Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 00:00

James Ellroy encore...
L'émission Mauvais genres du week-end dernier a diffusé un long entretien avec le grand méchant loup du polar américain, qui prouve, s'il en était encore besoin, qu'il sait se tenir et répondre intelligemment quand on lui pose des questions pertinentes (la plupart du temps).

...et toujours.
Je vous parlais il y a quelques semaines du show Ellroy au théâtre du Rond-Point. Télérama vient de mettre en ligne la lecture, très vivante vous allez l'entendre.

Pour finir avec Ellroy : un scoop qu'on m'a rapporté du Festival BD d'Angoulême : Le Dahlia noir sera adapté en bande dessinée dans la collection Rivages Noir/Casterman. Aux pinceaux, a priori : Miles Hyman, qui a déjà signé dans cette collection l'excellent Nuit de fureur. Ça promet !



A propos de BD, je viens de découvrir Bédépolar, le très bon blog de Frédéric Prilleux, bibliothécaire, auteur, critique et aussi initiateur du fonds de nouvelles policières de La Noiraude.


Enfin, côté édition,
Pocket réédite plusieurs romans de Léo Malet - 120, rue de la gare, La vie est dégueulasse, Le soleil n'est pas pour nous, Sueur aux tripes... Beau travail sur la maquette et illustrations de couverture délicieusement surannées.

Repost 0
Published by jeanjean - dans polarenvrac...
commenter cet article
7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 06:00

"Le défi lancé au lecteur.
Peut-être est-il un peu tard. J'espère évidemment que les lecteurs feront preuve de fair-play, mais je souhaite tellement qu'au moins un d'entre vous réussira à résoudre cette énigme que je ne peux m'empêcher de vous encourager avec ces quelques mots : il va sans dire que vous êtes désormais en possession de tous les éléments nécessaires. N'oubliez pas que la clé de l'énigme est limpide et qu'elle se trouve juste sous votre nez
." (Shimada Sôji, p.282)

Sous votre nez, sous votre nez... Facile à dire quand on a écrit la fin ! Bon, est-ce que j'aurais fini par trouver "la clé de l'énigme"? J'en doute, mais de doute façon je ne me suis pas apesanti, trop pressé de découvrir le fin mot de l'histoire.


Tokyo zodiac murderEn 1936, les corps de six jeunes femmes ont été retrouvés mutilés aux quatre coins du Japon, enterrés à différentes profondeurs. C'est leur père, le peintre Heikichi Umezawa, qui avait consigné dans un journal son macabre projet : prélever un "tronçon" sur chacune de ses filles afin de créer la déesse "Azoth", selon un rituel ayant trait aux signes du zodiaque.
Problème : Heikichi a lui-même été assassiné avant le massacre de ses filles, qui plus est dans une pièce fermée de l'intérieur.

L'affaire, très célèbre, n'a jamais été résolue et donne lieu, depuis quarante ans, à nombre d'interprétations, plus farfelues les unes que les autres.  

Jusqu'au jour où, à la faveur d'un témoignage écrit remis entre leurs mains, le détective amateur Kiyoshi Mitarai, assisté de son fidèle (et unique) ami Kazumi Ishioka, décide de s'y intéresser. La considérant comme un simple mais néammoins stimulant défi intellectuel, il fait même le pari d'élucider les crimes en une semaine. Alors que la police et le Japon tout entier échouent depuis tout ce temps ! Ne présume-il pas de ses formidables capacités d'analyse ? 


Voilà un duo qui rappelle  évidemment celui d'Holmes/Watson. Sherlock Holmes ? "
Cet anglais inculte et menteur, ce charmant cocaïnomane...?".
De la même façon, Tokyo Zodiac Murders descend d'une longue lignée de romans d'énigme, une tradition d'ailleurs fortement ancrée au Japon.
Et sans faire injure à John Dickson Carr ou Ellery Queen, il est d'ailleurs agréable de troquer les manoirs anglais pour le Japon de l'ère Shõwa, d'autant plus que l'auteur en profite pour évoquer (voire railler), au détour d'une phrase, l'évolution des moeurs et du mode de vie des japonais entre les années 30 et 70.


