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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 00:00

Un nouveau roman, un recueil de nouvelles et l'adaptation BD de Prisonniers du ciel : James Lee Burke occupe actuellement les tables des libraires, et c'est tant mieux. Commençons par les images.



Prisonniers du ciel

"La Nouvelle-Orléans, avril 1987. Quatorze années à la criminelle. J'admirais mon coéquipier. Il était honnête. Intègre. Et puis une arrestation a mal tourné. Il s'est fait buter. L'enquête a révélé qu'il touchait des pots de vin et rackettait les putes. J'ai tout arrêté ce jour-là."

Prisonniers du ciel vient juste après La pluie de néon, premier volume de la série consacrée à Dave Robicheaux.

Robicheaux vient de quitter la police et tient une petite boutique de location de bateaux et d'articles de pêche avec l'aide de son pote Batist. Il est sobre depuis un an et vit avec Annie, ce qui lui est "arrivé de mieux depuis un paquet de temps."

Ce jour-là, sur le bayou, ils sont témoins du crash d'un petit avion à hélice. Robicheaux plonge et ramène à la surface une petite fille. Les autres occupants de l'avion sont morts. Bien que la fillette soit certainement une clandestine, Annie convainc Dave de la garder. "Je n'avais jamais su lui résister. Mais cette voix, derrière nos battements de coeur... Est-ce celle de l'ancien officier de la Criminelle ? Quelque chose ne colle pas avec l'avion." Un des types dans l'avion avait un serpent tatoué dans le cou. Dave décide d'aller poser quelques questions et retourne trainer ses guêtres dans les bas-fonds de La Nouvelle-Orléans. Le retour de bâton ne se fait pas tarder.



La complexité et la densité des intrigues, les soliloques de Robicheaux, cette combinaison si singulière de noirceur et de sensualité qui fait le charme des romans, me font dire qu'adapter James Lee Burke est une gageure.
Bertrand Tavernier s'y est essayé au cinéma, avec Dans la brume électrique. Si le film m'avait plu, il m'avait laissé un sentiment d'inachevé (et en même temps, je ne sais pas comment il aurait pu faire mieux).     

Une gageure, donc. D'autant plus sur un format court comme la BD, qui oblige à faire des choix draconiens. Impossible de tout restituer, et on trouve assez peu d'images du bayou par exemple, si important chez Burke.
Le scénario et l'articulation des événements souffrent aussi d'une certaine confusion. A la décharge de Claire Le Luhern, il faut dire que les intrigues de Burke sont naturellement touffues, voire franchement alambiquées. Bref, à moins de faire le choix d'une adaptation libre et toute personnelle plutôt que de coller à l'original, je ne vois pas ce qu'elle aurait pu faire de plus.

Au rayon satisfactions, on trouve quelques bonnes idées, comme ce changement de police et de couleur (écriture blanche sur pavé noir) pour illustrer les pensées et les réflexions intérieures de Robicheaux, ou ce découpage ingénieux et varié - une succession rapide de petites cases marquent le rythme, qui ralentit d'un coup quand le dessin occupe une pleine ou une demi-page.
Surtout, le trait gras de Truong colle bien à l'atmosphère moite et poisseuse du roman.


Marcelino Truong (qui s'est particulièrement "illustré" dans l'édition jeunesse) et Claire Le Luhern signent une adaptation honorable, à défaut d'être vraiment convaincante. Verre à moitié plein ou à moitié vide ? A vous de voir.


Burke

Prisonniers du ciel / Marcelino Truong (dessin) et Claire Le Luhern (scénario), d'après le roman éponyme de James Lee Burke (Rivages/Casterman/Noir, 2010
)

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 13:24

Dans la revue Livres-hebdo (n°822 du 21/05), vous trouverez le dossier annuel "roman policier". Rien de nouveau sous le soleil mais un article intéressant qui souligne le succès, la richesse et la diversité d'un genre aux frontières mouvantes, l'élargissement du lectorat, la valse des directeurs de collection, le succès pérenne du polar nordique...

