Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 12:00

Quelques jours de vacances en vue... On se retrouve donc la semaine prochaine, au plus tard, avec au menu Indridason, Bill Moody et quelques autres.
A bientôt !

Repost 0
Published by jeanjean
commenter cet article
2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 00:00

Après les romans d'Antoine Chainas et de Pascal Dessaint, j'avais envie de me dégourdir un peu les zygomatiques. Alors quoi de mieux qu'un Ken Bruen ? Ses histoires sont pourtant loin d'être rigolotes, mais comme il a cette façon bien à lui de vous faire une grimace tout en vous racontant un truc terrible, on ne peut pas s'empêcher de se marrer... 

 

Brooklyn requiem Ken BruenDans Cauchemar américain, Bruen nous trimballait déjà de l'autre côté de l'Atlantique, en compagnie de quelques dérangés du ciboulot et d'un natif de Galway parti refaire sa vie chez les yankees.

Rebelote avec Brooklyn Requiem : Matt O'Shea est garda - gardien de la Paix - et rêve d'Amérique. Aussi, quand il débarque à New York dans le cadre d'un échange entre polices, il est bien content de troquer sa matraque contre un vrai gun et de jouer les cops. L'ennui, c'est qu'il a parfois du mal à se contrôler et la fâcheuse habitude d'abandonner ses chers chapelets autour du cou de ses victimes...
Quand on lui colle comme partenaire un flic pourri jusqu'à la moelle et un brin caractériel, les ennuis commencent...


Ensemble, le psychopathe et la brute épaisse font semer une belle pagaille dans Brooklyn.


Non, ce n'est encore pas le grand roman qu'on attend - à tort ? - de cet auteur surdoué ; comme d'habitude, le roman est un peu court, comme d'habitude l'intrigue est aussi épaisse qu'une feuille à cigarette.

Mais.
Comme d'habitude, la folie douce de Bruen est contagieuse.

Comme d'habitude, il se joue habilement des stéréotypes (et de ses propres fantasmes américains) - ici on a droit aux flics main posée négligemment sur le glock de service ou tenant un gobelet de lavasse caféinée, au supérieur qui rouspète sans arrêt, et j'en passe.

Comme d"habitude, c'est excessif, drôle, savoureux, cinglant, délicieusement absurde et cynique à souhait.

Comme d'habitude, il nous régale de son magnifique sens de la formule. Allez, juste une, pour vous mettre en train :
"Le hurling, c'est le sport national irlandais, ça tient à la fois du hockey et de l'homicide volontaire".

Et si je suis le premier à regretter que Bruen mette le feu à la baraque avant de couler les fondations, j'ai bien du mal à refuser une petite visite du propriétaire.

Bref, Brooklyn Requiem a parfaitement rempli... son office, et je n'ai pas boudé mon plaisir. Amen.


Brooklyn requiem / Ken Bruen (Once were cops, 2008, trad. de l'anglais (Irlande) par Catherine Cheval et Marie Ploux. Fayard noir, 2010)

PS : toujours chez Fayard, sort simultanément Une pinte de Bruen (vol.1), qui regroupe ses premiers romans et quelques nouvelles.

Repost 0
Published by jeanjean - dans irlande
commenter cet article
27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 00:00

Les romans qui traitent du monde ouvrier sont assez rares, même dans le polar. Nul besoin d'être un prolo pour en écrire, mais il s'avère que Pascal Dessaint est issu d'une famille ouvrière du Nord.   

Loin de Toulouse où il vit désormais et situe la plupart de ses romans, Les derniers jours d'un homme marque en ce sens un retour aux sources.

Seulement, la terre natale est contaminée, le sol pollué, les habitants empoisonnés au plomb, les enfants atteints de saturnisme. On observe une recrudescence de cancers. La cause ? Les rejets de particules de plomb, dus aux activités de l'usine métallurgique locale, qui n'est autre que Métaleurop Nord, désignée "Europa" dans le roman.

Petit retour en arrière : en 2003, la filiale du groupe industrielle Metaleurop ferme ses portes, suite à une liquidation judiciaire, et malgré la bonne santé des actionnaires. Bilan : plus de 800 employés et leurs familles sur le carreau et un site à l'abandon considéré comme le plus pollué de France. Autrement dit : l'une des plus grandes catastrophes environnementale, sociale et sanitaire de ces dernières années.