On découvre pour la première fois en France Soji Shimada, avec la traduction - d'après une nouvelle version - de Tokyo Zodiac Murders ; son premier roman, paru au Japon il y a une trentaine d'années déjà, et qui fait figure de classique.
Depuis, ce très prolifique auteur - né en 1948 et lauréat du Prix Edogawa Ranpo - a écrit plusieurs dizaines de romans policiers, dont une quinzaine mettent en scène le brillant et déconcertant Mitarai. 


S'il a réécrit son roman afin de gommer quelques maladresses, Shimada en a omis quelques unes à mon sens (je pense à quelques répétitions et longueurs, bénignes somme toute) et se montre parfois confus dans sa démonstration finale (prévoyez 2 aspirines page 328...). Mais il a surtout élaboré une intrigue particulièrement ingénieuse et qui conjugue les trois questions inhérentes au genre policier : Qui ? Comment ? P
ourquoi ?
Et puis, le voisinage entre les thèmes classiques (la chambre close) et contemporains (la figure du tueur en série) donne à son roman un charme étrange.

C'est pourquoi on passe volontiers sur les inévitables invraisemblances du récit, puisque seul compte finalement le plaisir du mystère... Saurez-vous le déchiffrer ? Et "n'oubliez pas que la clé de l'énigme est limpide et qu'elle se trouve juste sous votre nez."


Tokyo Zodiac Murders / Soji Shimada (Senseijutsu Satsujinjiken, 1981, trad. du japonais par Daniel Hadida ; préf. et entretien avec l'auteur de Roland Lacourbe. Rivages/Thriller, 2010)

Repost 0
Published by jeanjean - dans asie
commenter cet article
4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 00:00
"Toute forme d'amalgame entre la délinquance et l'immigration serait particulièrement odieux, et la France doit rester un pays d'ouverture. " (Nicolas Sarkozy, nov. 2009)

"Comment un grand parti peut-il recycler sur son site officiel des stéréotypes de cette nature ?" Patrick Lozès (Président du CRAN), à propos d'une photo publiée sur le site de l'UMP montrant cinq jeunes Noirs vues de dos, et intitulée "Délinquance : en finir avec l'angélisme".

"Lorsqu'il est autorisé par la loi à utiliser la force et, en particulier, à se servir de ses armes, le fonctionnaire de police ne peut en faire qu'un usage strictement nécessaire et proportionné au but à atteindre". (Code de déontologie de la police nationale, art. 9)



Bien-Connu-SN"Panteuil", banlieue nord de Paris. Son canal, ses cités, ses friches, ses squats. Son commissariat, et sa palette - contrastée - de fonctionnaires de police.
 
D'abord, la commissaire Le Muir. Froide, ambitieuse, calculatrice. "La Muraille" a des idées très précises en matière de sécurité. Et l'oreille du Ministre de l'Intérieur, justement en train d'élaborer et de théoriser sa politique sécuritaire, en vue de l'élection présidentielle. 

Puis : les cow-boys de la BAC ; Paturel, leur chef de bande, un teigneux à la main leste ou baladeuse ; Pasquini, au passé chargé - milices des années 80 aux relents d'extrême-droite ; le jeune Doche qui débarque de son Nord natal "pour retrouver une place à soi dans un groupe solidaire et dans un monde ordonné". Dans ses bagages : quelques mauvais souvenirs et beaucoup d'illusions sur le métier de policier.


Un roman de non-procédure policière.
Doche atterrit au "bureau des pleurs". On lui donne très vite le mot d'ordre : du chiffre ! Culture du résultat, dictature des statistiques. Deux plaintes de femmes battues dans la même journée ? Une de trop, on prend pas.
Du chiffre. Des flics pressurisés. Des petits nouveaux lancés dans le grand bain, trop jeunes, inexpérimentés.
Du chiffre, la BAC en fait. Toutes les nuits. Contrôles, interpellations, gardes à vue. Entre deux visites au cheptel de pouliches que la loi antiputes a exilé de l'autre côté du périph' : on vous laisse bosser, en échange on se sert sur la marchandise et on ramasse un pourliche.