L'article donne aussi quelques chiffres :

- "1 roman sur 5 publiés et sur 4 vendus est un roman policier"
- "Selon Ipsos, sur 70,1 millions de romans vendus en un an, 17,4 millions sont des polars, dont plus de 70% en poche". 
- Après 4 ans de progression, la production a enregistré en 2009 une baisse de 4% (1681 titres contre 1749 en 2008). Elle reste quand même à un niveau très élevé.


Vous ne trouverez pas Livres-Hebdo en kiosque (demandez-le à votre libraire ou à votre bibliothécaire) mais Manière de voir/Le Monde diplomatique, si.

La revue publie ce mois-ci un numéro (n°111) entièrement consacré aux "mauvais genres", qu'il s'agisse de musique (le rap, le hard-rock...), de cinéma ou de "littérature de gare", allant de la bande-dessinée à la littérature sentimentale en passant par la SF et le polar, bien-sûr, avec un article de Serge Quadruppani (aussi court qu'instructif) sur le polar italien et les années 70.
Citant Giancarlo de Cataldo, Massimo Carlotto, Loriano Macchiavelli et d'autres, il estime néammoins (tout en se montrant confiant les années à venir) que "s'agissant [spécifiquement] des "années de plomb", on attend encore les auteurs qui sauraient allier la charge de la critique sociale à la puissance de la fresque pour faire percevoir, derrière le vieux fantôme horrifique, l'éternelle jeunesse du rêve d'un autre monde possible." 


Enfin, signalons que le dernier numéro de Lire est consacré au prolifique Frédéric Dard, alias San-Antonio.


Bonnes lectures.

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 19:21

L'auteur de Zulu signe un nouveau roman, Muti, dont l'histoire se déroule au Cap, en Afrique du Sud, et met en scène le lieutenant Saul Dukobe qui doit résoudre le meurtre d'un jeune espoir du football.

Ne le cherchez pas sur les tables des libraires et allumez plutôt votre ordinateur, car ce roman sera à lire sur internet.

Un feuilleton numérique dont chaque épisode sera mis en ligne tous les jours (du 27 mai au 10 juin) à 12h45 sur Le Monde.fr, qui s'est associé avec J'ai Lu pour "produire" ce texte - l'éditeur le publiera d'ailleurs à la fin de l'année.

"Photographies d’Alice Buckley, images du dessinateur de BD Edmond Baudoin, vidéo, musique composée pour chaque épisode, sons de la rue ou de la télévision locale, informations sur les personnages ou les lieux, journal qu’on peut ouvrir, lumière qu’on éteint : Muti utilise toutes les possibilités du numérique et de l’interactivité. Sans oublier les flux RSS qui permettent de suivre en direct les actualités d’Afrique du sud, de Facebook ou de Twitter. Sur ces deux supports s’écrit d’ailleurs une nouvelle histoire, chaque personnage du roman ayant son profil. « Nous avons exploré toutes les possibilités du numérique », commente Joseph Jacquet, qui a dirigé la production." (Livres-Hebdo, 20/05/10)

Si le procédé me laisse perplexe - que devient l'imaginaire du lecteur ? - je suis aussi curieux de voir ce que ça va donner.
Rendez-vous demain à 12h45, pour le premier épisode.

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 12:24

Après avoir exploré avec plus ou moins de réussite les arcanes du système judiciaire américain (Le verdict de plomb, La défense Lincoln), Michael Connelly délaisse l'avocat Michael Heller et, treize ans après Le Poète, réunit de nouveau le journaliste Jack McEvoy et l'agent spécial Rachel Walling pour une nouvelle chasse au psychopathe.


L'épouvantailMcEvoy vient de se faire virer du L.A. Times, victime de la politique de dégraissage interne. On lui a donné 15 jours de préavis et, ultime offense, une nouvelle collègue à former.
Quitte à partir, autant le faire avec panache : avant de faire ses cartons il va écrire l'article de sa vie, et se servir de l'histoire d'Alonzo Winslow, un jeune dealer Noir et membre du gang des Crips qui a avoué le meurtre d'une femme blanche.
La victime a été retrouvée nue dans le coffre de sa voiture, un sac transparent fixé autour de la tête. Elle a été violée et asphyxiée à plusieurs reprises.