Les derniers jours d'un hommeC'est de ce scandale que nous parle Pascal Dessaint, mais plutôt que de dénoncer (même si ces problématiques sont bien présentes) les manigances juridiques qu'utilisent les puissants pour se dédouaner de leurs responsabilités ou de démonter les rouages d'un système qui favorise les intérêts économiques au détriment de la santé publique, il pose le problème à hauteur d'homme, en parlant d'abord des souffrances et des difficultés qu'ont enduré tous ces gens qui vivaient près de cette fonderie, et y travaillaient pour la plupart.

L'histoire nous est donc racontée à travers le destin d'une poignée de personnages et d'un récit à deux voix, merveilleux de simplicité. Celle de Clément, un ancien de l'usine reconverti élagueur, qui élève seul sa fille Judith depuis la mort brutale de sa femme. Celle  de Judith, à quinze ans d'intervalles, qui tente d'éclaircir les circonstances de la mort de son père, directement liée aux événements de l'époque.



Sur le mode intimiste, en se plaçant au plus près des personnages, il souligne d'autant mieux leur fragilité, leur pudeur, leur générosité. Ou leur bêtise, leur aveuglement, leur lâcheté. Aucune complaisance ni victimisation chez Dessaint : en refusant de voir les choses en face ou simplement en se taisant, les victimes sont parfois devenus leurs propres bourreaux. Seul le travail comptait, et le travail c'est la dignité. L'usine leur permettait de vivre en même temps qu'elle les empoisonnait. Mourir à petit feu, d'accord, pourvu qu'on vive debout. 

C'est aussi grâce aux personnages que l'aspect documentaire n'occulte jamais la dimension romanesque. C'est par eux que passent l'émotion et la compréhension du drame qui est en train de se nouer. Et on se dit, une fois de plus, qu'il n'y a que la fiction pour transmettre avec autant de force sentiments et émotions, pour donner vie à la réalité - ou plutôt l'abstraction - des faits, à la mécanique des causes et des conséquences.


Il aurait été tentant de nous plonger dans la fournaise des métaux en fusion, de profiter de cet gigantesque monstre qu'est la fonderie. Dessaint prend un autre parti et ne situe pas son récit au coeur de l'usine. Encore un choix judicieux : parfois, c'est en se situant à la marge qu'on comprend le mieux le coeur et le cours des choses.
Ce qui ne l'empêche pas d'évoquer les terribles et dangereuses conditions de travail, le désespoir et le manque de perspectives de milliers de gens ou la complicité passive des pouvoirs publics qui n'avaient d'yeux que pour "l'emploi".

Il ne cède pas non plus à la tentation, ou à la facilité, d'écrire un roman à charge, gorgé de rage et d'indignation. Plutôt que de hurler sa colère, il lève simplement le rideau, donne à voir, nuance, et évite ainsi les écueils de l'apitoiement, du manichéisme, de la vindicte. Pas de pathos, mais des passages parfois poignants.



En évitant autant d'écueils, Pascal Dessaint a réussi un véritable tour de force.
Et, surtout, il a écrit
un très beau roman, à la fois simple, juste et plein d'humanité, où la noirceur du propos ne recouvre jamais totalement la chaleur humaine qui s'en dégage.

Ce n'est pas l'ami Jean-Marc qui me contredira.


Les derniers jours d'un homme / Pascal Dessaint (Rivages, 2010)

Repost 0
Published by jeanjean - dans france
commenter cet article
22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 00:00

"...on ne sort jamais tout à fait des tranchées."


Encore un roman sur la Grande Guerre ?! Vous allez penser que je fais une fixation mais que voulez-vous, chacun ses petites obsessions... Evidemment, c'est le titre qui a retenu mon attention, La valse des Gueules cassés, comme on appelait ces soldats gravement blessés au visage. "Réparés" grâce à des techniques chirurgicales nouvelles pour certaines, ils n'en gardaient pas moins de profondes séquelles psychologiques.


Valse des gueules cassées

Paris, printemps 1919. Après la grande boucherie, le pays panse ses plaies. Tandis que Clémenceau prépare le Traité de Versailles et que Landru fait les gros titres des journaux, le jeune enquêteur François-Claudius Simon intègre la brigade criminelle de Paris - le fameux Quai des Orfèvres.