Noria Ghozali (qui s'est aguerrie depuis Nos fantastiques années fric), des RG, a eu vent des virées des bacmen. S'intéresse de près à Le Muir et à son entourage. Monte un dossier. Branche les connexions flics/truands.

Ce soir, les bacmen ont eu un tuyau. Se planquer près du terrain vague. Ils assistent en direct à l'embrasement d'un squat d'immigrés maliens et arrêtent deux jeunes qui passaient par là, ça pourra toujours servir.

Incendie volontaire. A qui profite le crime ? 
Le Muir jubile. Les journalistes assurent le service minimum. La machine politique se met en branle. On instrumentalise, on criminalise, on prépare le terrain électoral. La formule est simple : immigrés=délinquants=insécurité. "...aujourd'hui, c'est la peur de l'insécurité, fortement corrélée à la peur de l'étranger, la hantise du ghetto, à la fois hyper réel et fantasmé, qui sont les ferments de la cohésion sociale".
 

Le credo :  à travers la fiction, éclairer une réalité pas belle à voir. Escalade de la violence. Les bavures, plus ou moins lourdes, la crainte, l'incompréhension et la défiance réciproques entre la police et la population, les heurts avec les "jeunes issus de l'immigration", la multiplication des infractions pour "outrage" et "rébellion", les abus de pouvoir, les écarts de conduite, les faits qu'on maquille, les preuves dont on se passe, le racisme latent, les brutalités policières...

Mais elle ne se contente de pointer son faisceau sur un commissariat de banlieue. Elle élargit le spectre, et au fil d'une intrigue millimétrée, décrypte véritablement (plutôt que dénonce) les manipulations et les stratégies de communication d'un pouvoir politique qui s'empare d'abord de ces questions pour en tirer un bénéfice. 


On retrouve aussi le style Manotti : rythmé, ciselé, très travaillé. Phrases courtes, interjections, force des dialogues, récit en kaléidoscope - variation rapide des plans et des points de vue, parfois d'un paragraphe à l'autre, hyper-réalisme, impression de vitesse (il y a du Ellroy chez elle). 


Un roman particulièrement abouti, remarquable de maîtrise et de densité. 


Bien connu des services de police / Dominique Manotti (Gallimard, Série Noire, 2010)

Repost 0
Published by jeanjean - dans france
commenter cet article
2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 00:00

"En 2009, le nombre de seniors au chômage a encore augmenté de 25,7 %." (La Voix du Nord, 28/01/10)
   

"Total annonce qu'une décision définitive sur l'avenir de sa raffinerie des Flandres, près de Dunkerque (Nord), devrait être prise d'ici à la fin du premier semestre. (...) Total publiera ses résultats annuels dans 10 jours, le 11 février. Les analystes anticipent en moyenne un bénéfice net de huit milliards d'euros au titre de 2009." (Reuters, 01/02/10)
   

Manager : n.m. ‹ 1896, manager cycliste ; empr. à l'anglais manager "celui qui s'occupe de qqch" (XVIè s.), de to manage "mener, diriger un cheval", empr. probable à l'ital. maneggiare (dont le déverbal maneggio a donné manège). (Dictionnaire culturel en langue française, Le Robert)



cadresnoirs couvMême si le chômage, les fermetures d'usines et le blues des cadres ne datent pas d'hier, on peut dire que le nouveau roman de Pierre Lemaitre est tristement d'actualité.


Alain Delambre, cadre de 57 ans, est au chômage depuis 4 ans. Son entreprise a été rachetée : fusion-restructuration-compression du personnel. Depuis, l'ancien DRH se serre la ceinture et enchaîne les p'tits boulots, entre deux visites au Pôle emploi.