Alors qu'il prépare son topo sur comment "un gamin de 16 ans se transforme en tueur sans pitié", Jack découvre des meurtres étrangement similaires, et décide de creuser un peu, plus du tout convaincu de la culpabilité de Winslow.

 

Il ne se doute pas encore qu'il va alerter sans le vouloir le véritable assassin, un tueur en série particulièrement brillant et machiavélique.

Quelques jours plus tard, roulant sur une route déserte de l'Arizona, seul et aux abois, alors que ses cartes de crédit et sa boite mail ne répondent plus, il décide de faire appel à son ex-amante et G-woman Rachel Walling.
Le duo de choc n'est pas au bout de ses émotions.


Commençons par ce qui fâche : d'abord, quelques phrases à la syntaxe suspecte et pas mal de coquilles qui accrochent l'oeil, ce qui est toujours assez irritant.
Quelques poncifs, ensuite : des fédéraux retors, un tueur diabolique à l'intelligence supérieure et à l'enfance traumatisante qui ne gagne pas pour autant en épaisseur psychologique, un champ lexical labouré mille fois - "sciences du comportement", "Quantico", "signature", "protocole"...
Enfin, un Poète (peut-être le meilleur roman de Connelly, d'ailleurs, avec L'oiseau des ténèbres) qui plane sans arrêt au-dessus de l'épouvantail et lui fait beaucoup d'ombre.

C'est calibré et emballé comme un film hollywoodien : à la fois sans surprise et... très efficace. Fausses pistes, rebondissements, sens du rythme et poussées d'adrénaline : Connelly connaît les ingrédients et la recette par coeur, il a du métier, comme on dit. A défaut d'inspiration.


Finalement, le plus intéressant réside dans l'arrière-plan, notamment dans la façon dont l'auteur met en relief, à travers les talents informatiques du tueur, les possibilités infinies et les dangers d'internet et des technologies modernes.

Ces mêmes technologies qui mettent en péril la presse écrite, qui a bien du mal à négocier le virage. Après quelques tonneaux, l'équilibre financier sera peut-être sauf, mais c'est une certaine idée du journalisme d'investigation qui risque de disparaître. On sent d'ailleurs chez Connelly (ancien chroniqueur judiciaire et alter-ego de Jack) une pointe de dépit en même temps qu'une certaine satisfaction à mettre à nu ce petit monde impitoyable qu'est un grand quotidien comme le L.A. Times.


Au final, L'épouvantail vous fera sûrement veiller tard - trop impatient de connaître la fin du film - mais ne vous empêchera pas de dormir.


L'épouvantail / Michael Connelly (The Scarecrow, 2009, trad. de l'américain par Robert Pépin. Seuil Policiers, 2010)

 

 

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 00:00

"L'enfer, c'est les autres", disait un célèbre existentialiste français. Mais imaginez que vous vous retrouviez soudain seul sur Terre, même quelques heures. Qu'adviendrait-il ?



Chaos Klent"L'humanité est composée d'une série de calques qui se superposent les uns aux autres. Il y en a un nombre fini, plus d'une centaine de millions, peu importe. Ce qui compte, c'est que chaque personne, vous, moi, appartient à un calque en particulier. Il partage ce calque avec d'autres humains : chaque calque peut regrouper entre 1 et 99 personnes."

Une sorte de "théorie des calques" ou une superposition d'espaces-temps, si vous préférez.

Michael Korta, un scientifique mégalomane et misanthrope spécialisé dans la biométrique, a trouvé le moyen d'isoler ces calques à partir de l'oeil humain, et plus précisément de l'iris.

Il une obsession : être le dernier homme sur terre. Première étape : faire assassiner toutes les personnes de son calque, parmi lesquels un acteur français mondialement connu et grand amateur de vins (ça ne vous rappelle rien ?) qui s'apprête à jouer Timon d'Athènes, ce personnage de Shakespeare.