Rapidement, l'inspecteur Robineau, policier légendaire et décoré de la Croix de guerre, le prend sous son aile. Près de Montparnasse, ils découvrent le cadavre d'un homme, le bas du visage atrocement mutilé. Puis bientôt un autre, pareillement défiguré. A quoi rime cette macabre mise en scène ?
Cette affaire, pour Robineau, est aussi l'occasion de servir ses ambitions politiques et de redorer le blason du service - terni par les succès des Brigades du Tigre.


Sympathique personnage que ce François-Claudius, qui n'est pas sans rappeler d'ailleurs celui de
Célestin Louise, son alter ego dans les romans de Thierry Bourcy. Lui aussi a vécu la guerre des tranchées. Il en est revenu blessé, en proie à des migraines et des cauchemars récurrents. Sans compter d'autres traumatismes, remontant à l'enfance.


Agrégé d'histoire et enseignant, Guillaume Prévost soigne ses reconstitutions. Une visite dans les locaux du 36 quai des Orfèvres, où l'on expérimente de nouvelles méthodes d'investigation - toxicologie, balistique, empreintes digitales... Une autre à l'hôpital du Val de Grâce, service des blessés de la face, où l'on assiste à une curieuse... danse macabre. Des pauvres bougres qui tentent de reprendre goût à la vie et se préparent à affronter le regard d'autrui.

C'est aussi une époque mouvementée sur le plan socio-politique. Le 1er mai, des milliers de travailleurs descendent dans la rue, bravant l'interdiction de manifester. Epoque de revendications, d'espérances, de poussées de fièvre syndicales et "gauchistes" qui effraient les bonnes gens mais n'intimident guère le pouvoir, qui soigne le mal à coup de Dragons et de conscrits.

Je ne prend pas trop de risques en vous disant que La valse des gueules cassées vous fera passer un bon moment, d'autant que Guillaume Prévost tisse habilement trame policière et canevas historique. Enfin, il ne se prive pas de semer, en guise de fausses pistes, quelques peaux de banane sur lesquels on ne peut s'empêcher de glisser.

Bref, voici un plaisant voyage dans le temps. Un voyage dont c'était la première étape : rendez-vous est pris avec François-Claudius dans Le bal de l'équarisseur. J'y serai.


Conseil(s) d'accompagnement : concernant les Gueules cassées, on pense évidemment à La chambre des officiers de Marc Dugain, adapté au cinéma par François Dupeyron. Côté documentaires, peu de références, si ce n'est un livre de l'historienne Sophie Delaporte, Les Gueules cassées et la Grande Guerre (éditions Viénot, 2004).


La valse des gueules cassées / Guillaume Prévost (Nil éditions, 2010)

Repost 0
Published by jeanjean - dans france
commenter cet article
19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 00:00

L'invitation au noir : "1 livre, 2 auteurs, 4 textes ! Un écrivain connu invite un(e) inconnu(e)."
Pour inaugurer cette nouvelle collection des éditions Après La Lune, c'est donc Caryl Férey qui invite Sophie Couronne, pas complètement inconnue puisqu'elle est l'auteur de D'amour et dope fraîche, un épisode du Poulpe qu'elle a co-écrit l'année dernière avec... Caryl Férey. Pas d'écriture à quatre mains ici, les auteurs signant chacun deux longues nouvelles.


Fond-de-cale
On commence par Fond de cale, par l'auteur de Zulu (et déjà publiée dans le recueil Brest, l'ancre noire, en 2003).
Marie, la vingtaine à la peine, revient au pays "avec pour prousterie une mélopée d'embruns". Trois ans plus tôt, elle "avait quitté Brest comme on se débarasse des poubelles : sans mélancolie."

La rage au coeur et quelques pièces en poche - le temps de voir venir... quoi ? -, elle part à la recherche de Pierrot. Son premier amour, son bon souvenir, Pierrot son Rimbaud et ses peintures/montages qu'ils collaient sur les murs de la ville, la nuit, comme on colle une gifle à la réalité.
Marie-la-zone retourne sur les quais, où elle l'a rencontré la première fois, demande aux rares dockers qu'ont encore du boulot et au type du bistrot. Pas trace de Pierrot. On l'aurait vu à l'ancienne prison. Marie y va, découvre des dizaines de collages, abimés par les intempéries. Elle décide de les restaurer, espérant y découvrir un message, il est quand même pas parti comme ça...   

Marie s'enferme dans ce bâtiment désaffecté. Un pigeon et des fantômes sur papiers collés comme seule compagnie. Exilée volontaire. En chute libre.