Jusqu'au jour où un cabinet de consultants, chargés de recruter un responsable des ressources humaines pour une grosse boîte, retient sa candidature. 
Alain n'ose y croire, mais malgré son âge, les désillusions, les innombrables refus, il ne peut s'empêcher d'espérer, c'est humain. 

Il passe avec succès le test, est convoqué pour un entretien. La dernière épreuve : un jeu de rôles, grandeur nature. L'employeur va organiser une... prise d'otages ! Les candidats, dont Alain, seront jugés sur leur capacité à évaluer les cadres présents, la façon dont ils réagissent en situation de stress intense, leur loyauté à l'égard de l'entreprise.

Alain se prépare, Alain révise, il est prêt à tout pour décrocher le poste. A ravaler ses convictions, à contrarier sa femme, à impliquer ses filles. Sans se douter encore que ce jeu va l'entraîner beaucoup plus loin qu'il ne l'imaginait et qu'il n'est finalement qu'un simple rouage. Inversement, un simple rouage peut dérègler toute la machine.


Si Cadres noirs, comme Robe de marié, tient du thriller psychologique, la trame sociale est ici omniprésente (tout au moins les 3/4 du récit, avant qu celui-ci ne bascule dans l'action pure), et en particulier le monde du travail, dans ce qu'il a de plus aliénant et de plus impitoyable, dominé par le rapport de forces, les luttes de pouvoir, la compétition effrénée.


Embarqué dans ce manège, on a un type ordinaire pris dans la spirale précarité-exclusion-chômage, un engrenage terrible que Pierre Lemaitre décrit avec beaucoup de finesse et de simplicité, où se mêlent pêle-mêle frustration, colère, culpabilité, perte de confiance et d'estime de soi, humiliation...
Un type qui se bat avec ses maigres armes, sa bonne volonté et des restes de dignité, mais un simple pion sur l'échiquier des grandes entreprises, qui font preuve d'une malfaisance et d'un cynisme absolus, surfant sur un capitalisme débridé qui saccage tout sur son passage. L'état des lieux est accablant.

D'accord, Karl Marx avait déjà théorisé tout cela, mais ça fait du bien de le rappeler !, et puis certaines choses ont changé, malgré tout. Par exemple, il ne suffit plus aujourd'hui de travailler pour l'entreprise, il faut adhérer à ses "valeurs". Dérive sectaire à la mode libéralisme. Nouvelles idoles : marketing & management, "les deux grosses mamelles de l'entreprise contemporaine". Pressurisation. Processus de déshumanisation.


Si le piège se referme sur Alain Delambre, impossible pour le lecteur de ne pas se laisser lui-même prendre au piège.
D'une part parce qu'on s'identifie immédiatement au personnage, d'autre part parce que le principe du page-turner fonctionne à merveille : on est véritablement happé dans la machine mise au point par Lemaitre, qui décidément s'y entend en intrigues bien ficelées.
Rebondissements et retournements de situation alimentent généreusement le suspense, la tension monte comme une poussée de fièvre et les pages défilent sans qu'on y prenne garde.



Cadres noirs /
Pierre Lemaitre (Calmann-Lévy, 2010)

Repost 0
Published by jeanjean - dans france
commenter cet article
29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 00:00

"Votre père à vous est le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. C'était un tueur depuis le commencement, établi hors de la vérité, car sans vérité en lui, parlant faux, selon sa nature qui est le mensonge, et du mensonge il est le père." (Evangile de Jean, chapitre 8, verset 44)


Père des mensongesAu sein de la Corporation du Sang de l'Agneau, une communauté religieuse conservatrice et très hiérarchisée, le respectable doyen Eldon Fochs est notamment chargé de veiller sur les jeunes ouailles.