L'histoire de Timon - les vers de la pièce égrènent le récit -, devenu le plus misanthrope des hommes après divers revers de fortune et devant l'ingratitude des hommes, offre d'ailleurs une intéressante mise en abîme.

Face à Korta, une scientifique londonienne et un jeune avocat idéaliste vont tenter d'empêcher qu'advienne le chaos.
Hélas, l'auteur - tenté par les figures allégoriques d'Adam et Eve ? - n'a pu s'empêcher d'introduire une histoire d'amour entre ces deux personnages, une amourette plutôt convenue et exagérément "fleur bleue" (enfin, à mon goût).

Cependant, cette fausse note n'amoindrit pas l'intérêt de ce roman oscillant entre thriller et science-fiction, qui repose en grande partie sur cette fameuse théorie des calques. Une idée de base vertigineuse qu' Hadrien Klent exploite intelligemment, imaginant des conséquences surprenantes, nous interrogeant notamment sur notre altérité, notre nature d'individus sociables et inter-dépendants, ou évoquant au passage cette pseudo-science farfelue qu'est l'iridologie.


Sans être exceptionnelle, l'écriture plutôt sèche sert habilement une intrigue très rythmée, servie par des chapitres courts, de fréquents changements de points de vue, ainsi qu'un suspense savamment orchestré et porté à son paroxysme par une accélération finale diablement efficace.

Enfin, je me demandais quel dénouement avait imaginé l'auteur.
Comment éviter le grotesque, le conventionnel ou la pirouette ? Hadrien Klent a dû y réfléchir un bon moment et il s'en sort plutôt bien. A défaut d'être renversant, le dénouement ne gâche rien.


A partir d'un postulat ingénieux, voilà un roman pour le moins atypique. A s'éloigner ainsi des sentiers battus l'auteur prenait le risque de se perdre (et nous avec), mais a finalement réussi à garder le cap.


Merci à Christophe Dupuis pour son conseil avisé. A mon tour, je vous invite à faire le détour.


Et qu'advienne le chaos / Hadrien Klent (Attila, 2010)

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 00:00

Tiens, un p'tit nouveau chez Rivages/Noir. Avec cette collection, je ne réfléchis pas trop, je prends. Et, encore une fois : bonne pioche.

Premier roman traduit en France de Sean Doolittle - qui en a quatre autres à son actif -, Savemore reprend, dans la pure veine hardboiled, le thème du loser qui prend sa revanche sur le monde. Déjà vu ? Indémodable, plutôt. Surtout quand c'est bien fait, comme ici.



Doolittle SavemoreDans la famille Worth, on est flic de père en fils. Matthew a suivi l'adage mais ne s'est pas vraiment illustré, sauf pour frapper le super-flic qui lui a piqué sa femme. Et encore, il s'est fait salement amoché. Tout ce qu'il a gagné, c'est un suivi psychologique obligatoire et un poste de surveillance de nuit dans un supermarché. Tout le contraire de son frangin, mort en service et couvert de gloire.

Au Savemore, il en pince pour Gwen, la jolie caissière, qu'il drague timidement, jouant les héros tout en se moquant de lui-même. Un raté, peut-être, mais un chouette gars, ce Matt, toujours prêt à rendre service et à ranger les courses des clients quand le préposé aux sacs prend sa pause.

La vie va son train, entre frustration et médiocrité.
Jusqu'au jour où un macchabée lui tombe dessus en même temps qu'un quart de million de dollars et une femme en détresse. Evidemment, y a des gens qui veulent récupérer leur pognon, mais Matthews-le-minable va se découvrir des ressources insoupçonnées...

Au fait, "Cleanup" - le titre original - signifie à la fois "nettoyage" et "profit". Tout un programme...