Marie qui sombre et Zita qui surnage, dans La décalcomanie, le texte de Sophie Couronne. "A quinze ans je me suis tuée". Zita se réveille sur un lit d'hôpital, après avoir jeté sa mobylette contre un camion. "Ejectée dans le fossé, trauma crânien et une jambe en miettes. C'est tout. Raté."
Les images et les souvenirs défilent dans sa tête, ceux de la caserne de gendarmerie où elle a grandi, entre le "militaire et la reine mère", mal-aimée, une "chierie" pour sa "génitrice". Les humiliations, l'incompréhension, le mépris. Un calvaire quotidien et le mal-être qui s'installe. De quoi vous déglinguer pour la vie. Alors on s'évade dans les livres, on se fait tout petit, on se blinde, on s'arme à coup de produits chimiques plus ou mois légaux. On se jette contre un camion et on se réveille malgré tout, en vie. Mourir de suite ou vivre à fond, Zita a choisi.


Dans Djeddah, Zita - devenue ingénieur du son - s'envole pour l'Arabie Saoudite en compagnie d'autres techniciennes pour assurer la sono au mariage d'un prince. Autres moeurs, autre temps et contretemps viennent quelque peu pimenter le voyage.
 

Un saut dans le futur pour Sophie Couronne, un dans le passé pour Caryl Férey, qui dans L'âge de pierre, se remémore son enfance, la complicité/rivalité avec son frère - musclé, sportif, parfois brutal - et lui la "lopette" chétive ; leurs jeux, leurs joies et leurs déceptions devant les exploits de Jimmy Connors, France-Allemagne 82, Bernard Hinault...

 

Deux textes plus personnels qui complètent un chouette recueil de nouvelles, à partir d'une idée intéressante, d'autant plus quand les textes se répondent et font écho. Qualité d'écriture, bons mots et sensibilité. Merci pour l'invitation.


Fond de cale ; L'âge de pierre / Caryl Férey, suivi de La décalcomanie ; Djeddah / Sophie Couronne (Après la Lune, L'invitation au noir, 2010)

Repost 0
Published by jeanjean - dans france
commenter cet article
15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 00:00

Il arrive qu'un roman plein de qualités nous laisse malgré tout un goût d'inachevé. Parfois, c'est l'inverse : convaincant malgré ses défauts. C'est cette impression que me laisse ce polar allemand, premier d'une série mettant en scène le commissaire Gereon Rath.


L'auteur a choisi de situer son récit en 1929, une période-charnière particulièrement mouvementée. Depuis la fin de la guerre, l'Empire a fait place à la République de Weimar. L'Empereur est au placard, le chancelier a pris les rênes. Vive la démocratie et les folles nuits de Berlin ! Alcool, drogue, sexe, p
artout on s'amuse, on swingue, dans les cabarets, les bars, les caves.
C'est Berlin l'excessive, l'interlope, la dépravée. Les lendemains vont déchanter et la gueule de bois sera sévère, mais nous n'en sommes pas encore là.


Le Poisson mouilléLe jeune commissaire Gereon Rath, originaire de Cologne, a été muté à la brigade des moeurs de Berlin suite à une bavure. Un pis-aller, et une seule idée en tête : rejoindre la glorieuse brigade criminelle.
L'occasion se présente quand un cadavre est repêché dans un canal : Rath est le seul à connaître son identité et décide d'enquêter pour son compte, avant que ce cas ne rejoigne les affaires non élucidées, les "poissons mouillés".

Une enquête aux multiples connexions qui le mène dans les bas-fonds de la ville et du côté des ringvereine - des organisations criminelles - et des exilés russes, jusqu'à un mystérieux chargement d'or. 

Arrogant, carriériste, individualiste : Gero Rath est loin d'inspirer la sympathie, chez le lecteur comme chez ses collègues, qui lui reprochent son ambition dévorante et son arrivisme. Tour à tour couvert de gloire et de ridicule, le personnage gagne en épaisseur au fil du roman, sans pour autant se transformer en chevalier blanc (et c'est tant mieux !).


Volker Kutscher est historien, et on pourrait s'attendre à ce qu'il greffe sur une mince trame narrative un ensemble d'observations et de faits historiques. Pas du tout. C'est même le romancier qui se révèle, et nous embarque illico dans cette histoire-fleuve et d'autant plus évocatrice, impossible à lâcher malgré quelques longueurs et une intrigue parfois alambiquée.