Afin de se débarrasser de "pensées et rêves perturbants", et sur l'insistance de sa femme, il consulte un psychothérapeute. Diagnostic provisoire : trouble dissociatif, personnalité multiple. 
Malgré tout, le docteur Alexandre Feshtig a l'impression d'être manipulé, et soupçonne très vite Fochs de laisser libre cours à ses fantasmes pédophiles.
Des garçons l'accusent de viol. Une jeune fille de la communauté vient d'être assassinée. L'étau se resserre, le doute grandit, les hallucinations de Fochs se multiplient. Feshtig décide d'agir, mais il va se heurter aux responsables religieux, qui mettent tout en oeuvre pour étouffer le scandale.


Père des mensonges est une plongée en eaux profondes, où se nichent les pires ignominies et la folie schizophrène d'un homme d'autant plus abject qu'il se pare des vertus du Bien. L'immersion dans ce cerveau malade est d'autant plus glaçante que le narrateur n'est autre que Fochs. La façon dont il se justifie et se dédouane de ses actes, dont il travestit la vérité, est fort bien rendue. 

Mais derrière une personnalité, c'est tout un système qui est en cause. L'auteur - "contraint de quitter l'Eglise mormone en raison de la nature de son oeuvre" - dresse un réquisitoire contre l'Eglise, sa duplicité, son hypocrisie, ses manipulations ; contre le fondamentalisme qui obstrue la raison, annihile le sens critique et le libre-arbitre.


Si le brillant et bluffant 
La confrérie des mutilés se démarquait par son originalité, Père des mensonges - premier roman de l'auteur - est plus sobre, plus conventionnel, et pourrait à ce titre en décevoir certains.
Mais il n'en est pas moins 
prenant, habilement construit, et s'attaque à un sujet particulièrement tabou.


Père des mensonges /
Brian Evenson (Father of Lies, 1998, trad. de l'américain par Héloïse Esquié. Le Cherche-Midi, Lot 49, 2010)

Repost 0
27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 00:00

Imaginez :
Vous êtes à l'aéroport, vous sirotez tranquillement un verre, assis à côté d'une jolie blonde, quand celle-ci vous sort calmement : "J'ai mis du poison dans votre verre".

The BlondeVous faites quoi ?
Jack Eisley, lui, flaire l'escroquerie et s'en va, en souhaitant à la blonde "bonne chance avec son histoire". Une heure plus tard, il est penché sur la cuvette à vomir tripes et boyaux. Une seule chose à faire : retourner à l'aéroport, retrouver la fille et récupérer l'antidote.

Un autre homme recherche Kelly White. Nom : Mike Kowalski. Hobby : dégommer des mafieux au fusil à lunette. Profession : homme de main, pour le compte d'une agence gouvernementale ultra-secrète. Signe particulier : animal à sang-froid.

Kelly White, elle, recherche de la compagnie, mais pas pour ce que vous pensez ! Figurez-vous que si elle se trouve à plus de trois mètres d'une personne, elle meurt au bout de dix secondes, c'est aussi simple que ça.
Vous ne me croyez pas ? Normal, personne ne la croit, surtout quand elle commence à délirer au sujet de nano-machines et de bidules moléculaires autoclonants... Et pourtant...


La nuit ne fait que commencer, et pour ces trois là, elle va être vraiment, vraiment éprouvante. Et pour nous, réjouissante ! Trois cent pages de folie furieuse menées à un train d'enfer - l'histoire se déroule sur quelques heures.


On nage en plein "pulp", comme mentionné en sous-titre. Au menu : une femme fatale, un tueur et un Mr-tout-le-monde qui tombe au mauvais endroit au moment moment ; castagnes, cascades et courses contre la montre, saupoudrés de scènes absolument rocambolesques.

On nage aussi en plein délire, avec cette histoire de complot et d'arme technologique futuriste, et pourtant, passé quelques instants de perplexité - tout comme Jack -, on se prend naturellement au jeu.
On connaissait le cyberpunk, voilà le cyberpulp ! Loufoque et déjanté à souhaité. Un mélange "tarentinoesque" de série B, de violence et d'humour décalé.