Hormis quelques épisodes subalternes qui n'apportent pas grand-chose à l'intrigue, je me suis régalé : du rythme, un style sec et nerveux, une intrigue bien construite et joliment emberlificotée, quelques scènes mémorables et très "cinématographiques" - je n'ai pas cessé de penser à l'acteur américain John Cusack, il serait parfait dans le rôle de Matthews-le-loser-plus-fûté-qu'on-pensait... 


Comme le dit Worth : "c'était comme regarder une scène glauque dans un film. Un film sur des méchants. Des méchants idiots, en plus." Un mélange détonnant de causticité et de noirceur. 

Du pur plaisir.


Savemore / Sean Doolittle (The Cleanup (Dod and Head), 2008, trad. de l'américain par Sophie Aslanides. Rivages/Noir, 2010)

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 00:00

J'aurais bientôt le plaisir d'animer une rencontre avec Jake Lamar, à l'occasion d'un café littéraire. Si vous êtes libres ce jour-là et que le coeur vous en dit, vous êtes évidemment les bienvenus.


                                                La rencontre est prévue le

                                                 
                                             
Vendredi 11 juin à 19h 

                                        à la Médiathèque du Val d’Europe

                  2 place d'Ariane, 77000 Serris (RER A, dir. Marne-la-Vallée)


jake-lamar
Quelques mots sur cet "Américain à Paris" :

Jake Lamar est né en 1961 dans le Bronx. Après des études d’histoire et de littérature américaine à l’université de Harvard, il travaille comme journaliste pendant 6 ans au Times Magazine, avant de se consacrer à l’écriture.


Installé à Paris depuis 1993 (« je pensais rester un an »), il est l’auteur d’un texte autobiographique - Confessions d’un fils modèle, où il évoque la figure de son père ainsi que sa condition d’afro-américain issu de la classe moyenne - et de six romans, dont quatre ont été publiés en France, dans les collections Rivages/Thriller et Rivages/Noir.
Après le magnifique et visionnaire Nous avions un rêve (Grand Prix du Festival de Cognac 2006) et Le Caméléon noir, il signe deux romans « parisiens », Rendez-vous dans le 18ème et Les fantômes de la St-Michel, où il aborde notamment les questions de l’immigration et de l’exil.

Racisme, politique, Histoire, condition des Afro-américains… sont quelques-uns des thèmes abordés dans ses romans. Si on ajoute des intrigues millimétrées et pleines de rebondissements, des personnages bien campés et un sens du dialogue particulièrement aiguisé, on tient avec Jake Lamar l’une des grandes révélations du polar des dix dernières années.


Le site de l’auteur :
http://www.jakelamar.com
Le site de la médiathèque : http://mediatheques.valeurope-san.fr/

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 00:00

"Ils ne méritent pas de vivre, tu ne comprends pas ? Ils bafouent la mémoire de Bird, de Dizzy et de Miles, ces prétendus jazzmen ! Nous infliger cette soupe électronique, cette sous-merde insipide qu'ils osent appeler du jazz... !"
   

 

Bird est vivantEvan Horne, le pianiste de jazz/détective déjà rencontré dans Sur les traces de Chet Baker *, voit le bout du tunnel, après un an de galère et une main en miettes à la suite d'un accident de voiture.

Il a retrouvé la scène, son piano, son trio, et un producteur vient même de l'engager pour enregistrer un album. Bref, tout va pour le mieux, jusqu'à ce que son ami - et policier - Cooper lui demande son aide sur une affaire d'homicide.

Un saxophoniste a été retrouvé mort dans sa loge. Le miroir portait l'inscription : "Bird lives !", en référence au légendaire Charlie "Bird" Parker, et un lecteur CD passait Now's the time.

Deux meurtres semblables ont déjà eu lieu, avec le même type de mise en scène. A chaque fois, la victime était un musicien à succès, adepte de jazz/rock ou de smooth jazz (on pourrait dire "soupe jazz"), un jazz consensuel dont même un ascenseur ne voudrait pas...