Si l'enquête policière prend le pas sur le roman historique, on peut cependant reprocher à Kutscher de jouer au guide touristique et de nous abreuver de repères topographiques (on frôle l'overdose de _strasse et de _platz) alors qu'il aurait pu exploiter encore davantage le contexte socio-historique d'une époque passionnante, point de bascule secoué d'idéologies contraires, où se croisent et s'affrontent malfrats, communistes, anti-staliniens, nationaux-socialistes, miliciens de tous bords, soldats de 14 revanchards et belliqueux, policiers...
 

 

Berlin est alors le théâtre de tensions et d'enjeux politiques très forts. Tandis que les manifestations communistes sont réprimées dans le sang, les groupuscules d'extrême-droite et les SA affutent leurs armes et leur idéologie.
C'est aussi pour ça que Le poisson mouillé reste un très bon roman malgré ses lacunes : parce qu'il montre bien ces équilibres précaires et la façon dont les choses peuvent basculer d'un côté ou de l'autre, tout comme l'affaiblissement des sociaux-démocrates et la montée en puissance des nazis.

 

Des lacunes que Kutscher aura peut-être gommé dans son second roman (en cours de traduction). Toujours est-il que je suis curieux de lire la suite et de voir, notamment, comment va évoluer Gereon Rath. Alors que les policiers de l'Alexanderplatz répètent comme un mantra "faire respecter la loi, faire régner l'ordre" sans vraiment se préoccuper de politique, quels choix fera-t-il lui, à l'orée du nazisme ?


Conseil(s) d'accompagnement : je ne sais pas ce que ça vaut, mais chez 10/18 a paru dernièrement L'homme intérieur d'un dénommé Jonathan Rabb, un roman policier dont l'action se déroule aussi à Berlin en 1929, dans le milieu des studios de cinéma.


Le poisson mouillé / Volker Kutscher (Der nasse Fish, 2007, trad. de l'allemand par Magali Girault. Seuil Policiers, 2010)

 

Repost 0
Published by jeanjean - dans allemagne
commenter cet article
14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 12:10

...un billet sur un bon (et volumineux) polar allemand qui se déroule dans le Berlin déluré de 1929.


L'émission Mauvais genres, cette semaine, a reçu l'écrivain américain Tim Willocks, dont les éditions Sonatine viennent d'ailleurs de rééditer L'odeur de la haine sous le titre Green River, une plongée ahurissante dans l'univers carcéral dont je vous parlerai très certainement (disons quand j'aurais trouvé le temps).


Sur son site, Marc Villard a mis en ligne deux interviews (réalisés en 2009 pour l'association Les Habits noirs) : deux dessinateurs en l'occurence Joe Pinelli et Jean-Christophe Chauzy (La guitare de Bo Diddley).


Après Mathieu Bernard, c'est l'écrivain (et photographe) Patrick Bard qui sera au Musée du Quai Branly pour parler du Guatemala, dans le cadre du cycle "Les quatre continents du polar".

Rendez-vous jeudi 29 avril à 19h au Musée du Quai Branly dans le salon de lecture Jacques Kerchache (au RDC).


Le 13ème numéro de la revue Temps noir est paru il y a peu. Au sommaire, notamment : la correspondance de Pierre Very, celle de Jim Thompson, un entretien avec le regretté Thierry Jonquet, "les Premiers français de la Série noire"...


Je vous avais déjà parlé il y a quelque temps du blog des éditions Asphalte (qui vont sortir leurs premiers romans le mois prochain). Les deux "néo-éditrices" continuent d'évoquer les affres et les satisfactions de leur travail (la distribution, l'administratif, l'imprimerie...), la face immergée de l'iceberg en quelque sorte.  

 

Repost 0
Published by jeanjean - dans polarenvrac...
commenter cet article
9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 00:00

Si le paysage éditorial français fait la part belle aux grandes maisons (concentration urbaine ?), il est aussi très vaste, et en s'éloignant un peu des chemins balisés on trouve de très nombreux "petits", voire micro-éditeurs, comme en Limousin par exemple, où sont nées il y a quelques mois les éditions Ecorce.