On ne sait pas grand-chose de l'américain Duane Swierczynski, sinon qu'il écrit des scénarios de comics et que The Blonde est son second roman.

Un dernier mot : méfiez-vous des blondes dans les aéroports, on ne sait jamais...


The Blonde : pulp / Duane Swierczynski (The Blonde, 2006, trad. de l'américain par Sophie Aslanides. Rivages/Noir, 2010)

Repost 0
Published by jeanjean - dans amérique du nord
commenter cet article
25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 00:00
Avant de mourir trop tôt, avant de devenir une grande plume du polar, avant d'enseigner, Thierry Jonquet travaillait en milieu hospitalier - comme ergothérapeute -, un matériau tout trouvé pour écrire son premier roman, Le bal des débris. 

On connait surtout le Jonquet très sombre (Moloch, Mygale...), mais il y a aussi le Jonquet qui pétille, qui décape à l'humour noir, qui encaustique au sarcastique. Celui de La Bête et la belle ou du Bal des débris, justement. On patauge toujours dans le purin, mais avec le sourire...


Bal des débrisQuatre ans déjà que Fredo bosse à l'hospice, traîne-savate et pousse-chariots, à promener les vieillards entre la rééduc' et le plumard. Des malades, des séniles, des laissés-pour-compte, des presque-mort. Heureusement qu'il a sa Jeannine à la maison, même si elle lui bourre le mou avec son syndicat, ses tracts et sa fête de l'Huma. Les jours passent, gris, dans cette banlieue sud et grise.

Jusqu'au jour où un certain Alphonse Lecointre est hospitalisé dans le service. Pas gâteux l'ancien ! Lui a gardé les idées claires, et quelques restes de l'époque costard croisé - tractions avant...
Loin d'avoir raccroché les béquilles, il tenterait bien encore un coup. Le vieux truand et le jeune Fredo, copains comme cochons, guettent l'opportunité, qui ne tarde pas
à venir : une veuve septuagénaire pleine aux as et entourée de vigiles. Pas facile de l'approcher, à moins de...

A moins de profiter de la petite sauterie organisée par le directeur : un bal masqué.
"Comment ? Est-ce possible ? Des masques de Zorro pour cacher les pustules ? Des escarpins cendrillonesques sur les pieds-bots ? Des confettis sur les crânes chauves ? De la barbe à papa en garniture de dentier ? Du champagne plein les penilex ? De la guimauve dans les zonas ? Du caviar dégoulinant sur les herpès ? Tchin-tchin, à coup de prothèses ? (...) Du flonflon pour les moignons ? Du sylvaner pour les cancers ? Du charleston pour Parkinson ?".

Evidemment, rien ne va se passer comme prévu pour nos deux zouaves et... et je vous laisse découvrir ça vous-même.


Et goûter la féroce ironie de Jonquet, qui lève le voile sur ce grand cirque gériatrique, et un système qui infantilise, qui humilie des gens enfermés dans des mouroirs puant la mort, l'abandon et la détresse... A côté, tout n'est que turpitudes, bassesses, hypocrisie, jalousies de bureau, p'tits chefs mesquins... 

Le bal des débris, c'est aussi le bal des faux-culs : les bonnes âmes, les grenouilles de bénitier, les psys, ceux qu'ont des beaux discours plein la bouche mais les mains bien propres. Tous ceux qui "sont prêts à venir faire les andouilles avec les vieux, devant la télé régionale, histoire de se caresser l'intellect, de se caresser le nombril, de se masturber la glande à pitié, afin que repose en paix (...) la purée gélatineuse qui leur fait office de Conscience."

Le spectacle est affligeant mais comme c'est Jonquet qui présente, on rit quand même. Jaune le plus souvent.

Un petit roman, pour un grand coup de poing dans la gueule de la bêtise et de l'indécence.


