reconstitue peu à peu la trame et les circonstances – tragi-comiques – du drame.
 
En à peine plus de cent pages parfaitement maitrisées, où l'énumération des faits prime sur l'étude psychologique, Kenneth Cook dresse un portrait bien sombre de son pays et d’une partie de sa jeunesse vouée à la désespérance et l’autodestruction
Une farce grinçante, où la méchanceté, la cupidité, la bêtise crasse finissent par tourner au ridicule… 
 
Ce court roman - pas vraiment un polar d'ailleurs -  est un bon moment de lecture, même s’il ne vous laissera pas un souvenir impérissable. Mais ils ne sont pas bien nombreux, je pense, les auteurs qui, avec une telle économie de moyens, font surgir un décor, une intrigue, des personnages avec autant de talent…
 
Kenneth Cook est mort en 1987. A coup redoublés est son troisième roman publié chez Autrement, après Cinq matins de trop et Par-dessus bord.
 
 
A coups redoublés / Kenneth Cook (Autrement, 2008)
par jeanjean publié dans : polar australien
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