Désormais, la thèse retenue est donc celle du tueur unique, et Evan est embarqué malgré lui dans cette enquête, contraint et forcé par le FBI qui a bien besoin de ses connaissances jazzistiques. Un doigt dans l'engrenage, et c'est le bras qui y passe : de simple collaborateur, il va bientôt jouer les appâts pour le FBI. Qui est l'assassin ? Un musicien aigri et jaloux ? Un puriste psychopathe ? Un bienfaiteur (pardon, ça c'est moi qui le dis) ?



Plus que l'intrigue - plutôt quelconque -, c'est l'atmosphère qu'on retient. Bill Moody, lui-même batteur professionnel, restitue parfaitement l'ambiance d'un club et les sensations, les émotions qui traversent les musiciens en plein set, quand les instruments dialoguent, quand le son est bon.

Et surtout, il a une connaissance pointue de la musique et en parle avec passion, si bien qu'on a qu'une envie, c'est de se jeter sur sa platine et d'écouter encore et encore Charles Mingus, Bill Evans, Miles Davis, Keith Jarrett, Cannonball Adderley et j'en passe... Cerise sur le gâteau, on a même droit à une petite visite de l'église de John Coltrane à San Francisco (oui, oui, elle existe vraiment).

Bref, Bird est vivant ! montre une fois de plus que jazz et polar font décidément bon ménage, et ravira (surtout) les amateurs.



* Bon à savoir : Sur les traces de Chet Baker (paru il y a quelques années chez Rivages mais qui suit chronogiquement celui-ci) donne, dans les premières pages, le... dénouement de Bird est vivant ! Autant vous dire qu'il vaut mieux les lire dans l'ordre, à moins bien-sûr que vous ne vous en souveniez plus.
C'est souvent le problème des séries traduites et publiées dans le désordre (à ce jour, Bill Moody a écrit 6 épisodes ;
Bird est vivant ! est le 4ème, Sur les traces de Chet Baker le 5ème).


Bird est vivant ! / Bill Moody (Bird Lives !, 1999, trad. de l'américain par Stéphane Carn. Rivages/Noir, 2010)

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 00:00

Le dernier roman d'Indridason a hiberné tout l'hiver sur mes étagères. Le printemps venu, je me suis enfin décidé à entrer en hypothermie.

Après avoir abordé - sans démériter - des questions d'actualité comme le racisme et l'immigration (Hiver arctique), Arnaldur Indridason retourne dans ses eaux de prédilection : le rapport au passé, qu'incarne à merveille cet anachonisme vivant qu'est Erlendur, les vieilles histoires qui remontent (parfois littéralement) à la surface, l'étude psychologique, les liens familiaux...



HypothermieLa vie après la mort. C'était l'idée fixe de Maria, qui ne s'est jamais remise du décès de sa mère. Les deux femmes, particulièrement proches, ne s'étaient jamais quittées.
Proust. C'était l'auteur favori de sa mère. Et un indice, pour un éventuel signe de l'au-delà.
 

On a retrouvé Maria pendue, dans le chalet familial au bord du lac de Thingvellir, là où, encore enfant, elle avait vu son père se noyer. Une amie de la défunte réfute la thèse du suicide, et contacte Erlendur. Elle lui remet une cassette : l'enregistrement d'une séance chez un médium que Maria avait consulté peu de temps avant sa mort.

D'abord réticent, notre policier se décide finalement à enquêter. Pourtant, le dossier est bouclé et le suicide ne fait guère de doute. Seulement, les morts et les disparus - comme ces adolescents qu'on n'a jamais retrouvés et dont les parents continuent de rendre visite à Erlendur - ont toujours exercé sur lui une attraction irrépressible.

D'ailleurs, c'est peut-être là que résident le charme, la qualité et le succès de ce personnage : dans la façon dont l'intrigue et les événements entrent en résonnance avec la propre histoire d'Erlendur, hanté à jamais par la disparition de son frère. Dans la manière, ici, dont il poursuit des fantômes en même temps que ses propres démons.


Cette fois, Indridason ne convoque pas la machine policière - et pour cause, il n'y a même pas d'enquête officielle - et laisse Erlendur mener seul ses investigations (entre deux confrontations plus ou moins heureuses avec sa fille et son ex-femme), sans en informer qui que ce soit. Au fil de ses interrogatoires et de sa recherche du temps perdu, il se montre même beaucoup plus résolu et tenace qu'à l'accoutumée.