Le bal des débris / Thierry Jonquet (Fleuve noir, 1984 ; rééd. Points Roman noir, 2010)

PS : en mars paraîtront quatre de ses romans réunis en un volume, chez Omnibus. On en reparlera.
Repost 0
Published by jeanjean - dans france
commenter cet article
23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 00:00

En quelques romans, Dominique Manotti s'est imposée comme l'une des figures majeures du roman noir français, et je suis très content de la recevoir le mois prochain à la médiathèque, à l'occasion d'un café littéraire.

Il sera question de son nouveau roman, Bien connu des services de police (dont je vous parlerai bientôt), et aussi de Nos fantastiques années fric et de son adaptation cinématographique.

Si vous voulez venir mettre votre grain de sel, vous êtes les bienvenus !


                                                            La rencontre aura lieu le 

                                                             Samedi 13 février
                                                                    à 16 heures
                                                                     
                                                                          à la 
                                                                        
                                                      Médiathèque du Val d'Europe
                                 2 place d'Ariane, 77700 Serris (RER A, dir. Marne-la-Vallée)


Plus d'infos ici.
Le site de l'auteur ici.


affiche café-littéraire2 copie

Repost 0
Published by jeanjean - dans polarenvrac...
commenter cet article
22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 00:00
Un p'tit Poulpe, ça peut pas faire de mal, surtout quand on voit réapparaître Brigid Waterford du vrai con maltais, de Marcus Malte. Une grande rousse aux yeux verts, et l'arrière-arrière petite fille de Brigid O'Shaughnessy, l'actrice qui séduit Bogart dans Le Faucon maltais. Dans le film, Bogart devait choisir entre deux femmes. Même chose pour le Poulpe : Cheryl, l'amour de toujours, ou l'ensorcelante Brigid ?


memepasmalteMais revenons en peu en arrière : neuf ans que Gabriel n'avait plus de ses nouvelles, jusqu'à ce jour où, ruminant ses idées noires sur le zinc du Pied de porc à la Sainte Scolasse, son point de chute habituel, il tombe sur un entrefilet du Parisien, où il est dit qu'une certaine Brigid Waterford a découvert le corps d'une femme, aux pieds desquels reposait un vase afghan de grande valeur. Le cadavre s'appelait Laure Brenner, veuve pleine aux as d'une espèce d'aventurier faisant du commerce d'oeuvres d'art.

Ni une ni deux, voici Gabriel embauché comme simili-garde du corps, et nos deux tourtereaux partis démanteler un réseau de traficants d'oeuvres d'art afghanes, entre Barcelone, Cadanques, Séville, Paris et Londres... 
La combine est bien rôdée, et bien-sûr tout le monde profite de ce que le pauvre paysan afghan crève de faim et vende des babioles archéologiques pour une bouchée de pain, pour s'en mettre plein les poches. Et en bout de chaîne, d'honorables salles des ventes comme Sotheby's préfèrent ne pas y regarder de trop près...


Seulement, les nobles causes et Brigid, ça fait deux. La sirène a une idée en tête et a été claire : faire main basse sur les comptes de Laure Brenner et aller se dorer sur les plages maltaises jusqu'à la fin de ses jours. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes d'ordre moral à Gabriel... vite balayés par le charme de la dame.


Eminemment sympathique cet épisode, bien que je l'ai trouvé un brin alambiqué parfois, un peu tiré par les tentacules, avec des personnages ou des situations qui tombent un peu trop à pic.
Mais enfin, passons, puisque ça fait toujours plaisir de retrouver notre grand échalas, d'autant plus que Maïté Bernard s'amuse à le tourmenter à coups de soleil espagnol et de femme fatale.

Voilà notre poulpe écartelé entre deux femmes, deux amours, deux histoires, tranformé en simple bodyguard et pas loin de finir gigolo pour femmes fortunées et flétries ! Bref, le mâle dominant en prend pour son grade !

Et finalement, ce que j'ai encore préféré, ce sont ces agréables digressions, sur l'histoire de la petite ceinture parisienne, le flamenco, l'art...