Premier titre au catalogue : Retour à la nuit, un roman noir d'Eric Maneval, aussi court (120 pages) que percutant.


retouralanuitAntoine est veilleur de nuit dans un foyer d'enfants à caractère social, près de Limoges. Des cas sociaux, des délinquants multi-récidivistes, des gamins cassés par la vie - ou par leurs parents. "Les plus jeunes ont deux ou trois ans, le plus vieux en a dix-neuf". Les premiers temps ont été difficiles, mais Antoine a appris à les apprivoiser. Certains se sont même attachés à lui, comme Ouria, qui aime parler avec lui, la nuit venue.

Et qui est fascinée par les 
larges cicatrices qui zèbrent son torse et son dos. A l'âge de huit ans, Antoine a sauté dans une rivière en crue, un tronc l'a percuté. Il s'ést réveillé dans un fourgon, un homme penché au-dessus de lui - "Dis-moi, tu voulais te faire du mal ? (...) regarde-moi bien dans les yeux : je t'ai sauvé la vie, Antoine. Mais si tu veux te faire du mal, je peux te faire du mal. Je peux le faire à ta place. Tu comprends ?".

Un soir, devant une émission de télé, il reconnaît le visage de son "sauveur" sur un portrait-robot. C'est une affaire qui remonte à quelques années, un garçon avait été battu à mort. A l'époque, plusieurs personnes ont vu rôder un inconnu autour du lieu du crime, mais il n'a jamais été identifié. Le voisin de la victime, accusé et condamné pour le meurtre, a toujours clamé son innocence. Se pourrait-il que...

Antoine raconte son histoire. Journaliste, avocat, flic. La machine s'emballe. Les cicatrices démangent.


"La chair et la part obscure des personnages primeront sur l'intrigue elle-même"
, lit-on sur le site de l'éditeur (très beau, très sobre, faites-y donc un tour) en guise de vade-mecum, et Retour à la nuit se situe dans cette droite ligne éditoriale.

Un roman épuré, dépouillé même, resserré jusqu'à l'intime pour mieux dire les fêlures de l'âme, les blessures du corps.
D'une écriture précise et dénuée d'artifices, Eric Maneval parvient à faire naître un climat lourd, anxiogène, résonnant d'une violence sourde, où la tension s'accumule inexorablement, jusqu'au dénouement (inattendu). On y est d'autant plus sensible qu'on s'identifie très vite au narrateur.

Entretemps, il évoque avec beaucoup d'à propos (et parfois sans aménité) le travail des éducateurs sociaux, ainsi que les comportements et la psychologie de ces enfants à la dérive.

On observe d'ailleurs un contraste saisissant entre la réalité tangible du foyer, avec ses heurts et ses malheurs, et celle, voilée, brumeuse du récit d'Antoine, aux prises avec ses propres démons.


Alors, oui, Retour à la nuit aurait peut-être mérité quelques développements, une intrigue plus dense et des personnages secondaires plus travaillés.
Mais rien ne dit qu'alors cette petite musique (de nuit) qu'on entend tout du long ne se serait pas évanouie.
Alors un seul conseil : prenez deux heures, et écoutez-là.


Retour à la nuit / Eric Maneval (Ecorce, 2009)

Repost 0
Published by jeanjean - dans france
commenter cet article
7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 09:49

Nous voici de retour sur les contreforts des Big Horn Mountains, dans le Wyoming.

Il s'est écoulé un mois à peine dans la vie du bon et bourru shérif Walt Longmire, depuis ses mésaventures narrées dans Little Bird. La tempête de neige forcit, le sol durci refuse toujours d'accueillir les morts, qui ont une fâcheuse tendance à se multiplier dans cette région pourtant peu peuplée. Si Noël approche, il n'y aura pas de trêve des confiseurs pour Walt et son équipe !

 

camp des mortsUne vieille femme vient de mourir à la maison de retraite, quoi de plus tristement banal ? Mais Lucian, l'ancien shérif, ne l'entend pas de cette oreille et exige une autopsie. Pourquoi ?
Walt accepte, sans se douter encore qu'il vient de déterrer une histoire vieille d'un demi-siècle. Un passé lourd de drames familiaux, de secrets enfouis et de plaies jamais refermées.


On retrouve tous les ingrédients qui faisaient déjà la saveur de Little Bird : une intrigue prenante et bien construite, des personnages attachants - au premier rang desquels ce shérif... désarmant de bonté, de courage, de maladresse, et d'empathie pour les vivants comme pour les morts -, et puis ces paysages grandioses du Wyoming, la neige, la glace, le vent, et la primauté de la nature sur l'homme.