Au bout de cette (en)quête en solitaire : des douleurs sourdes et lancinantes, des êtres malfaisants, des secrets dont le poids ne s'allège jamais
et, peut-être, un semblant de paix et de miséricorde.

 


C'est déjà le 6ème épisode de la série, et on pourrait s'attendre à une petite baisse de régime chez Indridason (je sens que vous allez me dire qu'elle est déjà passée avec Hiver arctique), comme dans tant d'autres cycles.
Ce n'est pas le cas, e
t même, Hypothermie m'apparaît comme l'un des meilleurs.


Hypothermie / Arnaldur Indridason (Harðskafi, 2007, trad. de l'islandais par Eric Boury. Métailié, Noir, 2010)

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 16:09

Se vider la tête pendant une semaine, ça fait sacrément du bien ! Peu de lecture, pas d'internet, de blog, et même, durant quelques jours, pas d'eau ni d'électricité, seulement un bon feu de cheminée ! Du rustique, quoi.

Quelques infos, pour reprendre en douceur :


A écouter sur
Mauvais Genres : le très bel entretien avec Hervé Le Corre, l'auteur du magnifique Les coeurs déchiquetés, enregistré à l'occasion de "Quais du polar" à Lyon. 


Relai : sur son blog Carnets Noirs, Morgane dit un mot sur le polar québécois, et nous renvoie vers un choix de romans et de recueils réalisé par un certain Norbert Spehner (suivi d'un bref historique), et consultable ici. De quoi connaître un peu mieux ce polar, d'autant plus qu'il occupe rarement le haut de l'affiche.


Nouvelle collection poche
il y a environ deux mois, je croisais Oliver Gallmeister dans une bibliothèque près de Vannes, où il intervenait. Il avait parlé de son métier, bien-sûr - de sa passion devrais-je dire - de ses goûts, de sa volonté de ne pas trop "grandir" pour continuer à faire de la belle édition et à publier seulement ce qu'il avait envie de publier, sans transiger ni se précipiter...

Il avait aussi dit un mot de sa nouvelle collection au format poche, bien qu'il lui restât encore beaucoup de boulot avant qu'elle voit le jour. On y est : la collection s'appelle Totem et les quatre premiers titres viennent de paraître. Ce sont - et ça vaudra pour les suivants - soit des textes parus précédemment chez le même éditeur (Pete Fromm, Trevanian), soit des textes parus chez d'autres éditeurs (voire épuisés), comme ce p'tit bijou du dénommé Larry Watson, Montana 1948, que je ne saurais trop vous recommander.

Format 18X12, belle maquette (rien d'étonnant vu le travail déjà réalisé par cet éditeur), prix raisonnables (entre 8 et 10€), bref de chouettes petits bouquins pour (re)découvrir de bons auteurs méconnus sans martyriser son porte-monnaie.


A propos de rééditions...
...il y en a d'intéressantes ces temps-ci, à commencer par les textes des regrettés Pascal Garnier et Thierry Jonquet. Chez Folio policier paraît Romans noirs, qui regroupe quatre romans du second (Mygale, Moloch, Les Orpailleurs, La bête et la belle) tandis que les éditions Zulma rééditent en un volume Les insulaires, Trop près du bord et La place du mort. Si vous n'avez jamais lu ni l'un ni l'autre, c'est le moment !

A noter aussi chez Folio : la réédition d'un roman de DOALa ligne de sang, qui était épuisé, ainsi que les parutions en poche de Tranchecaille de Patrick Pécherot, et de Zulu de Caryl Ferey.

 

Enfin, belle initiative des éditions La Manufacture de livres qui rééditent en un volume les trois romans emblématiques d'Albert Simonin : Touchez pas au grisbi, Le cave se rebiffe et Grisbi or not grisbi. Gouaille, argot parigot et truands des années 50 à volonté.

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