Bref, les amateurs du Poulpe devraient s'y retrouver.

A lire : une interview de Maïté Bernard sur Bibliosurf.


Même pas Malte / Maïté Bernard (Baleine, 2010)

Repost 0
Published by jeanjean - dans france
commenter cet article
20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 00:00

Les habitudes, ça a parfois du bon.
En janvier ou février de chaque année, on a droit à notre p'tit Camilleri ! Et au coeur de l'hiver, ça réchauffe toujours le corps - et le coeur - de faire une petite virée littéraire en Sicile, en compagnie de ce cher Montalbano.


Les ailes du sphynx"Mais où donc étaient passés ces petits matins quand, à peine aréveillé, on se sentait traversé d'une espèce de courant de bonheur pur, sans motif ?" se demande t-il. Le poids des ans s'apitoie Montalbano n°1. Foutaises répond Montalbano n°2, présente ta démission ou "alors lève-toi, va besogner et casse pas les burnes".

Montalbano finit par se lever, aidé par le coup de téléphone de son collègue Catarella ("Ah, dottori, dottori !"), pour se retrouver sous la pluie-près d'une décharge sauvage-face au corps d'une jeune femme, jeté là comme un vulgaire détritus. Nue, défigurée par une balle de gros calibre, un papillon tatoué sur l'omoplate.

Personne ne sait encore son nom, mais il s'agirait d'une immigrée russe, employée par l'association La Bonne Volonté, qui s'occupe de ramener dans le giron du Seigneur les brebis égarées et de leur confier des tâches domestiques dans diverses maisons. De bonne volonté, les responsables de la dite association n'en montrent guère face aux questions du commissaire, qui du coup les suspecte d'avoir pris quelques libertés avec l'adage "charité bien ordonnée commence par soi-même".

Une piste intérressante, seulement... nous sommes en Sicile. Un pays qui marche sur la tête, un pays où il est impossible de mener une enquête à son terme dès lors qu'elle implique un politicien, un ecclésiastique, un notable... La pression est trop forte, les accointances trop anciennes.
Et puis, de manière générale, les moyens mis à la dispositions des policiers - comme des autres administrations - sont ridicules : "Les commissariats n'avaient pas d'essence, les tribunaux n'avaient pas de papier, les pitaux n'avaient pas de thermomètre, et en attendant, au gouvernement moribond, ils pensaient au pont sur le détroit de Messine".


On ne peut pas dire que ça va fort pour Montalbano !
Entre les chausse-trappes de l'enquête, ses démêlés amoureux avec Livia, sa compagne de toujours, et le questeur qui le harcèle à propos d'un mari volage soi-disant kidnappé, c'est tempête sous un crâne ! Des rafales de doutes et de questions existencielles, mais fort heureusement notre homme n'a pas perdu son insatiable 'pétit, et trouve toujours un petit moment pour aller se revigorer à la trattoria du coin, en dégustant quelques rougets grillés (côté petits plats, on a même droit dans ces pages à la recette détaillé de la 'mpanata de cochon !).
Et on s'attache de plus en plus à ce bonhomme, débordant de nonchalance, d'humanité, d'auto-dérision, aussi maladroit en privé qu'affûté dans son travail.


Toujours aussi gouailleur, drôle, théâtral, Camilleri ne se prive pas par ailleurs d'épingler les travers de cette société sicilienne, et d'autant plus qu'il y est profondément, viscéralement attaché.

On sait qu'il a déjà écrit la dernière aventure - funeste - de son personnage, qui sera publiée après sa mort. D'ici là, pourvu qu'on ait encore quelques tranches de Sicile à la Montalbano, si fines et savoureuses !
Une bonne habitude, vous dis-je.


Les ailes du sphynx / Andrea Camilleri (Le alli della sfinge, 2006, trad. de l'italien (sicile) par Serge Quadruppani. Fleuve noir, 2010)

Repost 0
Published by jeanjean - dans italie
commenter cet article

Rechercher