Petite réserve... indienne.
Ou plutôt un regret : celui de passer un peu moins de temps en compagnie d'Henri Standing Bear et de ne pas en apprendre autant sur la culture cheyenne que dans Little Bird.


Mais qu'est-ce qui plaît donc tant dans les histoires de Craig Johnson ? Sûrement sa manière tendre, drôle et pudique de faire à la fois l'éloge de l'amitié, des hommes et des lieux qui les habitent, ici ces grandes étendues sauvages qui les confrontent et les construisent, sans artifices ni faux-fuyants. Et la sincérité, c'est aussi ce qui caractérise les romans de cet écrivain.


On dit souvent que le plus dur pour un écrivain, c'est de "confirmer" avec le second roman, et Johnson s'en tire bien, même si personnellement je trouve ce Camp des morts un (petit) cran en-dessous de Little Bird.

Ce qui ne m'empêche pas d'attendre la suite avec impatience...


Le camp des morts /
Craig Johnson (Death Without Company, 2006, trad. de l'américain par Sophie Aslanides. Gallmeister, Noire, 2010)


PS : Craig Johnson fait actuellement sa promo en France. Pour avoir rencontré et écouté le bonhomme, je ne peux que vous conseiller d'aller le voir, si vous avez l'occasion. Le programme est sur le site des éditions Gallmeister.

Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article
4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 00:00

Né en 1943 dans le Tennessee, vétéran de la guerre du Vietnam, William Gay est l'auteur de trois romans et deux recueils de nouvelles. La mort au crépuscule est le premier traduit en France.

     

Mort au crépuscule

Nous sommes dans un coin reculé du Wisconsin, "ce pays de salopettes et de chapeaux de feutre", au début des années 50, mais on pourrait aussi bien se situer 50 ans plus tôt, tant ce pays semble figé dans ses traditions et ses superstitions.  

 

Kenneth Tyler et sa soeur Corrie, deux adolescents, ont découvert que leur père n'avait pas été enterré "comme il faudrait". Ils ne tardent pas à se rendre compte des monstruosités commis par Fenton Breece, le croque-mort, sur les corps dont il a la charge, et décident de le faire chanter.

Ce dernier envoie alors à leurs trousses un dénommé Granville Suter, un type du comté particulièrement dangereux et que tout le monde évite comme la peste.

 

S'ensuit une poursuite infernale entre Kenneth et le croque-mitaine dans les bois du Harrikin, sorte de forêt dantesque, désolée et maléfique, peuplée d'ermites, de vieilles sorcières et d'alcooliques pénitents.

La brume, les arbres morts, le froid, les bois touffus et sombres, les ombres et les bruits. La végétation dense qui a recouvert des habitations décrépies et des mines désaffectées, vestiges d'un autre temps.  

 

On pense bien-sûr à La nuit du chasseur, et à Cormac McCarthy pour l'ambiance crépusculaire, auquels William Gay fait directement référence d'ailleurs. Aux Marécages de Joe Lansdale aussi.

Mais les comparaisons s'arrêtent là.

 

 

L'ennui, c'est que l'auteur force le trait et abuse des métaphores et aussi de certains termes - "ténèbres", "funèbre", sinistre"... - qui, au lieu d'entretenir une atmosphère menaçante et vaguement surnaturelle qui joue sur nos peurs ancestrales (notamment celle de la Forêt), ont du coup tendance à la désamorcer. Si bien que le charme qu'il avait fait naître finit par s'estomper et qu'il ne subsiste qu'un décor artificiel.

  

Alors la course-poursuite s'essoufle, la tension s'effiloche et même, je n'ai ressenti qu'une empathie toute relative pour le jeune Kenneth.    

 

C'est d'autant plus dommage qu'on sent, derrière ces répétitifs effets de style, un vrai talent de conteur, et qu'il y avait là tous les ingrédients pour faire un fort et beau roman. D'initiation, gothique, à suspense. Finalement, aucun des trois ne m'a vraiment convaincu et j'ai eu hâte de sortir de ce bois dont je me suis demandé si j'y avais même jamais pénétré.

     

Et vous ? Êtes-vous, comme moi, resté en lisière d'Harrikin, ou vous y êtes-vous volontiers aventuré ?  

 

La mort au crépuscule / William Gay (Twilight, 2006, trad. de l'américain par Jean-Paul Gratias. Le Masque, Grands formats, 2010)

Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article

Rechercher